Il fallait qu'il arrive à temps. Il le devait ! Après toutes les révélations de Dante, James ne pouvait plus se permettre de tarder, d'autant plus qu'il n'avait pas pu se libérer avant le lever du soleil. Peut-être même qu'il était trop tard ? Non, il ne devait pas penser celà :
- Mais qu'est-ce que...
Alors qu'il était en train de ramer, l'adolescent aperçut au loin, en se retournant, une énorme masse de fumée s'échapper de la forêt. Venait-elle du village ? Emporté par une violente peur, l'adolescent accéléra le mouvement pour arriver jusqu'à la côte. Descendant du canot, il s'aperçut qu'il y en avait un autre, probablement celui de Dante. Les autres devaient sans doute avoir accosté plus loin pour se cacher.
Sans prendre une pause, le jeune garçon s'engouffra en vitesse dans la forêt, essayant de retrouver le chemin jusqu'au village. Il espérait juste arriver à temps. Tout en s'écorchant les bras contre des branches, James évitait de se prendre les pieds dans les racines, puis put enfin atteindre le village. Certaines maisons brûlaient, et il n'y avait personne autour. La peur ne cessait de grandir, mais l'adolescent ne devait pas laisser tomber. Traversant les décombres enflammés, il parvint à atteindre le centre du village, avant de se cacher immédiatement derrière une maison encore intact. Le centre n'était pas encore détruit, et dessous la sculpture en bois se trouvaient Abel et le capitaine, tous deux attachés l'un à l'autre, tandis qu'autour, quelques habitants étaient eux-mêmes ligotés. Armés jusqu'aux dents, quelques marins surveillaient les alentours tandis que d'autres étaient en train de piller les demeures :
- Ils ont rien ici ! Pas un centime d'or ou de bijoux !
- Essaies chez lui, paraît que c'est le chef.
Ledit chef était maintenu en otage, le médecin à ses côtés. En revanche, aucune trace de Meena, ce qui inquiéta très vite l'adolescent. Mais au moins, ce qui était rassurant, c'est qu'ils n'avaient tués personne, du moins pas encore.
Se faufilant rapidement pour se rapprocher, James observait Abel. Celui-ci avait la tête baissée et les yeux fermés, comme s'il avait perdu toute envie de vivre. Inquiet par cette situation, le jeune garçon agit en vitesse en lançant un petit caillou en direction de son frère au moment où les traîtres avaient le dos tournés. Sursautant, Abel redressa la tête, s'apercevant de la présence de James :
- Que...
- T'as un problème, toi ?! fit aussitôt un des marins en approchant son arme de la joue d'Abel.
Celui-ci secoua alors la tête et la rebaissa, évitant de provoquer la colère du garde :
- J'ai eu un sursaut.
Soupirant d'exaspération, le garde se retourna. Apparemment, Abel n'en croyait vraiment pas ses yeux après avoir aperçu James, mais ce dernier lui intima de se taire en mettant un doigt sur sa bouche. Tout doucement, il attendit que l'un des hommes ne s'approche de sa cachette, pour prendre un bout de bois rond avec lequel il toucha le dos de ce dernier :
- Chut, je suis armé. Si tu cries, tu meurs, alors recules bien gentiment sans te retourner.
Heureusement qu'il était crédule, car aussitôt, il recula en même temps que James, jusqu'à atteindre une maison vide. Après quoi, l'adolescent l'assomma en frappant avec force, armé du bois :
- Bon, c'est fait.
Farfouillant l'inconscient, il prit son arme. Elle était lourde, vraiment lourde, et très dangereuse, James le savait. Cependant, il devait la prendre, même s'il ne savait pas l'utiliser. Puis, il trouva une arme blanche, ce qui l'intéressait un peu plus. Maintenant, il devait mettre son plan, du moins un semblant de plan à exécution. Courant un peu plus vers la forêt, il pointa le pistolet vers le haut, puis tira en coup sec en se bouchant les oreilles. Le bruit était retentissant, mais il devait agir vite. Laissant tomber l'arme, il prit un autre chemin en faisant un détour pour atteindre le village. Bien entendu, il ne restait plus que deux personnes pour surveiller, étant donné que les autres étaient partis voir ce qu'il se passait. Profitant qu'ils aient le dos tournés, James fit glisser le couteau en direction d'Abel et du capitaine, puis intima son frère à faire ce qu'il fallait. Il ne devait pas bouger tant que la situation ne serait pas sous contrôle, ou à défaut, qu'il ait besoin d'eux pour ce faire.
Très vite, les autres hommes retournèrent au village, visiblement surpris :
- Y avait personne. C'est très bizarre. On a juste retrouvé un flingue.
- Laisse tomber, il est désarmé du coup. Restons juste sur nos gardes.
Certains villageois avaient l'air déçus, peut-être avaient-ils espérer profiter de la situation pour se libérer ? Possible, mais James ne comptait pas les abandonner de toute façon, alors il fallait qu'ils tiennent, même s'ils ne savaient pas qu'il était présent :
- En tout cas, fit l'un des marins, il n'y a rien ici. Quand je pense que tous les autres s'en donnent à coeur joie dans la mine. Ils vont s'en mettre plein les poches.
- Bah, au moins, regardes les, répondit un autre en désignant certains Nephilim, tous aussi beaux qu'on le prétendait, bien qu'inférieurs.
L'un d'entre eux s'approcha d'un couple ligoté, puis prit le visage d'un jeune garçon :
- Regardes-le, on dirait presque une fille, ce n'est pas humain.
Effrayée, bien qu'elle ne comprenne pas la langue, la femme à ses côtés eut un sursaut puis cria ce qui ressemblait probablement à des injures, jusqu'à ce que le garde lui donne un coup de pieds :
- La Ferme !
La jeune femme suffoqua sous le coup, et son compagnon cracha par terre en regardant le garde. Ce dernier, pointa l'arme vers eux aussitôt, jusqu'à entendre un de ses compagnons :
- Regardez ce que j'ai trouvé.
Levant les yeux, James sentit son sang se glacer. A la sortie d'une des demeures, l'un des marins tenait Meena par le bras, celle-ci gémissant de douleur. La jetant à terre, l'homme eut un sourire carnassier :
- C'est pas la fille qui était sur le bateau avec le gamin ?
- Je crois que c'est elle, déclara un autre avec un sourire.
Celle-ci tremblait. Ses bandages blancs commençaient à se teindre légèrement en rouge et se couvraient de poussière, en raison de la maltraitance des gardes. Suffoquant, l'adolescente se replaça sur le dos, probablement pour éviter de trop souffrir. Mais cette position sembla provoquer les deux, qui s'emparèrent aussitôt de la jeune fille :
- Allez, t'inquiètes pas, ça ira vite !
– - Lâchez-moi !
Les autres hommes étaient pratiquement en train de rire, tandis que Meena essayait de se débattre faiblement contre ses agresseurs. Mais blessée et affaiblie, elle ne fit que les provoquer encore plus et des larmes apparurent très vite à ses yeux. A cette vue, le sang de James ne fit qu'un tour, et, saisissant la première chose au sol dans ses mains, qui se révéla d'ailleurs être une pelle, l'adolescent courut en direction des agresseurs, à une telle vitesse qu'il surprit les autres hommes. D'un geste rapide, il envoya un coup dans le visage de l'un des deux :
- PRENDS ÇA DANS LES DENTS !
Tandis que l'homme tombait, l'autre tenta de répliquer, mais ne fit que se prendre un autre coup dans la tête, s'écroulant à son tour, tandis que l'adolescent frappait sur les deux avec son pied :
- VOUS LA TOUCHEZ PAS, PIGE ?!
Bien entendu, il n'attendit pas avant de se déplacer en vitesse, évitant les coups de feu. Les gardes tiraient dans tous les sens pour essayer de le toucher et maîtriser James, mais celui-ci était trop rapide et emporté par la colère. Il avait laissé Meena à leur merci, même s'il était intervenu à temps, et ça, il ne le supportait pas. Cependant, les tirs se mirent à cesser rapidement, ce qui surprit l'adolescent. En se retournant, il s'aperçut qu'Abel et le capitaine, s'étant libérés de leurs liens, avaient aussi aidés d'autres villageois et avaient assommé la plupart des gardes qui leur faisait dos. Les seuls encore conscients étaient menacés par le fait qu'Abel tenait en otage l'un des leurs avec son couteau. Il regardait d'ailleurs James avec insistance :
- James... J'ai... J'ai cru... Dante était revenu en disant qu'il s'était occupé de toi, j'ai cru que je ne te reverrai plus jamais.
Avec un grand sourire, James planta la pelle dans le sol en secouant la tête :
- Ben tu vois bien que non. Je suis toujours là, je ne claquerai pas avant longtemps.
Et puis le "s'occuper" avait un tout autre sens, mais ça, inutile de le mentionner, c'était déjà bien assez humiliant. De toute façon, la situation au village était désormais réglée, et il devait juste se concentrer sur Dante et le reste des marins :
- Abel...
- Que personne ne bouge !
James eut un brusque sursaut et se retourna. L'un des agresseurs de Meena, le visage en sang, possédant toujours son arme, était en train de prendre la jeune fille en otage, le pistolet contre sa tempe. Cette fois, l'adolescent ne pouvait pas agir au risque de la faire tuer, ce qui le fit rager :
- Bien, maintenant, vous allez tous vous asseoir et vous laisser faire, sinon je la...
Mais avant même qu'il n'eut le temps de finir sa phrase, il fut brutalement percuté par une petite boule. C'était une petite fille, et le jeune garçon reconnut Edi, la fille du chef. Celle-ci, accrochée au bras du preneur d'otage, était en train de le mordre sauvagement, lui arrachant un cri de douleur. Oubliant Meena, il bouscula brutalement la petite et l'envoya au sol avant de pointer l'arme contre elle, choquant tous les villageois :
- Crèves !
La gamine était effrayée, mais avant même que l'homme ne tire, Meena contre-attaqua, écrasant le pied de l'agresseur, lui arrachant un cri de douleur. Celui-ci voulu répliquer, mais aussitôt, la jeune fille saisissait son bras en lui donnant un coup de coude violent pour qu'il lâche son arme, puis le bouscula pour qu'il tombe en arrière. Saisissant son arme, elle la pointa alors contre l'homme afin qu'il ne bouge plus. Impressionné par sa prestation, James courut dans sa direction, et lui prit doucement le bras :
- Laisse-nous nous en charger, tu es blessée.
Soupirant de fatigue, la jeune fille sentit ses jambes vaciller, puis James lui prit l'arme qu'il tendit au capitaine, celui-ci venant d'approcher. Autour d'eux, les villageois ligotèrent les gardes, et Abel partit les rejoindre lui aussi.
A terre, l'adolescent serrait son ami dans ses bras, tout en douceur :
- J'ai eu tellement peur que tu y passes.
- Je n'avais pas l'intention de mourir ici, répondit faiblement Meena. Je ne peux pas te laisser tout seul.
- Reposes-toi.
Etant devenue la sauveuse de la petite fille, Edi se précipita vers elle pour se blottir contre son ventre, faisant sourire la rouquine. Autour d'elle, les autres habitants se réunirent pour l'acclamer, et surtout, s'en occuper. James n'avait pas de soucis à se faire, il savait qu'elle était entre de bonnes mains, surtout que le sorcier était désormais libéré. Mais il n'eut le temps de s'en préoccuper car c'était désormais Abel qui le serrait dans ses bras :
- Heeeeey ! Arrêtes !
- Je vais pas te lâcher, qu'est-ce que tu crois ? T'aurais pu mourir !
- Ouai, et Meena aussi, mais c'est pas le cas, rétorqua James, j'agis pas sans réfléchir.
Abel eut un grand sourire, ce qui surprit l'adolescent. Son grand frère lui frotta alors tendrement les cheveux, avant de se relever. Il y avait des dégâts autour d'eux, et il fallait leur venir en aide. Cependant, tous les problèmes n'étaient pas réglés, et James le savait, ce pourquoi il demanda :
- Où est la grotte ? Celle où il y a le Sanctuaire.
Le capitaine et Abel se retournèrent aussitôt, surpris :
- Tu ne songes pas à y aller ?
- Pas seul cette fois, fit le jeune garçon. On ne doit pas les laisser faire. Et je suppose que les guerriers du village sont là-bas n'est-ce pas.
- Environ la moitié.
- Alors voilà ce qu'on va faire. Capitaine, Abel, vous allez essayer de prendre avec vous le maximum de personne en état de se battre. Faîtes vous comprendre, je ne sais pas comment. Ensuite, dîtes leur de venir se battre là-bas.
De l'extérieur, cela pouvait être une bonne initiative, mais Abel savait qu'il y avait plusieurs problèmes qui se posaient :
- James, ils ont des armes à feu, et eux des arcs et des flèches, ça va être une boucherie !
- Ce n'est pas pour combattre. C'est pour élaborer un plan. Ils connaissent le terrain et savent mieux qu'eux comment se déplacer là-bas. Si nous devons les avoir, c'est par la ruse, non par la force. Moi, je vais voir comment ça se passe là-bas, et le temps que vous veniez, je vous ferai un rapport de situation.
- Non ! Tu vas te faire tuer ! J'ai déjà cru à ta mort, je refuse qu'elle soit définitive.
- Abel... Penses un peu à ce village. Ma vie est importante pour toi, mais je préfère tout de même faire des efforts et les vaincre, à mes risques et périls, que les laisser se faire tuer et piller.
- Je suppose que comme hier soir, même si je cherche à t'en empêcher, tu refuseras ?
Voyant le hochement de tête de James, son grand frère poussa un profond soupir. Ce voyage était censé lui apprendre à bien se tenir et à comprendre le savoir-vivre, mais en même temps, il en avait fait un garçon encore plus tête de mule qu'avant. Esquissant un sourire, Abel prit la main de son frère pour la serrer :
- Je vais leur parler. Vas-y, rejoins-les. Teb est là-bas. Mais s'il te plaît, évites les risques inutiles !
- C'est promis !
Adressant un dernier au revoir à son frère et au capitaine, le jeune garçon prit le couteau avec lui au cas où, puis partit en direction de la grotte, guidé par un plan rapide d'Abel.
James savait qu'il était tout proche. Au sol se trouvait quelques cadavres d'hommes et de femmes, transpercés par des balles. Parmi eux, le jeune garçon reconnu certains de ceux qui les avaient arrêtés lorsqu'il était arrivé avec Meena, Abel et le capitaine. Avec un pincement au coeur, et une envie encore plus pressante que tout cela s'arrête, l'adolescent accéléra le pas pour se diriger en direction du Sanctuaire, ou du moins, de la grotte le contenant.
Bientôt, il trouva une entrée légèrement camouflée par de la végétation au niveau du bas d'un volcan. A l'intérieur, il pouvait entendre encore quelques cris. Des gens hurlaient. Ni une, ni deux, il s'engouffra rapidement à l'intérieur, ne se guidant qu'à la faible lumière qu'il pouvait distinguer au fond. Bien évidemment, sans réel éclairement, James trébucha plus d'une fois et se cognait régulièrement le front contre quelques anomalies de la grotte.
Après quelques bosses et écorchures aux genoux, le jeune garçon parvint enfin à arriver au bout. Il s'agissait du Sanctuaire. Et au centre se trouvait des marches parvenant à un autel sur lequel se dressait probablement la Corne Eternelle. Longue, filiforme et blanche, elle était réellement impressionnante. Mais la chose qui attirait le regard de James était Teb, debout sur les marches et la lance en avant, semblant empêcher deux autres hommes de s'approcher de l'artefact le plus précieux de son peuple :
- Je ne vous laisserai pas faire !
- T'as une lance, et nous deux pistolets qui t'arracheront la tête en moins de deux. Pourquoi protéger ce machin ? Il est vieux et il n'y a même pas d'or dessus. Par contre nous, on peut le vendre un bon prix si on trouve un maniaque.
- Partez !
Autour de lui, la plupart de ses compagnons d'armes étaient blessés, agonisant ou même morts. James se devait d'intervenir, mais ils étaient deux et armés, alors que lui n'avait qu'un simple couteau. Sur le coup, l'adolescent regrettait de ne pas avoir prit avec lui le pistolet, mais c'était trop tard de toute façon. Tout ce qu'il devait faire, c'était attirer l'attention :
- Hep, vous deux !
Les deux marins se retournant, Teb en profita aussitôt pour poignarder l'un d'eux avec sa lance. L'autre cria le nom de son compagnon avant de pointer son arme contre le torse du Nephilim, mais James, plus rapide, se retrouva immédiatement derrière lui pour le menacer de son couteau :
- Lâches ton arme maintenant.
Obéissant face à la menace, l'homme lâcha le pistolet et Teb le saisit aussitôt, lui maintenant les poignets, avant d'adresser un sourire à son ami :
- Je suis content de voir que tu vas bien.
- Merci, fit l'adolescent, mais avant je dois savoir, quelle est la situation ?
Poussant un soupir, le Nephilim baissa un peu les yeux :
- Tu vois la situation, la plupart d'entre nous avons été tués par ces armes sorties de l'enfer. Cependant, nos ennemis sont tous partis par là.
Le jeune homme montrait alors du doigt, au fond du Sanctuaire, une ouverture de la taille d'une porte, menant probablement vers la mine de diamant dont avait parlé Dante. Teb continua :
- De ce fait, nous avons cru qu'il n'était pas nécessaire de continuer, jusqu'à ce que ces deux-là ne tente de s'emparer de notre objet sacré ! Et maintenant, mes amis sont blessés ou morts, et si tu n'étais pas intervenus, ils auraient dû passer sur mon corps sans vie pour s'en emparer.
Heureusement que l'adolescent était arrivé à temps. Même s'il n'aimait pas réellement Teb, ou du moins les regards langoureux qu'il adressait à Meena, il le considérait tout de même comme un compagnon, et avait besoin de son aide. Maintenant, tout ce qu'il avait à faire, c'était d'attendre l'arrivée d'Abel et des autres Nephilim :
- Et la situation au village ? questionna Teb.
- Aucun mort, c'est déjà ça. En s'entraidant, nous avons réussi à les maîtriser, malgré quelques coups. Et Edi a été héroïque, car grâce à elle, Meena a échappé au pire.
- Ma soeur a fait ça ?
Sur le coup, James eut l'impression d'avoir raté un épisode et contempla Teb avec un regard interrogateur.
- Edi... La fille du chef... C'est ta soeur ?
- Oui.
- Donc... Tu es le fils du chef, non ?
- En fait, nous avons juste la même mère, c'est pour ça que je ne suis pas l'héritier. Mais bon, j'ai tout de même le droit de diriger les troupes. Je dois aussi ce privilège à cet étranger blanc qui est venu quand j'étais petit, et m'a appris la langue, Tobby Most.
Peut-être était-ce pour cela que Teb avait été réellement en colère lorsqu'Edi avait pleuré lors de leur arrivée. Peut-être même que c'était lui qui avait lancé sa lance en direction d'Abel. Tout pouvait s'expliquer, mais James se demandait juste pourquoi il n'en avait pas parlé avant. Du moins pendant quelques secondes, car l'homme que maintenait Teb, profitant de la courte inatention de ce dernier, lui adressa un violent coup de coude au ventre, avant de le bousculer pour lui échapper. Trop surpris pour agir dans la seconde, James fut abasourdi, le voyant courir vers l'autel, prendre la Corne Eternelle et sauter en bas pour courir vers l'ouverture :
- Bye !
Choqué par une telle attitude, Teb se jeta en avant pour le poursuivre. Quant à James, celui-ci savait qu'avant d'agir, il devait attendre Abel, le capitaine et les autres Nephilim. Mais il ne pouvait pas laisser faire comme ça. Et de toute façon, il était bien trop tête brûlée pour attendre bien sagement, et partit à la suite de Teb.
Le long couloir était sombre, trop sombre. Et cette fois, il y avait tellement de virage que la lumière ne pouvait pas vraiment guider l'adolescent, du moins s'il y en avait une au bout. Et il n'avait toujours pas réussi à rattraper Teb, ce dernier bien trop rapide. De toute façon, James était ralenti à chaque fois qu'il se prenait le mur dans un virage ou autre chose. Blessé et épuisé, le jeune garçon se demandait quand est-ce qu'il allait réussir à arriver jusqu'au bout.
Prenant une courte pause, l'adolescent s'adossa contre l'un des murs pour respirer convenablement, et laisser ses yeux s'adapter plus doucement à l'obscurité. Soudain, une main sortie de nulle part lui agrippa la bouche et une autre lui attrapa le bras pour le ramener contre quelqu'un. Effrayé, James commença à se débattre jusqu'à entendre une voix :
- Chuuuut.
C'était Teb. Mais pourquoi était-il présent ? Même si c'était son ami, le jeune garçon se débattit pour échapper à l'étreinte avant de se retourner :
- Qu'est-ce qui te prends ?!
- Chut, nous ne sommes pas loin.
Lui prenant la main, il le guida dans le noir jusqu'à ce que l'adolescent puisse apercevoir une lumière non loin d'ici. Est-ce que la mine se trouvait là-bas ? Inquiet, ce dernier pressa le pas, jusqu'à arriver à une ouverture en hauteur. En bas, presque tous les marins restant étaient en train de prendre des diamants incrustés dans les murs à l'aide d'outils, s'aidant de torches enflammées pour voir. Impressionné par une telle beauté, mais en même temps inquiet et obligé d'être discret, James recula légèrement. Teb, à ses côtés, était en train de grincer les dents :
- Nous devons retrouver le voleur. Si la Corne Eternelle ne retourne pas à sa place, nous allons subir la colère de Toras !
Même si James n'y croyait pas, il avait beaucoup de respect pour les croyances des Nephilim. Ou non, plutôt, il respectait la volonté de Teb et de son peuple a protégé ce qu'ils s'étaient promis de protéger. Il fallait réellement retrouver ce sale type.
Cherchant des yeux, l'adolescent put enfin l'apercevoir en train de le mettre dans son sac tandis qu'il se servait dans les diamants. D'un coup de coude, le jeune garçon attira le regard de Teb vers leur cible. Mais maintenant, il leur fallait un plan, et vite. Armés d'un couteau et d'une lance, contre trente pistolets, le combat risquait d'être inégal, pour ne pas dire qu'ils étaient même à leur merci. Et au vu du regard du Nephilim, celui-ci n'avait pas de meilleure idée que lui.
Se mordant la lèvre, James se redressa doucement, jusqu'à entendre quelque chose derrière lui, et vu le regard de Teb, ça ne présageait rien de bon :
- Comment fais-tu ?
Tout en se retournant, l'adolescent reconnu bien évidemment Dante, qui pour on ne savait quelle raison, trouvait toujours le moyen de le surprendre par derrière. Enervé par la situation, mais en totale impuissance devant l'arme pointée vers lui et son ami, il préféra juste lever les bras :
- Tu n'as pas pu t'échapper tout seul !
Il devait probablement être surpris de le voir ici, alors qu'il était censé être menotté sur le bateau. Malheureusement pour lui, James était un coriace, et le faisait bien savoir :
- J'ai eu de la chance.
- Peu importe, répondit le Maître en remettant ses lunettes. Descendez tout de suite.
Intimant Teb à obéir, le jeune garçon et ce dernier se retournèrent et mirent les pieds en avant pour glisser de l'ouverture jusque dans la mine. Surpris par l'intrusion, tous les pilleurs se retournèrent vers eux, les armes braqués. Un seul faux mouvements et ils seraient fusillés sur le champ. Dante, quant à lui, les rejoignit doucement, et bientôt, il fut tout proche de James qui préférait ne pas le regarder :
- Pourquoi êtes-vous venus ? Vous n'êtes que deux, et nous sommes bien plus.
- Il nous l'a volé ! s'enflamma Teb immédiatement en pointant du doigt le voleur. Il a pris la Corne Eternelle, et maintenant nous allons subir la colère de Toras !
Autour d'eux, la plupart des marins ne comprenaient absolument pas de quoi il parlait, et le Maître se retourna vers le pilleur concerné :
- Qu'est-ce que tu as fait, Leonard ?
- J'ai juste pris ça, fit ce dernier en sortant la Corne de son sac.
A cette vue, Teb sortit de ses gonds et voulu se jeter en avant pour la récupérer, mais James le retint par le bras :
- Qu'est-ce que tu fais ?! Il ose l'exhiber alors que c'est un objet sacré !
- Oui, et si tu y vas maintenant, tu ne pourras pas la récupérer car tu seras mort.
Même si sa vie importait peu face à l'importance de la Corne, il fallait admettre que s'il était tué, personne ne pourra jamais la remettre sur l'autel. Mais ce sale rat allait le payer, et sur ce point, James et Teb étaient bien d'accord. Dante, quant à lui, s'avançait vers le voleur nommé Léonard :
- Pourquoi tu as pris ça ?
- En plus des diamants, ça peut rapporter gros, si c'est un objet du Nouveau Monde. Je suis sûre que les Nobles maniaques seraient prêt à payer un bon prix. D'ailleurs, maintenant que je viens d'apprendre que ce truc leur est cher, ça va faire monter les ventes.
- Espèce de monstre ! Vous serez morts avant même d'arriver à votre bateau !
La colère de Teb se ressentait, mais autour, les marins n'étaient guère impressionnés :
- Il n'y a qu'un Dieu sur Terre, et il est blanc car il a créé l'Homme à son image. Vous n'êtes guères que des Nephilim, des croisements interdits qui ont tenté de nous détruire. Et vos actes vous ont exilés ! Maintenant, vous avez créé un Usurpateur pour vous croire noter égal ? Jusqu'où pousserez-vous le blasphème ?!
Bien que James ne soit pas réellement pratiquant, lui aussi croyait en Dieu, comme tous les autres ici. Mais il était de nature curieuse, ce pourquoi il ne s'était pas montré intolérant envers Teb et les Nephilim. Mais en revanche, les marins n'étaient pas de cet avis, et bientôt, l'un d'eux prit une torche dans ses mains avec un sourire sadique :
- Attrapez le !
Deux d'entre eux saisirent Teb par les bras, l'immobilisant en le mettant à genoux, tandis que James fut bousculé et maintenu à terre. Armé de la torche, le premier s'avança vers le Nephilim :
- Dans notre pays, tu sais comment on traite les blasphémateurs de ton espèce ?
- Hey, ça suffit, Guillaume ! intervint Dante en se plaçant devant eux. Qu'est-ce qui vous prends ? Ne perdez pas de vue notre objectif !
- Dégage !
Surpris par le retournement de situation, Dante ne vit pas l'arme pointé dans son dos. Brutalement, un coup de feu retentit et effleura l'épaule du Maître qui lâcha son arme en étouffant un cri de douleur avant de s'écrouler. Autour de lui, d'autres marins l'immobilisaient :
- Dean m'avait dit de me méfier de toi, déclara Guillaume. Tu n'as pas l'âme d'un leader, tu n'en seras jamais capable. Alors maintenant, c'est à moi de prendre le relais.
Puis il s'avança de nouveau vers Teb avant de lui prendre ses cheveux mi-longs noirs par la main, lui arrachant un cri de douleur :
- Les démons brûlent par le feu !
Et alors qu'il s'apprêtait à appuyer la torche contre le torse du Nephilim, James hurla. Peut-être que cela n'avait aucun rapport, mais d'un seul coup, un tremblement survint, faisant tomber Guillaume au sol et la plupart des autres marins au sol. Profitant de l'occasion, James échappa à ses agresseurs et rejoignit Teb aussitôt, l'aidant à se relever. Celui-ci se tenait la tête :
- Toras... Toras nous punit !
- C'est eux qu'il punit ! Viens, nous devons partir avant d'être enterrés vivants !
L'aidant à se relever, l'adolescent remarqua que la plupart des agresseurs étaient en train de prendre leurs sacs pour essayer de grimper à l'ouverture afin d'échapper à la mort. Cela n'allait pas être facile pour eux. Mais il ne devait pas laisser tomber, du moins il en fut convaincu lorsqu'il vit Dante se relever et les suivre :
- James...
- Alors là, on en parle plus tard !
Bientôt, tous les marins étaient partis, même Guillaume et Léonard. James et Teb grimpèrent à leur tour, suivit du Maître qui poussa un soupir :
- Il faut vite partir.
- La Corne !
Teb montrait du doigt l'objet sacré, à terre, risquant d'être écrasée à tout moment par l'effondrement du plafond. Apparemment, Léonard était partit sans demander son reste, et donc sans la Corne. Mais elle était bien trop importante pour le peuple Nephilim, et sans leur laisser le temps de réagir, James se jeta en avant pour sauter de l'ouverture jusqu'au sol, avant de courir la récupérer :
- Attrapes !
Il lança cette dernière dans les bras de Teb, qui poussa un soupir de soulagement. Mais ce dernier fut de bien courte durée lorsqu'il vit que James, alors qu'il s'apprêtait à les rejoindre, reçu un petit rocher sur la tête avant de s'effondrer au sol. Voulant plonger à son tour, il fut repoussé par Dante qui sauta à la place :
- James !!!
Courant dans sa direction, le Maître prit James dans ses bras. Teb, quant à lui, ne pouvait plus les rejoindre, étant donné que l'ouverture venait de se reboucher brutalement, laissant le couple enfermés, seuls, dans le noir.
James avait vraiment mal à la tête. Tout était noir autour de lui, et il se demandait réellement s'il avait les yeux ouverts. Le moindre petit mouvement de tête lui faisait mal au crâne, et le jeune garçon eut du mal à se redresser, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il n'était pas seul. Etait-ce Teb ? Doucement, il avança la main vers le visage penché vers lui et l'effleura du bout des doigts, jusqu'à sentir une paire de lunettes. Reprenant alors en vitesse ses esprits, James se redressa, mais donna un violent coup de tête à celui qu'il avait reconnu. Dante. Ce dernier se tint alors le nez tandis que James reculait en frottant la bosse apparut sur son front. Même s'il faisait noir comme dans un four, James savait qu'il n'était pas loin du Maître, et que ce n'était pas une bonne chose :
- Tu vas bien ?
Surpris par la question, l'adolescent n'osa pas bouger, mais répondit tout de même en ravalant sa salive :
- Oui. Pourquoi es-tu là ? Tu ne t'es pas échappé ?
Aucune réponse ne vint. En fait, le silence était même glacial, ce qui ne fit que rendre le jeune garçon plus nerveux. Mais collé au mur, il ne pouvait rien faire, d'autant plus que les diamants incrustés lui faisaient mal au dos. Gémissant de douleur, James entendit alors Dante se diriger à tâton vers lui :
- Qu'est-ce que tu fais ?
Sans un mot, et avant même que l'adolescent ne puisse s'échapper, Dante était en train de l'enlacer tendrement, comme à chaque fois qu'il avait essayé de le consoler. Mais également à chaque fois qu'il avait essayé de le tromper, ce pourquoi le jeune garçon repoussa faiblement le Maître :
- Ne me touche pas !
- James, je n'ai jamais voulu ce qu'il s'est passé. Tout ce que je souhaitais, c'était retrouver mon honneur et celui de ma famille. Je ne voulais pas faire de mal aux autres.
- Menteur ! répliqua immédiatement James, sinon pourquoi aurais-tu ramené des armes avec tous ces types ?
- Je ne voulais que leur faire peur, et les empêcher d'intervenir. S'il te plaît, crois-moi.
Il faisait trop noir pour que James puisse distinguer le visage de Dante, et de ce fait, il ne savait pas quelle était son expression. Mais quelque part, il avait envie de lui faire confiance. Cependant, ce n'était pas si facile :
- Tu as essayé de me tuer...
- Je...
Ne trouvant rien à répondre, Dante préféra se taire. Mais ce silence valait mieux que toutes les réponses, et James sentit son coeur se briser. Il ne savait pas pourquoi il ressentait un tel malaise. Parce qu'il avait fait confiance au Maître ? Qu'une nouvelle fois, il se sentait trahi, alors qu'il savait depuis le début qu'il ne fallait pas lui faire confiance ? C'était tout à fait possible. A cette réflexion, l'adolescent se redressa difficilement avant d'appuyer sa main sur le mur pour essayer de voir comment il pouvait sortir d'ici. Seulement, Dante avait compris ce qu'il tentait de faire, et lui prit doucement la main. Aussitôt le jeune garçon la retira :
- Laisse-moi !
- Tu es blessé, tu ne peux rien faire tout seul.
- Je préfère être seul qu'être aidé par toi.
Mais à peine eut-il fait quelques pas que James se sentit vaciller et tomber en avant, rattrapé de justesse pas Dante. A moitié nauséeux, James tenta cependant de le repousser :
- Je ne te ferai pas de mal.
- Tu mens. Tu m'as juste identifié à cette fille et tu as fait en sorte que je te fasse confiance avant d'essayer de me tuer moi et mes amis.
Avant même d'entendre la réponse, l'adolescent se mit à gigoter et à se débattre, tentant vainement de s'échapper, mais Dante continuait de le tenir fermement. Puis, sans prévenir, il embrassa James. Ce dernier, surpris par le geste, sentit ses mouvements ralentir jusqu'à s'arrêter. Mais réalisant ce qu'il était en train de faire, le jeune garçon appuya sur le torse du Maître pour le repousser :
- Non... Ce n'est pas ça qui me convaincra...
- Je t'aime.
Autant dire qu'à eux seuls, ces mots venaient de plonger James dans un silence total. Complètement paralysé, le jeune garçon se mit à rougir, puis détourna les yeux, même s'il ne pouvait pas voir Dante. Etait-il sérieux ? Il ne le savait même pas, car il ne parvenait pas à voir son visage ou même son regard. Doucement, il sentit la main de ce dernier se glisser sur la sienne, puis à nouveau ses lèvres effleurèrent les siennes. S'empêchant alors de pleurer, l'adolescent serra encore plus fort la main de Dante :
- Je ne m'en étais pas rendu compte au début, continua le Maître. Le Commandant t'avais confié à moi, et j'ai eu peur que tu ne compromettes le plan. Et c'est vrai, tu ressembles énormément à Rachel, et cela m'a beaucoup perturbé, au point que je ne savais pas quelle attitude prendre avec toi. Mais jamais je n'aurai pu te comparer à elle. En apprenant à te connaître, j'ai compris que tu étais différent d'elle, et petit à petit, je me suis attaché à toi. Sauf que j'avais peur que cela ne nuise à notre objectif, alors j'ai tout fait pour t'éloigner de moi, pour te dégouter en te faisant travailler encore plus, sans jamais réussir. Alors quand tu as tout découvert, je me suis dit que je ne pouvais pas mettre mes sentiments en avant et j'ai pris la décision de te supprimer. Mais j'en ai été incapable. Puis lorsque tu es revenu et que Dean a essayé de te tuer, j'ai perdu mon sang-froid et je l'ai abattu. Je pensais que te garder avec moi te protégerai, mais ça n'a pas été le cas.
Face à de telles révélations, James ne savait pas quoi répondre. Il laissait Dante parler, mais buvait ses paroles. Jamais il n'aurait pu penser que ce dernier ressentait cela pour lui, et ses joues s'enflammèrent tellement qu'il était bien heureux d'être dans le noir. Devant une telle déclaration et des explications comme cela, l'adolescent se sentait réellement troublé, et doucement, alla se blottir contre le torse de Dante :
- Je te crois. En plus, tu as voulu sauver Teb, et si tu es là, c'est parce que tu as voulu m'aider non ?
Même si le Maître ne pouvait pas le voir, James était en train de sourire. Tout doucement, la main de ce dernier vint caresser le visage de son interlocuteur, effleurant ses cheveux soyeux et mi-longs, mais légèrement poussiéreux. Ne se faisant pas prier, Dante serra alors le jeune garçon contre lui, heureux de se savoir pardonné malgré tout ce qu'il avait fait, tandis que James s'accrochait aux vêtements de ce dernier, et colla son visage contre son torse pour être encore plus proche de lui, respirant son odeur corporelle paisiblement.
Après quelques minutes dans cette position, James finit par s'écarter tout doucement, puis se redressa avant de proposer :
- Je suis sûr qu'il doit y avoir une sortie quelque part. Je sens un petit courant d'air. On devrait essayer de la trouver.
Mais il fallait avouer que dans le noir, avec rien pour se guider, ça risquait d'être difficile. Cependant, les seuls sens utilisés seraient le toucher et l'odorat, de ce fait, ils n'étaient pas non plus complètement perdus.
Mais Dante n'avait pas l'air de cet avis, et, alors qu'il se tenait lui aussi debout, il attrapa James par derrière, plongeant son visage dans le cou de ce dernier pour le lécher tout doucement, faisant frémir l'adolescent qui tenta de se dégager :
- Mais... Qu'est-ce que tu fais ?
Bien que le jeune garçon tenta de se dégager, le Maître ne le laissait pas faire et continuait de le maintenir contre lui, jusqu'à mordre son cou et son épaule qu'il commençait à dénuder. Repensant alors à la dernière fois, James eut subitement peur et se débattit de plus belle, jusqu'à sentir une bosse derrière lui, et remarquer que Dante venait de l'adosser au mur :
- Dante... Tu vas recommencer ?
- Je veux que tu sois à moi, chuchota alors le Maître à son oreille, lui arrachant un nouveau frisson. Maintenant.
Sans explications supplémentaires, la main gantée de Dante était en train de se glisser vers l'entrejambe de l'adolescent, laissant ce dernier gémir. James ne savait pas pourquoi, mais il n'arrivait pas à repousser le Maître. Pourtant, il n'était pas attaché cette fois-ci, et il n'aurait probablement aucun mal... Ou disons qu'il aurait plus de chances de s'en sortir cette fois-ci. Mais là, il ne se débattait plus, et se laissait faire, continuant de gémir de plaisir, alors qu'il sentait l'autre main de son amant se glisser sous son débardeur pour caresser son torse fin. Le fait d'être dans le noir, et plus encore, de ne peut-être plus jamais revoir la lumière du jour, renforçait la peur de l'adolescent, et involontairement aussi son plaisir. Peut-être était-ce même pour cela que Dante avait décidé de le posséder dans l'instant.
Soudain, ce dernier s'arrêta, laissant James lui faire dos. Ne sachant pas quoi faire, ce dernier n'osait pas bouger, mais entendit alors un froissement, comme si Dante était en train d'enlever quelque chose. Tremblant malgré lui, l'adolescent laissa le Maître revenir vers lui, ses main désormais nues se baladant sensuellement sur le corps de James. Ne faisant rien pour l'empêcher de se glisser sous son pantalon, le jeune garçon ne cessait de trembler d'excitation jusqu'à laisser échapper de nouveaux petits gémissements, qui provoquèrent un peu plus Dante. Son souffle sur sa nuque le faisait frémir de plus belle, et l'autre main du Maître caressait son torse, effleurant les tétons.
Au bout de quelques minutes, James eut un sursaut et sentit un liquide glisser doucement sur Dante et trempant son pantalon. Laissant échapper un profond soupir, l'adolescent finit par se laisser retomber au sol, mort de honte. Le Maître, quant à lui, s'il avait été à la lumière, aurait probablement eut un sourire en voyant l'état du jeune garçon. Tout doucement, il se pencha vers lui et baissa doucement le pantalon de l'adolescent pour caresser du bout des doigts, avant d'en faire entrer un à l'intérieur. Sursautant brutalement, James voulu gigoter, mais il avait encore plus mal. Tandis que ses mains s'agrippaient aux rochers autour de lui, Dante se pencha vers son oreille en continuant de jouer avec ses doigts :
- Je suis désolé si ça fait mal, mais ce serait trop douloureux par la suite sinon.
James continuait de transpirer, mais, entre deux respirations, réussit à répondre :
- Non, C'est... C'est bon...
Mais malgré tout, il continuait de ressentir la douleur, et ne pouvait s'empêcher de continuer à gigoter. Soudain, Dante sembla effleurer la partie la plus sensible, et l'adolescent redressa vivement la tête en arrière tandis que le Maître continuait de le maintenir. Le jeune garçon ne pouvait s'empêcher de continuer à gémir tout en se débattant, mais son amant s'y prenait tellement bien. Et même s'il avait honte de ce qu'il était en train de faire, il n'était pas dégoûté que Dante le touche contrairement à la dernière fois. En fait, il aimait même, et ne voulais pas que cela s'arrête. Cependant, après quelques temps, James sentit le Maître retirer ses doigts, le laissant respirer un peu plus correctement. Mais bien évidemment, son repos fut de courte durée :
- N'aies pas peur.
Puis, alors que son bras enlaçait sa taille, son autre main vint serrer celle de James alors qu'il se trouvait sur son dos. Sans trop s'y attendre, le jeune garçon ressentit une vive douleur le parcourir lorsque Dante le pénétra. Poussant un cri de douleur, l'adolescent sentait qu'il était en train de transpirer et serra encore plus fort la main de son amant. Ses yeux étaient humides, et James sentait même quelques larmes couler sur ses joues. Pourtant, il ne pleurait pas, non, au contraire, il était heureux. Très vite, la douleur se transforma en plaisir et ses cris s'intensifièrent. Sa respiration était de plus en plus irrégulière, et James avait même l'impression qu'il risquait de vaciller à tout moment. Quant à Dante, celui-ci continuait ses mouvements, allant même de plus en plus fort. La seule chose que l'adolescent pouvait entendre était également sa respiration, elle aussi très forte et irrégulière. Mais plus il continuait et plus James se sentait bien et en parfaite relation avec son amant. Pourtant, jamais il n'aurait pu croire cela possible. Et même, accepter que Dante le touche était pratiquement inconcevable jusqu'à maintenant. Alors... Cela voulait-il dire que lui aussi, était amoureux ?
Mais James ne se posa pas plus la question. Le plaisir ne cessait de s'intensifier, et sa main libre n'arrêtait pas de glisser tellement il transpirait, jusqu'à même hurler. C'était tellement fort, tellement intense qu'il pensait ne jamais pouvoir dépasser ce stade. Il en allait de même pour Dante car ce dernier ne cessait de se crisper et de cacher ses propres gémissements en mordant le cou de l'adolescent. Puis, enfin, il expira, puis se détendit avant de se retirer, laissant le jeune garçon allongé par terre, complètement épuisé. Il n'avait même plus la force de remonter son pantalon. Doucement, la main de Dante vint caresser les cheveux de James :
- Je t'aime.
Apaisé par la main de son amant, tellement chaude, l'adolescent commença à s'endormir sur ses derniers mots :
- Je... T'aime...
Puis doucement, il s'endormit et se laissa sombrer dans l'inconscient.
James n'avait pas envie de se réveiller. Il était tellement bien, tellement paisible et tranquille qu'il ne souhaitait pas qu'on le dérange. Mais au bout de quelques minutes, l'adolescent commençait à sentir une atmosphère chaude l'envahir. Elle était tellement agréable que le jeune garçon finit par se convaincre d'ouvrir tout doucement les yeux. Le paysage était encore flou, mais étrangement, bien que James soit immobile, il se sentait bouger, en déplacement. Et puis, à bien y penser, il était appuyé sur quelque chose.
Réalisant alors soudainement sa situation, James se redressa tout de suite. Il était à l'extérieur ! Et en plus sur le dos de Dante, qui le maintenait en place en tenant fermement ses cuisses contre lui. Ayant pas ailleurs remarqué que le jeune garçon venait de se réveiller, le Maître eut un sourire :
- Alors, tu as fini de dormir ?
- Qu... Qu'est-ce qu'on fait là ? répondit James en ignorant complètement la question de Dante.
- Oh, eh bien pendant que tu te reposais, j'ai allumé une torche et je t'ai porté jusqu'à la sortie. C'était facile, il n'y avait qu'un chemin.
Même si pour le Maître, ses mots étaient tout à fait normaux, il n'en allait pas de même pour l'adolescent, qui aussitôt, se mit à crier :
- Tu as QUOI ?! T'as allumé une torche ?! Et tu pouvais pas le faire depuis le début ?! D'ailleurs, comment t'as fait ?
- J'avais un reste d'allumettes. Après j'ai juste allumé une des torche laissées par un de mes hommes qui n'avait pas été abîmée.
Un court silence s'ensuivit, puis James commença à donner des coups de pieds dans le dos et les côtes de son amant, qui semblait plus en sourire qu'en pleurer :
- Poses-moi par terre tout de suite ! Sale profiteur et menteur !
James était mort de honte. Dire qu'ils auraient pu sortir depuis le début, et que Dante lui avait délibérément fait croire qu'ils seraient peut-être enfermés pour toujours. Bon, d'un autre côté, au moins, ils avaient pu s'expliquer tous les deux. Mais tout de même, l'adolescent était bien parti pour ne pas lui pardonner. Du moins le pensait-il jusqu'à ce que, en posant les pieds au sol, il ne ressente une vive douleur au niveau de l'arrière-train, et ne s'effondre au sol, ce qui fit rire le Maître :
- Je t'ai fait si mal que ça ?
- Reprends-moi sur ton dos, alors ! hurla immédiatement James, les joues rouges et la main sur les fesses pour essayer d'atténuer la douleur. Et arrêtes de te moquer de moi !
Malgré la menace, Dante ne pouvait s'empêcher de rire, et reprit l'adolescent sur son dos pour reprendre la route. Le soleil commençait doucement à se coucher. Il devait probablement être aux alentours de cinq heures. Est-ce qu'Abel, Teb et les autres étaient en train de le chercher ? Probablement. James espérait juste qu'il ne leur était rien arrivé, puisque les marins étaient toujours armés, du moins le pensait-il. Mais ses songes furent interrompus par le Maître :
- Désolé si tu m'en veux. Je voulais juste m'expliquer.
James était surpris par les mots de Dante, mais ne répondit rien dans l'instant. Doucement, il appuya sa tête sur le dos de son amant, humant doucement son odeur naturelle :
- Pas grave. Le principal, c'est qu'on soit sortis d'ici vivants.
- Oui. Et puis, je suis heureux. J'étais bien ton premier n'est-ce pas ?
- Hein ?
Le jeune garçon mit quelques secondes avant de comprendre. Brutalement, il se redressa, rouge comme une pivoine, mélange à la fois de sa colère et de sa gêne, vu l'énorme veine qui venait d'apparaître à son front :
- Evidemment ! Tu crois que je m'amuse à baisser mon froc devant chaque type qui passe ou quoi ?!
Quel imbécile ce Dante ! Quoi qu'il fasse, même après tout ce qui s'était passé, il continuait d'être insupportable et provoquant, ce qui avait le don d'énerver l'adolescent. Cependant, le rire du Maître ne l'excéda pas plus que ça, étant donné qu'il était réellement sincère :
- Je suis juste heureux, c'est tout.
Même s'il ne pouvait pas le voir, James savait que Dante était en train de sourire, ce qui l'empêcha de crier encore plus, bien au contraire. Désormais calmé, il resta adossé, la tête logée entre l'épaule et le cou de son amant. Il n'avait pas envie de se rendormir, mais referma tout de même les yeux. Bientôt, il retrouverait son frère et le capitaine, et il devrait leur expliquer ce qui s'était passé. Rien que d'y penser, il avait à la fois hâte et peur. Mais pour l'instant, il fallait attendre d'arriver.
- On y est.
Dante avait vu juste. Aller au village ne servait à rien, car tous les hommes, ainsi que le capitaine et Abel, se trouvaient à l'entrée de la caverne. Apparemment, celle-ci avait été bouchée par l'effondrement, mais heureusement, James distingua Teb un peu plus loin, indiquant que celui-ci avait survécu. Cependant, Abel, lui, semblait complètement anéanti, et l'adolescent comprit bien vite qu'il devait probablement s'inquiéter pour lui, ce pourquoi il agita rapidement le bras, tout en s'accrochant au dos de Dante :
- Abel !
Ce dernier, ainsi que tous ceux qui l'accompagnaient, se retourna. Apercevant son frère, son visage changea radicalement d'expression, passant de l'inquiétude croissante au soulagement. Aussitôt, il s'avança, mais reconnaissant Dante, il stoppa net son parcours, avant de prendre une arme qu'il pointa sur le Maître :
- Relâches mon frère ! Tout de suite !
- Mais non, Abel, tu te trompes...
Mais contre tout attente, James fut coupé par Dante, qui, de son propre chef, venait de le déposer au sol, tout en lui tenant un peu le bras pour l'empêcher de tomber par terre, au vu de la douleur qu'il devait ressentir. Rapidement, Abel vint prendre l'adolescent par la main pour le tirer vers lui, mais ce dernier tomba aussitôt en avant, ce qui surpris aussitôt son grand frère :
- Qu'est-ce que tu as ? Tu es blessé ?!
- J'ai juste un peu mal.
Une nouvelle fois, Abel sembla mal comprendre, et pointa, encore, son arme en direction de Dante, qui ne faisait qu'afficher un petit sourire embarrassé :
- Tu lui as fait du mal, hein ? Avoues ! Je vais te faire la peau !
Et sans l'intervention du capitaine, qui s'empara d'Abel en le prenant à revers, le Maître aurait probablement eut des soucis à se faire, d'autant plus qu'il aurait été probablement plus blessé par accident que par un simple coup de poings mal placé du grand frère. Mais l'heure n'était pas aux contestations, mais aux explications, et, de ce fait, sachant qu'ils auraient probablement du mal à croire Dante, James s'empressa de défendre son amant :
- Il nous a aidés. Abel, Capitaine, vous devez me croire. Même Teb peut en témoigner.
- En effet, intervint le Nephilim en s'approchant. L'un de ces fous a tenté de me faire du mal, et c'est lui qui est intervenu. De plus, cher Abel, il n'a pas hésité à se jeter sous l'effondrement pour sauver votre petit frère.
Supposant qu'il était calmé, le capitaine relâcha le jeune homme, avant de lui prendre l'arme des mains pour la ranger. Abel se laissa faire aisément, cependant, malgré la défense de James, et l'intervention de Teb, il ne semblait pas convaincu pour autant :
- Il a quand même essayé de nous tuer ! De tuer Meena, ou même James ! Alors quoi, il a changé de camps parce qu'il s'est dit qu'il fallait être chez les gagnants ?
Certes, il avait le droit de penser cela. Par ailleurs, c'était même un raisonnement extrêmement logique. Mais James ne comptait pas le laisser faire, et, malgré le fait qu'il soit assis sans pouvoir se relever, il insista aussitôt :
- Non, il nous soutient réellement. Tout ce qu'il voulait n'avait rien à voir avec le mal que nous ont fait subir les autres marins.
- Petit...
La main du capitaine venait de se poser sur l'épaule de James, et ce dernier se retourna, comprenant qu'il ne servait à rien de discuter devant la future argumentation du chef de l'équipage :
- Même avec tous les plus beaux sentiments du monde, et je peux comprendre qu'il t'ait aidé en dernier recours, cet homme est le leader de la mutinerie. A cause de lui, notre expédition a subi de nombreux dommages, et il est, de ce fait, en pleine trahison envers le Roi.
- Mais...
L'adolescent se retourna aussitôt vers Dante, lui demandant de se défendre, d'expliquer pourquoi il avait agis ainsi et permettre d'avoir la liberté et de revenir avec eux. Mais ce dernier hocha la tête sans broncher, laissant toujours apercevoir un petit sourire. James ne savait pas ce qu'il devait en déduire. Est-ce que le Maître était en réalité tellement bon qu'il souhaitait expier ses crimes ? Mais la trahison était équivalente à la mort, et le jeune garçon refusait de voir cela se dérouler, pas après ce qu'il venait de se passer entre eux. Mais il ne pouvait rien faire, rien à part regarder deux Nephilims, sous les ordres à contre-coeur de Teb, lui lier les mains. Cependant, le capitaine ne s'arrêta pas là :
- Nous allons le ramener avec les autres marins, enfin, ceux qui n'ont pas été écrasés par l'effondrement. Ils seront tous jugés là-bas. Cependant...
Devant le regard insistant de James, il continua :
- ... Je plaiderai personnellement la collaboration et le soutiens que nous aura apporté Dante. De ce fait, je pense que les dégâts seront assez minimisés, d'autant plus qu'il n'a pas directement maltraité les indigènes.
Avait-il échappé au pire ? Personnellement, James n'y croyait absolument pas. Certes, à son retour, Dante échapperait "possiblement" à la mort, mais était-ce pour finir sa vie dans une cellule, séparé à tout jamais de son amant ? L'adolescent en avait presque les larmes aux yeux, mais préféra les ravaler. Il ne voulait pas montrer ses sentiments, pas maintenant. Il était un homme après tout, et se devait d'affronter les épreuves, quelles qu'elles soient, et aussi injustes qu'elles pouvaient l'être. Car après tout, c'était à ça aussi, qu'avait servit son travail disciplinaire.
Abel, quant à lui, s'approcha de son petit frère, afin de faire passer son bras par-dessus son épaule pour le porter, ayant bien évidemment compris qu'il ne pouvait pas dormir debout :
- Où es-tu blessé ?
- Euh... Je t'expliquerai.
Jamais encore, de sa vie, James n'avait pu voir une telle beauté. Le fait d'être simplement adossé au rebord du bateau, tandis que ce dernier voguait doucement sur les océans, tellement calme qu'on pouvait distinguer dans l'eau les reflets de la lune et des étoiles, il n'y avait pas à dire, c'était réellement magnifique, et l'adolescent appréciait ce spectacle. Depuis l'arrestation de Dante, le capitaine et Abel avaient profiter du temps d'attente de la convalescence de Meena pour récolter des informations sur les Nephilims, leur mode de vie, et ces terres nouvelles dont ils connaissaient si peu de chose. Les marins et le Maître, quant à eux, restaient enfermés, et seuls quelques indigènes venaient leur donner à manger, jusqu'au jour du départ. Sachant pertinemment qu'à quatre, ils ne parviendraient pas à faire fonctionner un navire de si grande ampleur, Abel avait même proposé aux Nephilims volontaires de venir avec eux s'ils souhaitaient voir leur monde. Etant sous la protection du Roi, bien entendu. Mais seuls les plus curieux et les moins attachés à leurs racines avaient acceptés, mais parmi eux se trouvait Teb. Et même si l'adolescent n'aimait pas trop ça, il semblait s'être réellement amouraché de Meena, ce pourquoi il demanda également à les suivre. Et ensuite, ils avaient repris la mer.
Voilà bientôt deux semaines que le bateau avait repris son départ. Et le lendemain, ils atteindraient probablement le point d'escale de la dernière fois. Cela promettait tout de même d'être moins festif qu'avant, et de toute façon, James n'était pas tellement d'humeur à rire. Malgré tous les efforts qu'il avait fais pour essayer de détruire ses sentiments, et à défaut de les cacher, il n'y parvenait pas. Pendant tout le voyage, il avait régulièrement rendu visite à Dante, mais sans grand succès car il ne savait absolument pas quoi lui dire. Et même quand il trouvait un mot à prononcer, le Maître ne se révélait que peu bavard. Mais cette nuit, cette nuit-là, oui, c'était différent. Cette fois-ci, Dante lui avait adressé un message écrit. Un rendez-vous. Et d'après ce qu'il en disait, James devait se trouver sur le pont entre minuit et une heure du matin.
Mais même si l'adolescent avait envie de croire à ce qu'il lisait, cela s'avérait bien difficile. Après tout, que trouverait-il sur le pont ? Rien, puisque Dante était enfermé. Du moins normalement. Malgré tout, le jeune garçon conservait un petit espoir en son for intérieur. Quelque chose, un évènement, qui lui prouverait qu'il n'attendait pas pour rien.
Cependant, l'heure était passée, et il n'y avait personne sur le pont. Déçu, James s'apprêta à se retourner, lorsqu'il sentit quelqu'un l'attraper par derrière :
- Chuut, c'est moi.
Se retournant vivement, l'adolescent sentit son coeur sortir de sa poitrine. Depuis plusieurs semaines, il n'avait pu ni voir ni toucher le Maître sans être gêné par la présence de barreaux. Sans même se demander comment il avait fait pour se libérer, il se jeta immédiatement dans ses bras. Ce dernier eut un sourire puis caressa les cheveux blonds à la mèche rouge de l'adolescent :
- Tu m'as manqué aussi.
- Mais comment as-tu fait ?
- C'est le capitaine.
Sur le coup, James cru s'étrangler tellement il était surpris. Le capitaine l'avait fait sortir ? Mais comment ? Pourquoi ? Et même à y regarder de plus près, Dante n'avait même pas l'air d'en comprendre plus, mais lui, ne semblait pas dépassé par les évènements :
- Il m'a laissé la clé, en me disant "c'est maintenant ou jamais". Alors, j'ai suivi son conseil. Et je suis venu te dire Adieu.
James ne comprenait pas. Non, en fait, pour être exact, il ne voulait pas comprendre. Il avait dû réprimer ses sentiments tellement longtemps qu'il en avait assez de le faire. Cela faisait vraiment trop mal, et il se refusait de continuer, ce pourquoi il se serra encore plus contre le Maître, plongeant son nez dans l'épaule de ce dernier :
- Pourquoi tu dis ça ?
Aucune réponse ne vint. En vérité, le seul geste que Dante effectua, fut de caresser une nouvelle fois les cheveux de l'adolescent, avant de le repousser tout doucement en l'éloignant de lui. A y regarder de plus près, James se demandant s'il ne rêvait pas. C'était réellement un visage triste qui était apparu :
- Je ne peux pas rester. Certes, j'ai commis des crimes, mais je ne peux pas encore payer ma dette. Pas maintenant. Il n'est pas encore l'heure de traîner à nouveau le nom de ma famille dans la boue. Et pour ça, je dois fuir, et le capitaine l'a compris.
- Mais...
James avait presque envie de crier. Pourquoi se sentait-on obligé de lui faire du mal à partir du moment où il ressentait quelque chose ? Pourquoi devait-il choisir entre savoir Dante en prison ou ne jamais le revoir ? A l'idée même de savoir son amant éloigné de lui, le jeune garçon tenta tant bien que mal de camoufler sa tristesse. Mais même en usant de toutes ses forces, il ne put empêcher une larme de couler, que Dante essuya du bout des doigts, avant de prendre James contre lui pour l'embrasser. C'était un baiser si doux, si profond, que l'adolescent se laissa totalement emporter. Ses doigts ne firent que se glisser le long du visage de son amant, effleurant avec douceur ses cheveux. Ils étaient tellement soyeux.
Mais bien vite, la réalité rattrapa le couple, et le Maître relâcha doucement le jeune garçon, puis se glissa à bord d'un des canots de sauvetage accroché au rebord. Aussitôt, James s'avança vers ledit rebord pour regarder Dante commencer à desserrer les cordes. De nouvelles larmes commencèrent à couler, mais le Maître avança une nouvelle fois la main pour les sécher :
- Je t'aime, murmura-t-il tout doucement.
- Je t'aime, répondit alors James.
Après ces derniers mots, toutes les cordes furent desserrées, et Dante se laissa doucement glisser le long du bateau, avant d'atterrir sur l'eau. Adressant un dernier regard à son amant, il se mit à ramer en direction de la côte, qui n'était probablement plus très loin. Et jusqu'à ce qu'il devienne invisible, James ne le quitta pas du regard.
Le lendemain, la plupart des membres de l'équipage étaient en panique. La disparition de Dante avaient provoqué la peur des Nephilims, et le rejet des marins, qui se sentaient toujours trahis par leur propre leader. Mais au-delà de cette panique général, le seul qui restait calme, à l'exception du capitaine, tout confiant et souriant, était James. Ce dernier était toujours adossé au rebord quand il n'avait rien à faire, et, tout en contemplant l'océan, se disait qu'il fallait qu'il empêche ses larmes de couler. Au moins, Dante était sauf, et c'était tout ce qui comptait :
- Tu sais, j'ai vu ce qu'il s'est passé, hier.
Surpris par la voix, James tourna aussitôt la tête. Teb venait de s'approcher, et se plaça à côté de son ami pour lui parler :
- Je sais comment il s'est enfui. Mais je comprends que tu l'aies laissé faire.
Avait-il honte de ce qu'il avait fait ? Après tout, il avait dû les avoir vus s'embrasser. A cette vision, l'adolescent se sentit rougir de honte. Mais aussitôt, Teb eut un sourire et lui adressa une bourrade dans le dos :
- Je sais ce que sont les sentiments. Et je pense que tu as bien fait. Mais maintenant, concentres-toi plutôt sur ce que tu vas faire, maintenant que nous allons arriver dans ton monde.
- Tu vas aider la gentille Meena à dire à ses parents "Zut" !
Cette fois-ci, c'était bien entendu la jeune fille, qui s'était approché du duo, avec un grand sourire, allant directement, elle aussi, à côté de son ami James, ce qui énerva quelque peu Teb, probablement jaloux :
- Maintenant qu'ils vont me retrouver, ils vont vouloir me faire la peau. Mais je suis une héroïne ! Même que c'est Abel qui l'a dit !
- Comme nous tous.
Bien entendu, le grand frère venait de se joindre à la conversation. Enlaçant son James par derrière pour lui faire un gros câlin fraternel, il désigna la côté, qui commençait à être visible, du bout des doigts :
- Là-bas, on va être accueilli comme des rois. Même les Nephilims, vous aurez la Gloire. Quelque part, c'est pas magnifique ?
- Certes, répondit Teb, qui ne savait pas tellement quoi dire.
- Et je tiens à dire, James, que je suis réellement fier de ce que tu es devenu. Je pense que ce voyage t'auras réellement apporté quelque chose, et que tu deviendras un homme de bien.
Puis, toujours en tenant son frère, il le serra un peu plus fort contre lui, pendant que Meena, elle aussi prise d'un élan d'affection, se joignit à l'accolade. Teb, quant à lui, estimant qu'il ne devait pas faire tâche lui non plus, se joignit à l'embrassade. Tout cet élan d'amour, c'était trop pour James, mais en même temps, cela lui fit tellement de bien qu'il fit quelque chose qu'il n'avait pas fait depuis des semaines. Il éclata de rire.
- Et c'est tout ?
Le jeune homme toujours debout sur le tapis, continuait de fixer le vieillard qui venait de lui raconter toute l'histoire. Même s'il lui avait épargné quelques détails, le vieux James avait été honnête avec lui. Il lui avait tout raconté, sans jamais déformé la réalité telle qu'il l'avait perçu. Mais bien évidemment, ce n'était pas assez pour la jeune génération, qui s'approcha encore un peu :
- Vous l'avez revu après ! C'est évident !
- Du calme ! Ne sois pas excité ! Oui, je l'ai revu, mais bien des années plus tard. Grâce à cette expédition dans le Nouveau Monde, j'ai pu avoir accès à tous les systèmes d'études où les travaux qui m'intéressaient, aux frais de la Cour Royale. Et j'ai choisi de continuer de travailler dans les ports. C'est là, que je l'ai revu, alors que je venais d'avoir vingt ans. Après cela, nous nous sommes revus régulièrement, à la fréquence d'une fois par mois, voire même moins à cause de mon travail. Je ne me suis jamais marié, et lui non plus.
Quelque part, peut-être que ce jeunot avait compris les véritables sentiments qui avaient unis les deux hommes. A cette pensée même, il ne put s'empêcher de rougir, et, sans sourciller, se pencha en avant pour prendre la main du vieillard, qui, lui, continuait son récit :
- Meena et Teb n'ont jamais pu se marier. Contre toute attente, même si les Nephilims ont été très populaires et très "à la mode" comme on dit, ils n'ont jamais été réellement considérés comme des êtres humains. Ils ont dû fuir pour échapper aux poursuites, et ont élevés leurs enfants, près d'un moulin, dans un champ de fleur. Du moins dans mes souvenirs. Je venais souvent leur rendre visite. Et mon grand frère, Abel, a continué ses explorations sans moi. Il est revenu marié avec une jeune femme qu'il avait rencontré dans les contrées lointaines de l'Est, et m'a laissé un neveu, aujourd'hui lui-même parent. Il a beaucoup écrit d'ailleurs, tu as peut-être lu quelques-unes de ses oeuvres.
- Juste une, en vérité.
- C'est toujours mieux que rien.
Le vieil homme s'arrêta à ce moment-là, comme pour se reposer. Il adossa à nouveau sa tête contre le rebord de sa chaise à bascule, tout en contemplant le magnifique océan qu'il pouvait apercevoir par la fenêtre. Puis, tout doucement, il dévisagea le jeune homme :
- Je suis sûr que Dante, ou plutôt Claudio, aurait aimé avoir un enfant.
- Je ne vous ai pas dit la vérité.
Le jeune homme se redressa soudainement, avant de reculer de quelques pas, comme pour éviter que ses révélations n'affectent trop le vieil homme :
- Mon grand-père m'a confié un jour, un terrible secret. Lorsque Claudio s'est enfui parce qu'il vivait une idylle avec la future femme de son frère, il ne savait pas, et je pense qu'il n'a jamais du le savoir, qu'elle était enceinte de lui. Et pour éviter d'abattre un peu plus la honte sur ma famille, on a déclaré que cet enfant était celui de son frère aîné.
- Alors, tu es...
- L'arrière-petit-fils de Dante, oui.
Un long silence s'ensuivit. Le visage du vieux James était tellement fripé, tellement abîmé, qu'il en devenait difficile de distinguer s'il souriait ou non. On ne pouvait savoir s'il était choqué ou pas. Mais ce qui était sûr, c'était ses deux mains levés, en direction du jeune homme, lui intimant de s'approcher. Doucement, ce dernier fit ce qui lui était demandé, et le vieillard lui caressa tendrement le visage, avec une grande douceur :
- Oui. C'est vrai. Il y a quelque chose de lui, que je reconnais en toi.
Cette fois, on pouvait réellement apercevoir le sourire sur le visage du vieil homme. Puis, tout doucement, il laissa retomber ses bras le long de son corps, ses mains reposant sur les cuisses, toujours longées par une couverture :
- C'est juste dommage, qu'il ne l'ait jamais su. Mais je suppose que c'est plutôt pour ça que tu es venu me voir, pour en savoir plus sur lui.
- C'est cela, oui, déclara le jeune homme en hochant la tête, un sourire doux éclairant son visage. Et je suis vraiment heureux de savoir, que sa vie n'a pas été qu'un long chemin de malheur. Je dirai même, qu'il a eu de la chance de vous rencontrer.
- Peut-être bien. Mais je suis heureux d'avoir parlé de lui avec toi. Je me sens... Tellement plus léger.
Puis, tout doucement, le vieux James ré-adossa sa tête, tout en fermant les yeux. Le jeune homme, quant à lui, estima qu'il en avait assez appris, et qu'il devait laissé le vieillard tranquille. Tout doucement, il s'éloigna sur la pointe des pieds, puis, avant de refermer la porte, regarda une dernière fois celui qui avait aimé, et avait été aimé par son aïeul pendant toutes ces années. Une dernière phrase, à peine indescriptible, se laissa entendre à travers les lèvres du vieux James, juste avant d'accueillir le doux baiser de la mort :
- Je t'aime, Dante.
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