20/10/2011

Chapitre 3 - You, Madness


- Tu n'as pas de chance.
James était déjà collé au mur. Une goutte de sueur perlait à son front, tandis que ses yeux ne pouvaient se décrocher de l'arme de Dante. Il s'agissait d'un revolver. L'adolescent n'en avait jamais vu avant, étant donné qu'il s'agissait d'une arme révolutionnaire, bien plus perfomante que le fusil ou les canons au corps à corps, et extrêmement cher. Mais la seule chose qui importait était que cette arme était braquée sur lui, et le menaçait de mort, à cause de ce qu'il avait entendu :
- Pourquoi est-ce que vous faîtes ça ?
- Tu en sais déjà trop. Inutile d'agraver les choses.
- Pourtant, tu comptes me tuer. Qu'est-ce que ça change ?
Les lunettes du Maître empêchaient le jeune homme d'apercevoir son regard, et renforçait l'atmosphère pesante dans la cave :
- Je ne préfère pas.
Lui intimant de se taire, Dante déserra le cran de sécurité. L'adolescent comprenait que crier ne servait à rien, mais il ne pouvait s'empêcher de regarder l'homme qu'il avait considéré comme un proche pendant tout le voyage, et qui le trahissait comme si de rien était. Tout en refermant les yeux, il s'apprétait à recevoir la balle en plein coeur, lorsqu'une voix retentit :
- NOOOOON !
C'était Meena. Celle-ci, ayant repéré le danger de mort imminent qui allait toucher son ami, s'était précipitée vers Dante afin d'essayer de le repousser. Voyant en cela l'occasion de survivre, James s'apprêtait à aider la jeune fille, lorsque le Maître hurla :
- Bouges, sale garce !
Puis tout en la poussant contre le mur, un coup de feu retentit. Choqué et terrifié par la scène, l'adolescent se rua vers son amie pour la prendre contre lui. Blessée à l'épaule, son chapeau était tombé à terre, dévoilant sa longue chevelure rousse commençant à être teintée de rouge au niveau des mèches. Serrant les dents, James se retourna vers Dante, qui continuait de les braquer :
- Espèce de monstre !
Sans même penser au fait qu'il pourrait les abattre tous les deux, le jeune garçon prit Meena sur ses épaules, et entreprit de grimper les escaliers afin d'ouvrir la trappe pour sortir. De son côté, Dante n'avait pas bougé, à l'exception de son arme, qui était toujours pointé vers le duo. Cependant, il ne tirait pas. En fait, il n'y arrivait pas. Quelque chose l'en empêchait, mais il ne savait pas quoi. Pourquoi ne pouvait-il pas descendre ce gamin ?
De son côté, James était trop occupé avec Meena. Tout en l'amenant à l'extérieur, il ne fit pas attention au fait que son secret ne pouvait plus être caché, et bientôt, plusieurs hommes à bords s'exclamèrent :
- Mais c'est une femme !
Ignorant le regard des marins, et avant qu'ils ne puissent réagir, le jeune garçon était en train de courir en entraînant son amie, l'emmenant jusqu'à la cabine du capitaine. Tout en tambourinant, il se mit à crier :
- Capitaine ! Abel ! Laissez-nous entrer ! Je vous en prie !
Puis, tout en hurlant, il continuait de soutenir la jeune fille, l'intimant à ne pas laisser tomber. Certes, elle n'avait pas été touchée au niveau des organes, mais une plaie pareille pouvait être très dangereuse si elle n'était pas traitée à temps. Enfin, Abel vint ouvrir :
- C'est pas bientôt fini tout ce... Meena ?!
Profitant de la surprise, James s'engouffra immédiatement dans la cabine. Au loin, on put entendre un coup de feu, et la voix de Dante s'écrier :
- Changement de programme ! Aux armes !
Des cris s'élevèrent aussitôt, et Abel, effrayé par ce vacarme, referma brusquement la porte en appliquant le verrou. Son frère, pendant ce temps, était en train d'allonger la jeune fille sur le lit du capitaine. Quant à ce dernier, celui-ci s'approcha du duo :
- Que s'est-il passé ?
Etonné par le fait qu'il ne posait pas de question sur l'identité sexuelle de Meena, James afficha une mine surprise qui fit réagir le vieil homme :
- Ah, vous pensiez que je ne le savais pas ? Je n'engage pas n'importe qui, mon garçon ! Et ce n'est pas le plus important. Expliquez-moi tout.
Et tandis qu'Abel, le plus apte à pouvoir appliquer les premiers soins, s'occupait de la jeune fille, l'adolescent s'empressa d'expliquer tout ce qu'il avait entendu, et sans omettre le passage où il avait dû récupérer ces soit-disants "oranges". Mais plus il parlait, plus il se sentait mal. Le fait de repenser au fait que Dante avait essayé de le tuer lui donnait la nausée. Cependant, il se devait de faire un compte-rendu détaillé, afin de trouver un plan. Car si à l'extérieur, l'équipage avait commencé la mutinerie, ils n'allaient probablement pas tarder à essayer de s'emparer de la cabine du capitaine, et donc de tous les gêneurs par la même occasion.
A la fin de son explication, le quinquagénaire hocha la tête puis se tourna rapidement vers Abel :
- Comment va la demoiselle ?
- Mal, elle perd beaucoup de sang. Je lui ai appliqué un bandage rapide, mais il faut qu'on l'amène à terre. Ils ont peut-être des médecins là-bas, même si ce sont des indigènes...
- Abel, comment veux-tu ? interrompit aussitôt James. On est fait comme des rats ici. Dés qu'on mettra le nez dehors, on se fera descendre.
- Je ne pense pas.
Après ces mots, le capitaine s'avança vers le tapis, qu'il souleva rapidement, laissant apercevoir une petite trappe :
- C'est là que je cache mes réserves d'alcool. Et le chemin mène aussi vers les cales. Etant donné qu'ils nous attendent tous devant la porte, nous pourrons en profiter pour sortir par une autre porte, et utiliser un canot de sauvetage pour débarquer.
- Capitaine ! coupa Abel, vous aviez promis de stopper l'alcool à bord.
- Balivernes, ce ne sont que quelques bouteilles. Bon, jeune homme, prends cette fille avec toi.
A ces mots, James s'approcha de Meena. Elle semblait tellement fragile et tellement épuisée qu'il avait l'impression que sa vie ne tenait plus qu'à un fil, ce qui le motiva encore plus à partir d'ici. Doucement, il la prit sur son dos comme tout à l'heure, puis suivit le capitaine, tandis qu'Abel, armé de sa sacoche, refermait la porte derrière lui.
James ne cessait de ravaler sa salive alors qu'ils marchaient sans bruit dans le tunnel rempli de tonneaux d'alcool. Au-dessus de leur tête, on pouvait entendre les bruits de pas des marins qui avaient trahi le bateau. Ils couraient dans tous les sens, et apparemment, cherchaient un moyen de faire sauter le verrou de la cabine du capitaine. Il valait donc mieux pour eux de se dépêcher de partir avant qu'ils ne réussissent à l'ouvrir et s'aperçoivent de leur disparition.
A son oreille, l'adolescent sentait la respiration difficile de son amie. Celle-ci n'avait tellement pas de force qu'elle n'arrivait pas à s'accrocher, et ne faisait que s'appuyer sur le dos de James. Respirant un bon coup pour la porter un peu plus haut sans aggraver sa blessure, le jeune garçon sentait la fatigue venir très vite. Mais il devait s'accrocher s'il voulait voir Meena, et même son frère et le capitaine survivre :
- James..
- Chut, Meena. Reposes-toi, on s'occupe de tout.
Elle transpirait, ce qui n'était pas bon signe. Mais bientôt, le capitaine lui fit signe de se taire. Ils venaient d'arriver devant les marches menant à la porte au plafond pour atteindre le pont, à l'opposé de la cabine. Il valait mieux pour eux qu'il n'y ait personne. Doucement, l'homme ouvrit la trappe, puis, voyant qu'il n'y avait personne, fit signe aux autres de sortir. S'ensuivit James avec Meena, puis Abel. Rapidement, ils se faufilèrent vers les canots de sauvetages :
- James, fit le capitaine, laisse Abel prendre cette jeune fille pour l'installer, et aides moi à détacher le canot.
James hocha la tête, puis laissa son frère s'occuper de son amie tandis qu'il commençait à détacher les cordes. Seulement, il savait que bientôt, à cause du bruit, tout l'équipage allait se ruer vers eux, ce pourquoi ils devaient faire au plus vite. Et, tout en s'occupant de la dernière corde, le jeune homme fit signe au capitaine d'embraquer au plus vite. Tout ce qu'il avait à faire, c'était détacher cette fichue corde. Du moins le pensait-il, jusqu'à entendre un "clic" indiquant un cran de sécurité desserré :
- Ne bouges plus.
C'était la voix de Dante. Suivant ses ordres, James n'osa pas se retourner, ne faisant que regarder le capitaine et Abel, ce dernier effrayé à la vue de l'arme, et au fait que son frère risquait de mourir dans les plus brefs délais :
- Maintenant, lèves les mains et retourne-toi vers moi.
Tout doucement, l'adolescent s'exécuta, et vit le revolver pointé dans sa direction. Son coeur battait tellement vite dans sa poitrine qu'il n'osa pas dire un mot. Dante, quant à lui, s'approchait de lui, le menaçant toujours de son arme :
- Alors, on a voulu nous fausser compagnie ?
James se mit à déglutir, puis répondit doucement :
- S'il te plaît. Meena va mourir...
- Je pense que ça va être le cas pour vous quatre. Alors avances si tu veux au moins avoir quelques minutes de plus.
Au loin, certains marins commencèrent à se rendre compte de la situation, et couraient dans leur direction. S'ils arrivaient à les attraper, ils étaient cuits, et ça, James le savait. Mais or de question d'abandonner, ce pourquoi il fit tout doucement dos à Dante, observant le capitaine droit dans les yeux. Celui-ci hocha la tête sans que le Maître ne puisse les voir :
- James ! cria Dante, retourne-toi immédiatement !
L'adolescent fit de même une nouvelle fois, mais il était prêt. Doucement, il recula jusqu'au rebord, appuyant sa main dessus. Comprenant ce qu'il voulait faire, le Maître s'approcha :
- James... Si tu fais ça...
- MAINTENANT ! hurla le capitaine.
A ses mots, l'homme coupa la dernière corde avec son couteau, et l'adolescent profita de l'instant de surprise pour monter sur le rebord et faire un plongeon spectaculaire. Pendant une fraction de seconde, il entendit Dante crier, mais ne s'en préoccupa pas. L'eau de mer lui fouetta violemment le visage et le corps, et le jeune garçon prit quelques secondes pour s'agiter et nager afin d'atteindre la surface. La tête hors de l'eau, il inspira rapidement, puis nagea en direction du canot, tandis qu'Abel lui tendait la main afin de l'aider à grimper :
- Accroches-toi !
Trempé jusqu'aux os, le jeune garçon ne se reposa pas pour autant, prenant rapidement les rames afin de les mener loin du bateau et plus près de la terre ferme. Au loin, on pouvait entendre les hommes s'agiter. En effet, leurs armes n'avaient que de petites portées, et d'aussi loin, il était impossible de pouvoir les viser. Cela ne signifiait pas pour autant que le quatuor soit hors de danger ! Et de ce fait, l'adolescent ne se sentirait pas tranquille tant qu'il ne sentirait pas le sable sous ses pieds.
Cependant, il s'épuisait très vite, et bientôt, Abel et le capitaine durent l'aider pour arriver à terre. Car après tout, le pauvre James avait fait tellement d'effort que son corps était en train de le lâcher sans même qu'il ne s'en rende compte, ce pourquoi il s'installa auprès de Meena pour s'occuper d'elle.
Enfin arrivés à terre, Abel et le capitaine descendirent du canot tandis que James portait Meena afin de descendre. Tous les quatre débarquèrent, puis contemplèrent les alentours. Il n'y avait rien. Du moins, rien d'humain, à part une grande forêt imposante et des arbres non identifiés :
- Si on a besoin d'un médecin, c'est maintenant. On va les chercher ? demanda James.
- Si on rentre dans cette forêt, avec l'odeur du sang, je ne donne pas cher de notre peau avant qu'on se fasse dévorer, répondit Abel. Ce qu'il faut, c'est que quelqu'un reste ici avec elle.
- Mais si les autres arrivent, ça va donner le même résultat.
- Peut-être mais c'est préférable ! Ils hésiteront peut-être à nous tuer, que les animaux, non !
- Non mais tu crois vraiment qu'ils vont nous épargner ? Ils étaient prêt à nous tirer dessus !
- Tu ne comprends rien !
- Nan c'est toi qui comprends rien !
Ce n'était pas le moment pour une dispute, et les deux frères le savaient très bien, mais ils étaient aussi sur les nerfs, et dans l'angoisse de mourir et de perdre leur amie d'enfance. Rapidement, ils en vinrent même aux mains, et James et Abel se prirent mutuellement le col :
- Les garçons...
- Quoi ?! répondirent-ils en choeur.
Tandis que le capitaine leur faisait signe, les deux frères se rendirent compte qu'une petite fille était en train de les regarder. La peau halée, de longs cheveux noirs, et des yeux de biches de couleur noisette, elle tenait des fleurs dans les mains, et semblait pétrifiée rien qu'à les regarder. Relâchant James, Abel s'avança doucement :
- Euh... Non, là je ne sais pas si c'est une bonne idée... fit James.
- Quoi ? Mais non, elle va pouvoir nous guider à ses parents et à son village. Comme ça, on pourra s'occuper de Meena.
Seulement, la petite fille ne semblait pas du tout de cet avis. Et dés qu'Abel l'approcha d'un peu trop près à son goût, elle se mit à hurler !
- Hola, du calme petite...
- Abel, attention !
Tombant brutalement sur le derrière, le grand frère évita une lance qui arrivait dans sa direction et se planta à deux centimètres de sa main. Effrayé par ce qu'il venait de se passer, il recula brutalement. Seulement, cela ne servit à rien, étant donné que bientôt, comme sortit de nulle part, une nuée d'homme les entoura, armés de lances pointés dans leur direction. Ils avaient tous une peau foncée, des cheveux noirs, peu de vêtements, et surtout, une beauté à couper le souffle, chacun d'eux. Même certaines femmes étaient parmi eux, toutes aussi belles. Est-ce qu'il s'agissait des Nephilims ? Mais ça n'était pas le problème :
- Je ne sais pas pour vous, mais je crois qu'on a un peu fait un pas en arrière...
L'un d'entre eux s'avança alors vers le groupe, le lance tendue, puis s'exprima dans une langue inconnue. Complètement perdu, aucun des trois n'osait répondre, de peur de froisser l'inconnu, et de même, tous les autres. Tout en se redressant, Abel se rapprocha du capitaine et de James :
- Je... Je crois qu'ils veulent qu'on s'approche.
- Comment tu sais ça ?
- Tobby Most, il a laissé des expressions et mots dans son livre. Et puis, je pense que le fait qu'il s'impatiente alors qu'on ne bouge pas, ça doit être un indice.
Déglutissant alors, James s'avança doucement, tout en transportant Meena dans ses bras, suivi de son frère et du capitaine. L'homme face à eux, remarqua alors la jeune fille. Sans la quitter des yeux, il fit :
- Je comprends votre langue. Je suis Teb.
Surpris par le fait qu'il puisse les comprendre, les trois hommes ne surent que répondre. Et puis, comment réagir d'ailleurs ? Au moindre faux pas, ils seraient transpercés de toute part, et ils le savaient. Cependant, James ne pouvait pas reculer. Chaque minute passée, et Meena risquait plus sa vie :
- S'il vous plaît, aidez-nous. Nous ne vous voulons aucun mal. Notre amie est blessée, et elle va mourir si nous n'agissons pas au plus vite.
- Vous avez essayé de tuer Edi, la fille de notre chef. Nous ne pouvons pas vous laisser vivre ici.
- Mais non ! Nous voulions lui demander où se trouvait votre village, car nous avons besoin d'un médecin.
Puis, avant même qu'Abel et le capitaine ne s'en rendent compte, James avait déposé Meena, puis s'était agenouillé, le front contre le sable. C'était bien la première fois de sa vie qu'il se mettait dans une telle position. Lui si intrépide et tête brûlé, jamais il n'avait supplié quelqu'un. Seulement, il était prêt à tout pour sauver sa meilleure amie. Impressionné par son attitude, Teb fit signe aux autres de baisser leurs armes, puis intima l'adolescent à se redresser :
- Je vois que tu ne mens pas. Très bien, nous allons te mener à notre village.
A ces mots, il prit délicatement Meena dans ses bras, puis leur indiqua la direction afin qu'ils puissent les suivre. D'abord sonnés, puis reprenant leurs esprits, Abel et le capitaine suivirent à leur tour, tandis que James collait Teb, afin de ne pas quitter des yeux la jeune fille. Bientôt, ils s'engouffrèrent dans la forêt, suivant un long chemin sinueux. Tout autour, les arbres étaient étranges. En fait, l'adolescent n'en avait jamais vu d'aussi grands, avec un tel type d'écorce. Il avait l'impression d'être dans un autre monde. D'autant plus qu'il était très intrigué par les indigènes. Certes, ils avaient la même physionomie, mais il y avait quelque chose de différent chez eux, et James n'arrivait pas à savoir quoi.
Enfin, ils arrivèrent au village. Entourés par des maisons de tissus et de pierres, des hommes, des femmes et des enfants, tous vêtus de la même façon, s'approchèrent d'eux avec méfiance. Un feu était allumé au centre, avec à ses côtés une longue sculpture de bois. Très impressionné, James n'osa pas s'approcher, jusqu'à ce que Teb les conduisent devant un vieil homme. Habillé d'une longue peau de couleur grise avec des colliers autour du cou, il discuta quelques minutes avec Teb avant de demander à un autre homme de prendre Meena, l'emmenant à l'intérieur :
- Attendez... commença James.
- Stop, fit Teb. Notre sorcier doit l'examiner sans être dérangé, sinon, il ne pourra pas la soigner.
L'adolescent eut soudainement un doute. Devait-il vraiment faire confiance à cet homme qu'il connaissait à peine, dans un pays inconnu ? Après tout, même si leurs intentions étaient louables, ils n'avaient peut-être pas les capacités pour s'occuper de son amie. Cependant, un rapide coup d'oeil à l'égard de son frère lui intima de rester calme. Teb, quant à lui, s'approcha d'Abel :
- Vous, vous parlez notre langue ?
- Eh bien... C'est-à-dire... Juste quelques mots.
Gêné, il se frotta quelques peu la tête. Cependant, leur courte discussion fut bien vite interrompue lorsque James éternua. Toujours trempé, il n'avait pas vraiment eut l'occasion de sécher, et risquait de très vite attraper quelque chose. Inquiet à ce sujet, Abel en parla très vite à Teb :
- Je vais vous confier ma maison. Reposez-vous une heure, nous irons à la rencontre de notre chef.
Hochant la tête, le capitaine et les deux frères suivirent quelques indigènes, puis s'installèrent pour quelques instants.

- Alors, pourquoi vous être ici ?
Les trois hommes, installés en demi-cercle, contemplèrent le chef. Homme mûr, il devait avoir le même âge, ou du moins dans la même tranche, que le capitaine. Paré de bijoux et d'accessoires, il observait avec sérieux ces trois étrangers venus perturber la vie paisible de son village :
- En fait, répondit le capitaine, nous avons été envoyés par notre grand chef, pour communiquer avec vous.
- Oh, je vois. Mais mal poli d'être venu sans présent, non ?
- Nous en avions, continua le capitaine, mais lorsque nous sommes arrivés, notre équipage s'est retourné contre nous et a blessé la petite. Ils ont essayé de nous tuer, et nous ont contraint à fuir, jusqu'au moment où vous nous avez trouvé.
Le chef ne répondit pas tout de suite, et poussa un long soupir de fatigue. Enfin, il redressa la tête :
- Est-ce hommes vont attaquer nous ?
- Nous l'ignorons, mais il est plus que probable que ce soit le cas. De plus, nous ne connaissons pas les raisons de cette attaque.
Au vu de ses expressions, le chef n'avait pas vraiment l'air d'aimer ça. Cependant, il fit signe à Teb, non loin de là, de venir le voir. S'ensuivit une discussion de quelques minutes, puis le jeune homme s'avança vers le trio :
- Suivez-moi.
Hochant la tête, James, Abel et le capitaine suivirent Teb hors de la demeure du chef. Autour d'eux, les villageois les contemplaient avec un regard curieux, presque comme s'ils étaient des animaux, ce qui avait le don de mettre James très mal à l'aise. Cependant, son mal être fut de courte durée lorsqu'ils arrivèrent devant la grande sculpture. Celle-ci représentait un gigantesque oiseau aux ailes déployées, possédant par ailleurs les mêmes accessoires que le grand chef :
- C'est notre Dieu protecteur, Toras. Il veille sur notre village depuis des milliers d'années. Il nous a donné la vie et peut très bien nous la reprendre si nous nous comportons mal.
- Mais il n'y a qu'un seul Dieu sur Terre, chuchota Abel avant d'être frappé au bras pas James à cause de son indiscrétion.
- De ce fait, non loin d'ici, nous possédons un sanctuaire qui lui est dédié. Dans cet autel, nous possédons un objet sacré, la Corne Eternelle. Et notre chef pense que c'est le but de ceux qui vous ont trahi.
Un léger silence s'installa entre les quatre. Si Teb avait l'air très sérieux, Abel avait placé sa main devant sa bouche pour ne pas rire, le capitaine se raclait la gorge et James se proposa de répondre :
- Hum... Je suis sûre qu'une corne doit beaucoup compter pour vous. Seulement, dans notre pays, je crois que la plupart d'entre nous ne comprennent pas ce qui est beau. Donc je ne crois pas que ce soit ça qu'ils désirent.
Surpris et choqué, le jeune homme recula. Comment pouvait-on considérer la Corne Eternelle comme une simple babiole ? Ces étrangers, jamais il ne pourrait les comprendre :
- Alors.. Que veulent-ils ?
- Nous ne savons pas.
Un nouveau silence, gêné, apparut. Teb parce qu'il était encore choqué, et les trois autres parce qu'ils ne savaient pas quoi répondre. Après tout, ils ne savaient réellement pas ce qui motivait Dante et ses hommes. Si seulement il avait pu tout révéler à James au moment où il s'apprêtait à le tuer. Pourquoi ne l'avait-il pas fait ? Est-ce qu'il prévoyait de laisser partir l'adolescent dés le début ? Il en doutait fort, c'était même plus qu'improbable. Cependant, il ne pouvait trouver d'autre explication :
- ...naturels ?
- Pardon ? répondit James en sortant de ses pensées.
- Cette jeune fille avec vous, ses cheveux sont naturels ?
- Bah oui, pourquoi ils le seraient pas ?
- Je voulais juste savoir. D'ailleurs, je crois qu'on nous fait signe de venir.
Au loin, l'homme qui avait transporté Meena chez le médecin local leur faisait signe de les suivre. Pressé à l'idée de connaître l'état de son amie, James se rua en avant jusqu'à rentrer dans la tente du sorcier. Meena était allongée, légèrement dévêtue avec une sorte de mousse de couleur verdâtre appliquée sur sa plaie. Tout proche d'elle, l'adolescent prit la main de son amie. Elle était chaude. Au moins, elle n'était pas morte, ce qui le rassurait. A ses côtés, Teb discutait avec le vieil homme, puis prit place aux côtés de James :
- Notre médecin n'a jamais vu une plaie pareille, donc il ne sait pas si ses remèdes marcheront. Mais comme ce genre d'onguent cicatrise les plaies rapidement, il n'y aura pas de problèmes de saignement.
- Quelle médecine avancée, répondit le capitaine.
James, lui, en revanche, appréciait moyennement les regards que portait Teb sur Meena, ce pourquoi il changea très vite de sujet afin que ce dernier se concentre sur la discussion et non sur son amie :
- Bon, nous devons juste savoir ce que préparent Dante et les autres marins.
- Mais si ce n'est pas la corne qu'ils veulent, que souhaitent-ils ?
- Impossible de savoir, répondit le capitaine. Si seulement nous avions un indice.
Malheureusement, aucun d'entre eux n'en possédaient. Et ils avaient beau se creuser la tête, rien ne leur venait en tête :
- Et surtout, pourquoi n'ont-ils pas attaqué ? continua Teb. J'ai envoyé des hommes, et ils m'ont dit que votre bateau est toujours à la même distance que tout à l'heure...
- OH !
Le cri d'Abel fit sursauter tout le monde, et le vieil homme le frappa alors à la tête afin de le punir de faire autant bruit en présence d'une malade. Frottant son crâne meurtri, le jeune homme se redressa avant de partir précipitamment. Intrigué, personne ne le suivit :
- Qu'est-ce qui lui prends à celui-là ?
Personne n'osa répondre à la question de Teb, jusqu'à ce qu'Abel ne revienne, avec la sacoche qu'il avait réussi à emporter :
- Je crois que j'ai la solution !
Doucement, il ouvrit le devant avant d'en sortir un livre de traille moyenne. Rapidement, il tourna les pages, jusqu'à trouver ce qu'il cherchait :
- Regardez bien.
A l'exception de quelques mots et dessins, rien d'exceptionnel, du moins pour James. Et vu le regard de Teb et du capitaine, il en allait de même pour eux :
- Oui, et...?
- Vous êtes aveugles ou quoi ? Regardez les déchirures ! Il manque des pages !
En observant bien, l'adolescent se rendit effectivement compte qu'il restait une trace de page entre les deux :
- C'est bien beau, interrompit Teb, mais qu'est-ce que ça change ?
- Ce livre, c'est l'unique ouvrage réalisé par Tobby Most, et je l'ai reçu lorsque l'on m'a annoncé que j'étais pris à bord. Cependant, j'ai très vite remarqué la déchirure, et apparemment, elle était très récente. Je suis pratiquement certain qu'il avait découvert quelque chose. Quelque chose qui a attiré la convoitise de ces sales traîtres infâmes ! Et ce sont eux qui ont dû me voler les pages avant que je ne reçoive le livre !
- Et tu ne sais vraiment pas de quoi ça peut parler ?
- En fait, déclara Abel en levant le doigt, non. Il n'y a aucun lien avec la page d'avant, hormis le fait que Most fait référence à une découverte extraordinaire. Mais bien entendu, sans ces pages, on ne sait pas de quoi il s'agit.
- Nous revoilà au point de départ, soupira le capitaine.
Un silence de mort s'abattu alors sous la tente. C'était bien beau d'avoir une piste, mais sans savoir de quoi les pages manquantes pouvaient parler, il était impossible de prévoir quelque chose pour empêcher une quelconque attaque, si attaque devait avoir lieu. Soudain, James se redressa :
- Je retournes sur le bateau.
A ses mots, Abel et le capitaine se redressèrent automatiquement, interloqués :
- Non mais tu es fou, James ! Si tu y retournes, tu te feras tout de suite descendre !
- C'est le seul moyen que l'on ait ! J'irai cette nuit, que vous le vouliez ou non.
- Petit, fit le capitaine, tu sais que c'est très dangereux.
- De toute façon, qui sait ce qu'ils voudront faire ? Peut-être que demain, ils viendront tuer tout le monde, ou qu'ils s'en iront, je ne sais pas, mais je compte bien vérifier. Je dois ça à Meena ! Elle s'est interposée pour me sauver, alors c'est à moi d'y aller.
Face au regard déterminé de l'adolescent, le capitaine poussa un soupir, et Abel s'avança :
- Je refuse de te laisser partir ! Tu es mon petit frère, tu es tout ce qu'il me reste !
- Abel...
- Laisse-moi y aller à ta place, ou même t'accompagner.
- Non. A deux, on se ferait repérer, et je crois qu'il vaut mieux que tu restes auprès de Meena. Et comme ça, quand elle se réveillera, elle pourra t'expliquer pourquoi elle est montée à bord.
Ce n'était pas vraiment un argument, mais plutôt un message. A travers ce conseil, James demandait à son frère aîné de veiller sur leur amie. Même si le capitaine et Teb avaient l'air fiables, l'adolescent n'avait confiance qu'en Abel, ce pourquoi il lui demandait ce service. De veiller sur celle qu'il considérait presque comme sa propre soeur :
- Bon... Très bien. Mais reviens-nous vivant alors ! Je te laisse jusqu'à l'aube. Au-delà, je viendrai te chercher, même si tu me l'interdis !
C'était devenu tellement rare de voir des preuves d'affection de la part de son grand frère, que James en était presque ému. Depuis la mort de leurs parents, même si Abel s'était accroché pour leur permettre de survivre et d'échapper aux rapaces qui voulaient dilapider les biens de leur famille, il s'occupait toujours de son frère. Jusqu'à ce qu'il atteigne la majorité et hérite de l'argent, ce qui fit de lui une personnalité très occupée. De ce fait, James se retrouva éloigné d'Abel, peut-être pas physiquement, mais une barrière s'était créé à une telle vitesse, que le premier devint très vite un voyou et un délinquant, et surtout un problème pour le second. Peut-être que, comme il l'avait prédit, cette expédition, en plus de l'éduquer, leur avait permis de ressouder des liens perdus ? Qui sait :
- Merci, Abel. Je partirai tout à l'heure.
- Je vais demander à notre chef de préparer nos hommes. S'ils attaquent pendant que tu es là-bas, ou même avant, il faut que l'on soit prêt.
Hochant la tête, James se redressa, puis, adressant un dernier regard à Meena et à son frère, il quitta la tente pour se diriger vers celle de Teb pour se préparer mentalement et physiquement.

La nuit venait de tomber. A l'exception de clapotement des vagues, il n'y avait aucun bruit, comme si chaque être vivant présent était en train de dormir. Et c'était dans cette atmosphère que James ramait tout doucement. A l'aide du canot de sauvetage, il comptait se rendre jusqu'au navire pour y grimper, à l'aide d'un grappin fabriqué à la va-vite par les Nephilims. Faisant tournoyer ce dernier au-dessus de sa tête pour atteindre la rampe, James tira légèrement dessus pour voir s'il tenait, puis s'empressa de grimper tout en haut, et le plus silencieusement possible s'il le pouvait.
Arrivé à destination, James regarda rapidement autour de lui. Personne. Etrange, il devrait pourtant y avoir un ou deux marins dans le coin pour surveiller le pont, bien qu'ils soient près de la terre ferme. Non pas que l'adolescent allait s'en plaindre, mais il trouvait cela très louche. D'autant plus qu'il venait de se rendre compte d'une chose. S'il comptait chercher les pages, il n'avait pas la moindre idée de leur localisation, et ce bateau était immense. Mais il ne devait pas abandonner, il l'avait promis. Et puis, en y réfléchissant bien, c'était Dante qui était en quelque sorte le leader, donc de ce fait, il devait probablement être en possession des pages manquantes. Mais s'il les avait sur lui, ce serait vraiment un problème :
- Hey !
James sentit son coeur bondir hors de sa poitrine et couru se réfugier derrière un empilement de caisses, tandis qu'une lumière se pointait vers l'endroit où il était deux secondes auparavant :
- Qu'est-ce qu'il y a ?
C'était la voix de Dante. L'adolescent redressa légèrement la tête pour voir ce qu'il se passait. Le Maître était accompagné d'un homme, probablement un autre membre de l'équipage, qui tenait une torche tout en avançant :
- Je suis sûr d'avoir vu quelque chose.
- C'était peut-être un oiseau. Oublies, nous avons des choses plus importantes à régler. Va prévenir les autres, je te rejoins.
Et tandis que l'autre homme partait en direction des cales, Dante se rendit directement dans la cabine du capitaine. Vérifiant qu'il n'y avait personne aux alentours, James sortit de sa cachette, puis se précipita discrètement vers la porte, observant à travers la vitre ce qu'il comptait faire. Le Maître était en train de ranger quelques papiers, dépliant une longues cartes, avec à ses côtés, deux morceaux de papiers. Etait-ce les pages manquantes ? Même si c'était le cas, James ne pouvait pas voir de quoi elles parlaient, ni les récupérer dans l'immédiat.
Se retournant toutes les deux minutes pour voir si personne n'arrivait, l'adolescent réfléchissait au plan le plus ingénieux qui soit, lorsqu'il vit Dante tourner les yeux vers la porte. Se baissant à toute vitesse, le jeune garçon recula sans bruit vers l'intérieur des escaliers pour se cacher. Le Maître, armé d'une lampe torche lui aussi, venait de sortir, se dirigeant également vers les cales. Après qu'il ait disparu de sa vision, James se dirigea discrètement vers la cabine et entra à l'intérieur, refermant tout doucement la porte :
- Okay, ça doit être par là.
Se dirigeant vers le bureau, l'adolescent farfouilla dans tous les papiers. Mais il devait se rendre à l'évidence. A part des plans incohérents pour lui, les pages n'étaient plus là. Dante avait probablement dû les prendre :
- Merde ! Si près du but !
- Tu veux de l'aide peut-être ?
A peine eut-il le temps de se retourner que le jeune garçon sentit un violent coup de poings frapper son ventre, lui coupant le souffle. Tout en se tenant l'estomac, il se laissa tomber à terre, mais un coup de genou vint cette fois lui frapper le front, le faisant basculer en arrière pour qu'il retombe sur le dos. Sonné, James sentit un liquide chaud couler sur son front. Il avait la nausée et toussotait tandis qu'il essayer de se relever, mais sans succès, jusqu'à ce qu'une main ne vienne agripper ses cheveux blond. Gémissant de douleur, l'adolescent peinait à ouvrir les yeux, jusqu'à s'apercevoir que c'était Dean. Celui-ci, encore plus énervé que d'habitude le tenait plus férocement encore, et l'envoya valser contre le mur :
- Les rats reviennent on dirait.
James était trop faible pour lutter. Cette prise par surprise l'avait complètement assommé, et il était incapable de se défendre par lui-même. Bientôt, il reçut de nouveaux coups de pieds dans le ventre, lui arrachant des cris de douleurs :
- Tu aimes tellement souffrir que tu as voulu revenir ?
Il ne pouvait pas répondre. Tous ces coups lui avaient coupé la respiration et l'empêchait de parler. Et cette situation énervait probablement Dean, puisque celui-ci prit à nouveau James par les cheveux, l'obligeant à le regarder droit dans les yeux :
- Dis-moi ce que tu es venu faire ici.
Avec le peu de force qu'il lui restait, l'adolescent secoua négativement la tête, ses faibles mains empoignant celle de Dean. Encore plus en colère, ce dernier laissa retomber le jeune garçon, le laissant agoniser, tandis qu'il sortait son couteau de sa poche, et avant même que James ne s'en rende compte, il vit l'arme se planter tout près de son visage. A nouveau, l'homme mal rasé était tout près de lui et lui prit le menton :
- Je vais en finir avec toi rapidement.
Et, tandis qu'il lui empoignait les poignets, Dean reprit son couteau et commença à détacher la chemise de James, laissant son torse complètement dévoilé :
- Mais que... fit l'adolescent entre deux souffles.
- Ferme-la.
Faisant passer la lame avec légèreté sur sa langue, l'homme mal rasé approcha le couteau de l'épaule de l'adolescent, laissant apparaître une fine trace rouge qui fit gémir ce dernier de douleur :
- Tu m'as insupporté pendant tout le voyage. Croyais-tu vraiment que j'allais abréger tes souffrances aussi rapidement ?
La peur envahit l'esprit de James. Effrayé à l'idée de mourir, de souffrir et même de laisser son frère, Meena et tous les autres à la merci de Dean et de l'équipage, il se mit à se débattre. Malgré la douleur de tous les coups et du couteau encore en train de s'en prendre à son épaule, il ne cessait de gigoter :
- Arrêtes, sale gosse !
Enfin, James put réussir à dégager ses poignets. Faible, mais envahi par une force qu'il ne se connaissait pas, il repoussa Dean et tenta de courir pour atteindre la porte. Seulement, cette force n'était pas si importante et suffisante, et à peine avait-il franchi quelques mètres que l'adolescent retomba au sol, ne sentant presque plus ses jambes. Erreur fatale, car Dean en profita aussitôt pour l'immobiliser en étant sur lui :
- Je t'ai dit de ne pas bouger.
- Lâches-moi ! cria le jeune garçon en se débattant.
Soudain, une arme apparut, comme sortie de nulle part, collée au front de Dean :
- Je te donne trois secondes pour t'éloigner de lui.
James fit pivoter sa tête en arrière alors qu'il était allongé. Dante se tenait debout, le revolver pointé sur le front de son acolyte, et le regard camouflé par ses lunettes rondes. Et apparemment, Dean le savait sérieux, puisqu'il se retira tout doucement tout en se redressant, laissant James libre. Sans même se poser de question, ce dernier recula automatiquement contre le mur. Le Maître était effrayant :
- Qu'est-ce que tu me reproches encore ?! On n'en a plus rien à faire de lui, je voulais juste me divertir un peu !
- Tais-toi !
- Mais c'est quoi ton problème ?! Dés que je le touche, tu t'enflamme, alors que t'es censé n'en avoir rien à faire.
- Je t'ai dis de te taire !
- Ah, mais j'ai compris ! En fait, c'est parce qu'il te rappelle Rachel, c'est ça ? Elle avait exactement les mêmes cheveux et cette petite mèche rouge.
Aux mots de Dean, James remarqua que Dante était en train de se raidir. Cependant, il ne pouvait en voir plus, étant donné que le Maître lui faisait dos :
- Ne prononce pas ce nom !
- Hey, gamin, fit Dean en direction de James, ignorant les mises en gardes, tu sais pourquoi sa famille veut plus le voir ?
- Dean !
- C'est parce qu'il a couché avec sa belle-soeur ! Eh oui, à peine rentré du front, monsieur voit son frère se marier et tombe amoureux de ladite fiancée. Triste et ridicule à la fois. Et à peine surpris au lit, notre cher Dante s'est enfui comme un lâche en laissant sa famille déshonorée. Tu m'étonnes qu'ils n'aient plus envie de le...
Dean n'eut même pas le temps de finir sa phrase que le coup partit. James ne s'y attendait même pas, et le bruit assourdissant l'effraya. Cela lui rappelait le même moment où Meena avait été touchée. Sauf que cette fois, c'était Dean, et que le coup de feu l'avait touché en pleine poitrine. Laissant son corps glisser contre le mur, une longue trace de rouge suivit sa chute, puis il s'écroula au sol. Il était mort. Dante venait de le tuer, et ça, c'était encore pire pour le jeune garçon.
Le Maître se retourna alors vers ce dernier puis s'avança vers lui :
- James...
- Ne pense même pas m'approcher !
L'adolescent tentait avec difficulté de se redresser, mais il était bien trop affaibli par la séance de tabassage de Dean pour en avoir la force. Profitant de cet instant, Dante le serra dans ses bras :
- J'ai eu tellement peur pour toi.
Comment ça ? Alors qu'il avait essayé de le tuer, juste parce que Dean avait voulu aussi lui faire la peau, il avait eu peur ? Cependant, James ne s'en préoccupait plus tellement. Retrouver les grand bras de Dante, et sa chaleur naturelle après ce qu'il venait de traverser lui faisait le plus grand bien, ce pourquoi il se blottit un peu plus contre lui :
- Il ne t'a pas fait trop de mal ?
- Non, ça va.
- Tant mieux.
Et avant même que James ne s'en rende compte, Dante venait de le menotter à la poutre juste à côté du bureau :
- Mais qu'est-ce que...
- Je suis désolé, je suis obligé de faire ça.
Ben voyons, c'était pas une excuse pour l'adolescent ! Mais à quoi s'attendait-il venant de la part de l'homme qui avait tenté de le tuer et avait blessé Meena ? Il n'avait vraiment rien dans le crâne. Seulement, avec un tel dispositif, se débattre ne servait à rien, et c'était bien le Maître face à lui qui avait la clé :
- S'il te plaît, oublies ce qu'il a pu te dire à propos de Rachel.
- Je crois que ça va être dur pour moi, répondit sèchement le jeune garçon. En fait, tout ce que tu as fait pour moi, tu l'as fait parce que tu t'es mis à croire que j'étais elle.
- Non, ce n'est pas vrai...
- Ah ouai ? Oses dire que je me trompe !
Un silence gêné s'ensuivit, puis Dante se mit à soupirer :
- Pourquoi es-tu revenu ?
- Parce que je veux savoir ce que vous trafiquez ! Pourquoi une mutinerie ? Qu'est-ce que vous cherchez ? Est-ce que vous allez vous attaquer au village des Nephilim près de la côte ?
Le Maître contempla un instant le jeune garçon, puis mit la main dans une des poches de sa veste pour en sortir deux feuilles. L'une était couverte d'écriture avec le dessin d'un énorme diamant, et l'autre une sorte de plan :
- C'est ça que tu cherchais ?
- Ce sont les pages manquantes ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Cela veut dire que les Nephilims cachent une immense mine de diamant. Ou du moins, d'après Tobby Most, ils n'en connaissent pas la valeur.
Une mine de diamant ? Si cela n'avait que peu de valeur aux yeux des Nephilims, alors ce n'était pas étonnant que Teb n'en ait pas parlé :
- Mais pourquoi vous avez fait ça ? Vous révoltez ?
- Si nous voulons les diamants pour nous et non pour le Roi, nous devons agir sans son approbation. De plus, cette mine se trouve dans leur sanctuaire, alors je doute qu'ils nous laissent piller sans rien faire.
James était choqué par les mots de Dante. Alors ainsi, lui et les autres hommes allaient voler un autre peuple sans même penser aux malheurs qu'ils risquaient de causer ?
- Mais ils vont se défendre ! Ils ne vous laisseront pas faire !
- C'est pour ça que nous sommes armés.
- Mais vous allez tuer des gens qui n'ont rien demandé à personne !
L'adolescent était dégoûté par ce que Dante et les autres comptaient faire. Il devait à tout prix informer Teb et le capitaine. Tirant sur les menottes, James n'hésita pas à se faire mal aux poignets pour essayer de se sortir de cette situation. Le Maître, peiné par cet acte, approcha sa main du visage du jeune garçon :
- Arrêtes...
- Laisse-moi ! Tu me dégoutes !
Choqué par les mots qui lui étaient adressé, Dante baissa doucement les yeux. James sentit un pincement au coeur à cette vue, mais il devait arrêter d'être sensible aux moindres gestes et mots de cet homme, ce pourquoi il continua de se débattre, jusqu'à sentir la main gantée du Maître toucher la blessure que Dean lui avait fait au couteau avant d'enlever ses lunettes :
- Laisse-moi tranquille !
- Non.
Avant même que James ne s'en rende compte, Dante approchait ses lèvres pour l'embrasser passionnément. Contrairement à l'autre fois, le jeune garçon s'en sentit dégoûté et se débattit de plus belle. Mais les menottes l'handicapaient au plus haut point, et le Maître en profitait pour lui caresser le torse, effleurant les nombreux bleues récents. Incapable de parler car il continuait de l'embrasser, James tenta de donner un coup de jambe, que Dante intercepta automatiquement avant de l'immobiliser :
- James...
Lui laissant à peine le temps de répliquer, il l'embrassa une nouvelle fois, tandis que sa main se dirigeait tout doucement vers la partie intime de l'adolescent. Ce dernier sursauta et parvint à dégager ses lèvres :
- Qu... Laisse-moi...
Mais bien décidé à ne pas laisser James lui échapper, Dante descendit tout doucement ses lèvres pour embrasser et mordiller le cou du jeune garçon, alors que sa main continuait de frotter par-dessus son pantalon. Excité par les gémissements et les plaintes de l'adolescent, le Maître s'empressa donc de descendre encore plus pour titiller du bout de la langue le téton gauche de James, ignorant ses cris. Quant à ce dernier, celui-ci ne comprenait pas du tout ce qui lui arrivait. Il voulait se débattre, échapper à cet homme qui était en train de s'amuser avec son corps contre sa volonté, et il n'y arrivait pas. Même s'il était attaché, il y avait autre chose qui le retenait, qui l'empêchait d'utiliser toutes ses forces pour repousser Dante, qui venait de faire glisser sa main sous le pantalon du jeune garçon, le faisant gémir de plus belle :
- Laisse-toi faire.
L'adolescent ne pouvait pas vraiment faire autrement. La voix de Dante le pétrifiait et les caresses le déstabilisaient. Il ne pouvait plus rien faire à part continuer à gémir tandis que l'homme remontait ses lèvres à son cou pour mordiller, jusqu'à sentir un liquide chaud couler sur sa main. Ouvrant légèrement les yeux, James aperçut un sourire apparaître sur les lèvres de Dante alors qu'il le contemplait :
- Eh bien...
Rouge de honte et de plaisir, James avait tellement tiré sur les menottes qui le retenaient qu'il en avait mal aux poignets et ne s'étonnerait pas à ce qu'il y retrouve des traces. Cependant, lorsqu'il s'aperçut que Dante était en train de retirer son pantalon, le jeune garçon resserra immédiatement les jambes :
- N'y pense même pas !
Cependant, le Maître ne l'entendait pas de cette oreille et prit rapidement les genoux de James pour les écarter, avançant ses lèvres vers celles de l'adolescent pour l'embrasser en même temps et l'empêcher de le repousser au moment opportun. Du moins le pensait-il jusqu'à sentir quelques gouttes perler sur ses joues :
- Que...
James était en train de pleurer. Il ne voulait pas continuer, aller plus loin, il avait trop peur. Et de ce fait, que Dante ne veuille pas l'écouter et même cherche à le forcer, après tout ce qu'il avait fait, il ne le supportait pas. Profitant donc de l'inatention de ce dernier, il dégagea ses jambes et se replia en arrière, même s'il ne pouvait pas réellement s'éloigner du Maître.
Celui-ci, apparemment, venait de comprendre, et aida l'adolescent à remettre son pantalon avant de se redresser :
- Je suis désolé, tu vas devoir rester ici. Quand je reviendrais, tu seras libre.
Réalisant qu'il allait partir, James s'agita pour essayer une nouvelle fois de se dégager :
- Non ! Tu vas les tuer ! Tu n'as pas le droit de faire ça !
- Ils sont déjà en route depuis tout à l'heure, c'est trop tard. Alors reste bien sagement ici.
L'idée même de rester ici, aux côtés d'un cadavre en plus de cela, mettait James encore plus mal à l'aise. Mais le plus important était le risque de voir sa famille disparaître sous les coups de feu des marins. Peut-être que Dante ne les tuerait pas, mais ça ne serait probablement pas le cas pour les autres. Se débattant de plus belle, tout ce qu'il réussissait à faire, c'était se faire mal aux poignets. Soupirant devant cette scène, le Maître s'avança et embrassa le front du jeune garçon, puis déposa la clé sur le bureau, avant de partir sans un mot :
- Non !
Mais il ne revint pas, et James se retrouva seul. Dehors, il faisait toujours nuit. Mais bientôt, le jour allait se lever, et Abel tenterait de venir le libérer, si du moins il en avait l'occasion. James devait donc à tout prix se sortir d'ici, mais la était encore trop loin, et ses jambes trop courtes. Prenant son élan, il tenta tant bien que mal à frapper le bureau afin de la faire tomber, mais il n'y parvenait pas. A bout de souffle, il reposa sa tête contre la poutre. Rien à y faire, c'était impossible. Cependant, il n'avait pas envie d'abandonner, hors de question. Il fallait qu'il réfléchisse à un plan.

Plongé dans ses pensées, James n'avait pas vu le temps passé. Bientôt, un premier rayon de soleil apparut au hublot, éclairant son visage, le déconcentrant :
- Hum...
Il avait eu beau se creuser la tête, il n'avait rien trouvé. Toutes ses tentatives s'étaient soldées par un échec. Il n'avait pas envie d'abandonner, mais il ne trouvait rien, du moins, jusqu'à entendre un jappement dans son oreille qui le fit sursauter :
- Wah !
Aussitôt, il tourna la tête, s'apercevant de la présence de Taï. Celui-ci remuait la queue, la langue à l'extérieur en s'agitant :
- Ah, non, là, tu ne m'aides pas, et je ne peux pas jouer avec toi.
Ce n'était pas réellement comme si le petit chien pouvait comprendre. Mais il ne pouvait pas non plus aider James, ce pourquoi celui-ci agitait les pieds pour essayer de le faire partir, jusqu'à apercevoir un peu plus loin Pongo, le chat d'Abel :
- Ah non, mais...
Dés que Taï aperçut son compagnon de jeu, il se rua vers lui. Le chat, en revanche, n'appréciait pas du tout cette marque d'affection, et cracha violemment avant de courir pour grimper sur le bureau, la queue gonflée :
- Hey, ho, c'est pas le mo...
Le jeune garçon entendit alors un bruit bizarre, et il ne lui fallut pas quelques minutes avant de se rendre compte que c'était Pongo qui avait fait bouger la clé :
- Si, si, continuez !
Taï essayait de grimper sur le bureau, griffant les rebords pour que son ami redescende. Ce dernier, quant à lui, ne cessait de cracher et de donner des coups de griffes en avant, puis se mit à reculer brutalement, laissant retomber la clé aux pieds de James :
- Super !
Tout de suite, il s'en empara à l'aide de ses pieds, puis se tordit dans tous les sens en amenant ses jambes vers ses mains, afin que ces dernières puissent la prendre. Ensuite il tendit tant bien que mal ses doigts pour faire entrer convenablement la clé dans la serrure, libérant ses poignets meurti. Les menottes retombées, le jeune garçon se releva en soupirant de soulagement et de fatigue, se frottant les mains, avant de caresser Taï, et d'éviter les coups de griffes de Pongo :
- Merci.
Puis, à ces mots, il se précipita hors de la cabine. Il n'y avait à présent plus personne à bord, mais l'adolescent ne s'en préoccupait plus. Tout ce qui l'importait, c'était de retrouver le village avant qu'il ne soit trop tard, même si l'aube était levée. Bien évidemment, la corde n'était plus là, et il n'y avait plus de canot. Mais il n'avait pas le temps d'y réfléchir, et grimpa sur le rebord pour plonger une seconde fois retrouver celui qu'il avait laissé en-bas et qui n'avait pas bougé. L'eau de mer agressait ses blessures, mais il n'y fit pas attention, et grimpa dans le canot avant de ramer vers la terre ferme. Il fallait qu'il arrive à temps. Il le devait !

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