20/10/2011

Chapitre 2 - Betrayal Knows


Epuisé, vacillant, et surtout, de très mauvaise humeur, James se dirigeait avec difficulté vers son lit, ou du moins le petit tas de draps dans un coin de la pièce, entourés de tonneaux et de bouteilles vides. Depuis plus d'une semaine, Dante ne le lâchait plus du tout, s'amusant avec sadisme à lui distribuer les tâches les plus ingrates du pont. Certes, par moment, il avait eu le droit de faire des choses intéressantes, comme par exemple s'occuper des voiles et tirer les chaluts, bien qu'il ne soit pas aussi fort que les autres marins expérimentés. Mais le reste, bonjour la fatigue. Heureusement, maintenant, il pouvait se coucher, et le jeune garçon n'allait pas s'en priver. Tout en se laissant retomber sur les draps, il se roula dedans pour s'endormir pendant une durée exacte de dix secondes cinq. Une voix se fit entendre :
- James ! Et c'est qui qui va faire la vaisselle ? Viens ici tout de suite !
Un bruit sourd ressemblant probablement un grognement sortit de la bouche de l'adolescent, qui refusait même de se lever, et s'amusait à tuer Dante dans son rêve, prenant bien son temps pour l'étrangler. Mais l'instant de plaisir fut aussi court que son instant de sommeil lorsqu'une sensation mouillée et glacée l'envahit. S'extirpant avec difficulté des draps devenus collants, le jeune homme était trempé. Face à lui, Dante venait de lui jeter un seau d'eau gelée à la figure, contraignant James au réveil. Brutalement, celui-ci se redressa pour faire face au Maître, pourtant beaucoup plus grand que lui :
- T'es malade ou quoi ?!
- Tu n'avais qu'à pas rester à dormir. Tu as du travail je te signale !
- Et je me repose quand alors ? demanda James avec une pointe d'acidité.
- Quand je l'aurai décidé, fit tout naturellement Dante. Maintenant, au travail. Les trois quarts des assiettes sont aussi peu propres que les marins eux-mêmes.
Dégoûté à cette idée, mais bien obligé de se mettre au travail, l'adolescent tenta tant bien que mal de détacher les draps mouillés de ses vêtements. Dans quoi allait-il dormir maintenant ? James n'en avait aucune idée, et avait de plus en plus envie de trucider l'homme qui était derrière lui, d'autant plus qu'il n'arrêtait pas de le dévisager, malgré le fait que son regard soit camouflé par le reflet de ses lunettes :
- Euh.. C'est bon j'arrive, stresse pas.
- J'espère que tu n'as pas froid.
- Oh parce qu'on s'inquiète pour moi ? ironisa le jeune homme. Je ne savais pas qu'on était si intime.
- C'est plutôt toi qui as voulu te rapprocher, alors que tu tutoies ton supérieur.
Vexé par sa réplique, James préféra ne rien répondre, d'autant plus que ce que venait de dire Dante était affreusement gênant, mais ça, pas question de l'avouer. Mais il était vrai qu'il avait un peu froid, ce pourquoi il préféra ôter sa chemise, cherchant à tâtons pour en trouver une nouvelle. Enfin, il espérait juste que son seul haut de rechange n'avait pas été éclaboussé par l'eau, sinon, ce serait la galère pour ne pas choper une saleté.
Bien trop concentré sur ce qu'il faisait, James ne pouvait s'apercevoir que, derrière lui, son supérieur le dévisageait avec un regard profond, intense, voire même concentré. Penché en avant, l'adolescent ne se doutait de rien, mais se redressa vivement avec son haut dans les mains en poussant un cri de satisfaction :
- Aha ! Je l'ai.
Il l'enfila rapidement, puis se mit à suivre Dante, qui cachait toujours ses yeux derrière ses lunettes rondes. Sur le pont, le soleil de l'après-midi était encore présent, et la plupart des marins qui avaient fini leurs tâches restaient juste dans leur coin, à profiter de la mer. Sans doute rêvaient-ils de leurs familles, des découvertes qu'ils allaient réaliser dans le Nouveau Monde. Ou alors, tout simplement au repas de midi qui, pour pas mal d'entre eux, n'était pas très bien passé. Et c'était peut-être aussi pour cela que James put apercevoir une montagne de vaisselles empilées par terre, dans la cuisine du navire. Reculant jusqu'au mur, l'adolescent était impressionné :
- C'est quoi ce bordel ?! Même moi je mange pas comme ça.
- Eux, si. Et c'est toi qui va nettoyer.
Tout en riant, Dante s'éloigna. 


Le soleil de midi tapait vraiment très fort, et James le sentait bien. Assis à même le sol, il avait déménagé toutes les assiettes, et les frottait avec force dans une bassine. Ce travail, bien qu'épuisant, lui permettait au moins de rester éveillé, et les rayons lumineux aidaient bien aussi. Autour de lui, la plupart des marins ne cessaient de le railler ouvertement, balançant de ci de là une quelconque blague à son sujet. Une veine apparaissait peu à peu sur le front de l'adolescent, et il sentait qu'il allait bientôt explosé. Quand bien même ils voyageaient depuis plus d'une semaine ensembles, James n'avait pas réussi à se faire aimer. Et il savait bien qui en était le responsable : Dean. Depuis la bagarre, ce sale type n'avait cessé de colporter des ragots sur lui et sur le fait qu'il serait le "chouchou de Dante". Apparemment, ce dernier était assez apprécié à bord du navire, et tout le monde cherchait à s'entraîner avec lui. Seulement voilà, il devait s'occuper du gamin que tout le monde trouvait trop insolent, alors c'était devenu bien facile de devenir la cible des moqueries.
D'ailleurs, une ombre s'approcha de lui, et une voix interrompit son travail :
- Que c'est dur de faire la vaisselle.
Goutte d'eau en trop, James se redressa soudainement en jetant l'éponge en plein dans la tête de... Son frère. Celui-ci laissa retomber l'objet qui glissait de son visage, permettant d'apercevoir une longue trainée d'eau savonneuse dégouliner de son visage, et un nez rougit par le choc. Une veine apparut à son front, et Abel s'empressa de sermonner son petit frère :
- Non mais ça va pas la tête !
- Excuses-moi, j'ai cru que c'était un autre type qui venait se moquer de moi, fit James en tendant une serviette à son frère.
- Mouai, tu exagères un peu quand même, répondit-il en s'essuyant le visage. Enfin, tu t'en sors au moins ?
- Plus ou moins. Disons que je n'ai pas dormi depuis hier matin. Alors tu vois, je suis un peu crevé.
Un peu plus loin, Pongo venait de s'approcher, trempant timidement sa patte dans la bassine d'eau savonneuse pour jouer avec. L'adolescent caressa doucement sa tête tandis qu'Abel, non loin de s'en faire pour lui, se mit juste à l'encourager :
- Enfin, t'as vu pire. Et puis, ça t'aidera dans l'avenir.
- Sans doute mieux que comme vous avez fait jusqu'à présent.
Les deux frères se retournèrent et s'aperçurent que Dante les observait depuis tout à l'heure. Pongo, lui, se mit à cracher tout de suite en apercevant Taï entre les jambes de son maître. Tout heureux d'avoir trouvé un compagnon de jeu, le petit chien se mit même à courir derrière lui pour l'attraper. Enervé par le comportement des deux animaux, Abel prit son chat dans ses bras pour le calmer, puis s'avança vers Dante :
- Alors c'est vous, celui qui s'occupe de mon petit frère.
- Ah, c'est donc bien vous notre cartographe. Je suppose qu'on doit vous remercier de ne pas nous avoir encore perdu.
Le fait que l'on sentait la pointe d'ironie dans les mots du Maître à bord changeait complètement le sens de sa phrase, ce qui provoqua encore plus la colère d'Abel :
- Et vous, celui qui a provoqué la haine de l'équipage envers mon frère, n'est-ce pas ?
- Ah non, moi je n'ai rien dit. Mais je vous conseillerai de vous préoccuper plus de votre réputation à vous plutôt qu'à celle du petit James.
Ah ? "Petit" ? Décidément, ça aurait dû être à lui que James aurait dû envoyer une éponge en pleine face. Mais il fallait garder son calme, d'autant plus que c'était le cartographe qui allait se charger du boulot... Ou juste s'énerver, au vu de sa carrure. Face à Dante, il n'avait aucune chance :
- Comment ça ?
- Vous le savez, non ? Tout ce qui se dit sur vous et le capitaine, hein ? C'est un homme bien seul il faut dire. Et vous bah... Vous êtes plus un intellectuel qu'un marin costaud. Tout ça, ça fait travailler l'imagination de tout le monde.
- Que... Bafouilla Abel, mi-choqué mi-énervé. Vous insinuez quoi exactement là ?!
- Je n'insinue rien, c'est juste ce qui se dit.
Malgré le comportement anti-violence du grand frère de James, quand on le provoquait, la moutarde lui montait bien vite au nez. Après tout, ils n'étaient pas de la même famille pour rien. Brutalement, il empoigna le col de son interlocuteur pour manifester son mécontentement, ne s'attendant pas à ce que son propre petit frère vienne les séparer :
- Oh stop ! Abel on change pas les rôles !
- Mais tu as bien vu comment ce sale type m'a parlé ?
- Tu vas pas pleurer pour ça, non plus ? Les rumeurs, on a l'habitude, alors ne vas pas t'embêter avec ça non plus.
- Mais...
Comme l'avait si bien spécifié James, malgré leur différence de taille, on aurait pu penser que c'était lui le grand frère, et Abel le petit, au vu du regard du premier. En effet, il intimidait le second à se taire et à ne rien ajouter. Le cartographe ouvrit la bouche, puis se ravisa, mais se retourna vers Dante :
- D'accord, ça ira pour cette fois. Mais je tiens à avoir vos excuses au plus vite !
Puis il s'adressa ensuite à l'adolescent :
- Bon, on se retrouve ce soir d'accord ?
James hocha la tête, puis son frère s'éloigna, son chat sur ses talons, qui continuait de cracher dés que Taï s'approchait un peu trop de lui. Après que le maître et l'animal se soient éloigné, et sans même adresser un seul regard à Dante, l'adolescent alla de nouveau s'asseoir près de la bassine pour nettoyer les assiettes. Snobant royalement son supérieur, il alla même jusqu'à l'ignorer lorsque celui-ci s'approcha :
- C'est ton frère qui donne les ordres ou l'inverse ?
Ne donnant pas une seule réponse, James frotta juste un peu plus fort. Quand bien même il avait pu se rapprocher de Dante pendant la première semaine de voyage, ce n'était pas à cause du travail qu'il ne l'aimait pas. En fait, ce n'était pas non plus qu'il ne l'aimait pas, c'était juste que son comportement l'agaçait. Le fait qu'il se moque toujours de tout et tout le monde lui rappelait ses propres défauts. Car après tout, n'était-il pas censé être "un délinquant" ? Donc il était possible qu'au lieu d'être éduqué par le travail, son insolence ne soit qu'aggravée par le fait de fréquenter et discuter avec Dante. Légèrement attristé à cette idée, le jeune homme ne remarqua pas que le Maître avait levé la main, jusqu'à sentir cette dernière dans ses cheveux :
- Tu as bien travaillé. Reposes toi un peu, tu l'as mérité.
Surpris par ce geste de tendresse auquel il n'avait plus eu droit depuis la mort de ses parents, James eut le mauvais réflexe d'éloigner la main de Dante, puis de se retourner pour voir son visage. Celui-ci n'était pas très loin de lui, et, malgré ce qu'il avait fait, n'affichait pas une mine en colère, voire même gênée. Il y avait juste un petit sourire qui ornait son visage :
- Tu sais, ce n'est pas moi qui ait répandu ces rumeurs sur toi et ton frère.
- Mais alors qui ?
- Je pense que tu dois bien avoir une petite idée. A ton avis, qui t'as cherché des crosses il n'y a pas si longtemps que ça ?
Sans trop avoir eu besoin de chercher, James répondit aussitôt :
- Dean ? répondit-il. Mais pourquoi s'en prendre à Abel alors ?
- Parce qu'il est jaloux. Il m'a raconté il n'y a pas si longtemps avant notre départ, qu'il avait postulé aussi pour être cartographe. Ce n'est pas tellement le talent qui lui manque, mais pour une expédition pareille, le capitaine ne pouvait prendre que le meilleur des meilleurs. Et ton frère est plus doué que lui, c'est un fait.
- Alors il est juste complexé ?
- Non, juste idiot. Mais bon, c'est un excellent marin également, alors il a pu partir avec nous.
James eut un sourire gêné. Si c'était juste ça, ce n'était pas si grave. Après tout, comme il l'avait dit, les rumeurs, ils en avaient l'habitude. Mais ses réflexions furent bien vite interrompues par une question de Dante :
- On a du te le demander, mais pourquoi possèdes-tu une mèche rouge alors que tes cheveux sont blonds ?
L'adolescent, à cette question, passa une main sur son crâne, avec un air gêné :
- En fait, ma mère avait la même. Je ne sais pas pourquoi Abel ne l'a pas eu, mais moi en tout cas, je l'ai. Je ne sais pas tellement d'où ça sort. Enfin, à cause de ça, depuis que mes parents sont morts dans un détournement alors qu'ils voyageaient, j'ai subi beaucoup de railleries et de moqueries de la part des gens. Avant, comme mon père était un homme respectable, on osait rien.
Puis, s'apercevant que Dante l'observait sans l'interrompre, James toussota légèrement pour cacher sa gêne. Il avait eu l'impression d'en avoir trop dit, et secoua la tête :
- Enfin bref, c'était un pan de ma vie inintéressante. Mais toi ? Tu as une famille ?
- J'en ai une.
Le fait qu'il n'en dise pas plus intrigua James, qui s'approcha un peu plus de son interlocuteur :
- Mais encore ?
- Des gens que je ne veux pas revoir. De toute façon, je pense que c'est pareil pour eux, mais ce n'est pas le plus important.
Visiblement, il n'avait pas l'air d'avoir envie d'en dire plus, ce qui irrita l'adolescent curieux. Mais insister n'aurait fait qu'aggraver le silence de Dante, ce pourquoi il ne posa pas plus de question. De toute façon, ce fut son supérieur qui le fit à sa place :
- James, je pense que tu devrais te reposer, vraiment. Je ne voudrais pas que tu tombes de fatigue. Demain après-midi, nous feront une escale, puis plus d'arrêt avant les terres du Nouveau Monde.
Sans trop savoir quoi répondre, James se surprit à bailler doucement. Maintenant qu'il avait relâché la pression en arrêtant son travail, son manque de sommeil revenait aussitôt à la charge. Malgré le soleil encore fort, le jeune homme se sentit vaciller, et ne fit pas attention au fait qu'il était en train de s'adosser sur Dante pour se reposer, avant de s'endormir. Loin de s'en plaindre, l'homme eut un sourire et prit doucement la jeune adolescent afin de l'emmener dans le dortoir des marins pour qu'il puisse dormir. Tout en conservant un sourire, il regarda le visage de James pendant encore cinq minutes, puis consentit à se relever afin de sortir. Sauf qu'il ne s'attendait pas à rencontrer Dean, un bout de paille dans la bouche. Celui-ci affichait un air mauvais, et se retrouva très vite proche du Maître à bord :
- Qui t'a permis de raconter des choses comme ça à ce sale gamin ?!
- En quoi ça te gêne ? Tu as bien répandu pas mal de choses pas très nettes au sujet de son grand frère.
- Je m'amuse si je veux, du moment que je ne fais pas capoter ce qu'on a tous prévu. Toi en revanche, je trouve que tu fiches un peu trop le bordel.
Chaque mot sortant de sa bouche s'accompagnait d'une odeur d'alcool pestilentielle, et Dante le sentait bien. Son visage fut légèrement déformé par le dégout, mais il se devait de ne pas paraître faible devant un type comme Dean :
- Et qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Tu es trop proche du petit. En fait, je me demande même si tu ne t'y attacherais pas un peu trop.
- Certainement pas.
- Je l'espère ! Car le moment venu, tu lui diras adieu pour de bon. J'espère au moins que tu ne pleureras pas quand il te regardera avec l'envie probable de te tuer.
Habituellement maître de lui, Dante prit rapidement le col de Dean pour le rapprocher encore plus de lui, ignorant son haleine. La colère pouvait facilement se lire sur son visage :
- Tais-toi ! Et va dire aux autres que ça ne change rien à ce que nous avons prévu. Et de toute façon, ce n'est pas un gamin qui va tout faire rater. Alors s'ils ont encore des doutes, ils n'ont qu'à oser se rebeller contre moi.
Fronçant les sourcils, Dean se dégagea d'un coup de bras, puis tourna le dos à Dante, avant de s'éloigner. Ce dernier poussa alors un profond soupir en se tenant le front, puis inspira profondément avant de partir à son tour, ne se doutant pas qu'à côté de lui, caché derrière quelques tonneaux, un marin au grand chapeau avait tout entendu.


- James ! James ! Allez debout !
Pas question. Pour une fois qu'il avait droit à un petit moment de sommeil, ça n'était pas dans ses projets de se réveiller maintenant. Pas encore une fois. Heureusement pour lui et ses vêtements, il ne fut pas arrosé d'eau glacée, mais bien secoué dans tous les sens :
- Wowowo ! Stop !
Reprenant ses esprits alors qu'on le relâchait, James se tint le front pendant quelques minutes pour ne plus avoir le tourni. Quand ce fut enfin fait, il s'aperçut que devant lui se tenait Meena, toujours couverte par son large chapeau recouvrant sa chevelure rousse :
- Qu'est-ce qu'il y a ? Il y en a qui ne dorment pas souvent contrairement à d'autres.
- Oublie ça, fainéant ! Je viens de surprendre une conversation entre ton patron et le sale type qui m'a agressée l'autre jour.
De quoi parlait-elle donc ? Une discussion entre Dante et Dean ? Au fond, ça n'avait rien d'anodin étant donné qu'ils étaient souvent ensembles :
- Oui, et ?
- Ils parlaient de toi ! Et c'était franchement très bizarre !
- Bizarre, dans le genre ?
- Mais une crise de jalousie enfin !
D'accord, pour le coup, James eut un un rictus. En fait, est-ce qu'il devait rire ou pas ?
- T'as touché l'alcool ?
- Non, enfin, soit c'est ça, soit c'est un complot, répondit la jeune fille.
De mieux en mieux maintenant... L'adolescent se demandait en fait si ça ne venait pas de lui en fait. Peut-être était-il mal réveillé et déformait-il les propos de son amie ? Pour en être sûr, James se tapota les joues avec ses mains, puis s'avança vers Meena :
- Bon, reprends depuis le début.
Tandis que la jeune fille expliquait ce qu'elle avait entendu, James essayait de comprendre. Au moins, avec ce qu'elle disait, il était à peu près sûr que ce n'était pas une crise de jalousie entre Dean et Dante à son sujet, et quelque part ça le rassurait. Pourquoi ? Lui-même ne le savait pas. En revanche, il avait un peu de mal à croire Meena 
- Je suis sûr que ce n'est pas ce que tu crois. Je veux dire, un complot pour faire quoi ? On va juste voir des gens qui n'ont aucun rapport avec notre monde.
- Oui je sais, mais c'est quand même bizarre.
- Et puis, je pense que tu as dû le remarquer, mais je ne suis pas très aimé à bord. Alors à mon avis, c'est juste que ça ne doit pas plaire que le paria du bateau soit proche du Maître à bord.
- Je le sais bien, insista Meena, mais avoues que c'est louche ! L'autre type a une sale tête de coupable, mais Dante.. Justement, il fait trop gentil avec son sourire quand je suis là. Je le trouve... Je ne sais pas, ça me fait froid dans le dos. J'ai tellement l'impression qu'il m'a percée à jour.
En fait, ça n'aurait rien de surprenant de la part de Dante. Mais James ne voulait absolument pas le croire, et secoua la tête :
- Je suis sûr que tu te trompes.
- Mais pourquoi tu prends sa défense comme ça ? Je croyais que tu le détestais !
- Ce n'est pas le sujet. J'ai juste du mal à le croire.
Meena baissa les yeux. Au fond, c'était bien la première fois qu'elle s'emportait contre son meilleur ami. Avait-elle tord d'insister ainsi ? Après tout, elle n'avait aucune preuve, et les propos sortis de leur contexte étaient souvent trompeur. Ce voyage en mer la transformait, ou bien transformait James, peu importe. Leur relation n'était plus tellement comme avant, et cela la dérangeait beaucoup :
- Excuse-moi. Je vais te laisser dormir.
Sans même lui laisser le temps de répondre, la jeune fille se redressa pour partir, laissant son ami seul dans ses draps. Inquiet par sa réaction, et n'ayant même plus envie de dormir, James se releva à son tour pour aller sur le pont. Cependant, elle avait dû courir, car il ne la trouvait nulle part. D'ailleurs, il n'y avait pas grand monde, étant donné que c'était déjà la nuit.
Poussant un soupir, l'adolescent s'approcha du rebord. Si Meena était partie se cacher, cela ne servait à rien de la traquer. Elle ressortirait de son trou, comme d'habitude, et ils s'expliqueraient tous les deux. Bien que cela ne corresponde pas à son caractère habituel, il faisait toujours exception pour elle, puisqu'elle était sa meilleure amie. Et tout en pensant à cela, James respirait l'air marin, tellement pur. Il avait bien fait de suivre son frère, bien qu'il n'avait pas été emballé par l'idée au début. Mais comme on dit, il n'y a que les imbéciles qui changent d'avis, pas vrai ? 
Plongé dans ses pensées, l'adolescent ne s'était pas aperçu que quelqu'un s'approchait de lui, pour se placer à ses côtés :
- Tu m'as oublié ?
James eut un sursaut, avant de voir que son frère était à ses côtés, lui adressant un sourire. Ah oui, c'est vrai qu'ils devaient se retrouver. Affichant une mine d'excuse brouillon, il répondit :
- Je viens juste de me réveiller.
- Tu n'as pas dû beaucoup dormir. Enfin, quand on arrivera au point d'escale, tu pourras dormir toute une nuit. Le capitaine a dit qu'on repartirait le lendemain matin.
- Oh, c'est super.
Ce n'était décidément pas la joie pour James. Voyant cela, Abel décida de lui remonter le moral en détournant un peu le sujet :
- Tu sais quel nom on a trouvé pour ces gens qui vivent dans le Nouveau Monde ?
- Non.
- On les a appelé les "Nephilim", tout comme ces hybrides nés de l'union entre les fils de Dieu et les filles des Hommes.
- Pourquoi donc ? interrogea James, qui, intrigué par cette histoire, oubliait peu à peu ses problèmes.
- C'est à cause de Tobby Most, le premier homme à les avoir découverts. Dans son journal, il a parlé d'êtres à la beauté tellement exceptionnelle qu'elle ne pouvait avoir qu'une origine divine. Hommes comme Femmes.
- Mais les Nephilims n'ont-ils pas été répudiés par Dieu ?
- Oh, tu te souviens des cours que je t'ai donnés ? Fit Abel avec un petit sourire.
- Hin hin, très fin, répondit James en ricanant.
- Eh bien oui. Tout comme le noir teint le blanc et non l'inverse, c'est la corruption qui l'emporta sur la pureté, et ces enfants mi-hommes mi-anges, emportés par la folie, et bien plus forts que leurs congénères, déclenchèrent une vague de destruction sur le monde. Alors Dieu se vengea et décida de les envoyer en Enfer en scindant notre terre en deux, éloignant ces créatures destructrices de ce qu'il avait lui-même créé.
Cette histoire plaisait toujours autant à James, qui ne se lassait jamais de l'entendre. Cependant, quelque chose le titillait :
- Alors ce Nouveau Monde, ce serait l'Enfer ?
- Je n'y crois pas une seconde, déclara fermement Abel. Mais Most a dit dans ses écrits que malgré le paysage paradisiaque, ces êtres avaient en quelque sorte quelque chose de non humain. Bénéfique ou Maléfique, on n'en sait rien, mais on a préféré les appeler comme ça.
Pongo vint se mêler à la discussion en grimpant sur le rebord pour se frotter à James, qui lui caressa doucement le poil. La discussion entre les deux frères dériva alors assez vite, passant de leur vie commune à leurs occupations à bord. De leurs brimades quotidiennes aux seuls moments de détente auxquels ils avaient droit. Et aussi vite qu'ils ne l'avaient prévu, l'aube se fit voir au loin, et l'on pouvait même apercevoir la côte. Tout émoustillé par le paysage, l'adolescent ne se retint pas et grimpa bien vite sur les cordes afin d'apercevoir plus facilement la terre.
Juste en-dessous de lui, l'activité reprit très vite. Chacun travaillait pour permettre au navire d'arriver à bon port sans accident, et James fut rappelé à l'ordre par Dante, qui l'appelait d'en bas. Après être descendu, le Maître le salua rapidement avant de lui donner les commandements :
- Vérifies l'état des cordes et des planches.
Hochant vivement la tête, James s'attela très vite au travail. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas été aussi excité à l'idée de découvrir de nouvelles choses. Après tout, il n'avait jamais quitté sa ville natal, et l'océan était un peu le même partout où on allait. Alors il n'allait pas rater l'occasion de s'en mettre plein la vue. 
Tout en se chargeant des tâches du navire que lui avait donné Dante, le jeune garçon sentait son coeur battre de plus en plus vite à mesure que le bateau se rapprochait de la terre ferme. Enfin, il s'engouffra dans le port. Autour de lui, les autres marins avaient l'air tout aussi excités que lui, ce qui n'était guère étonnant. Ces gens en bas, qui aidait le navire à se positionner pour entrer au port, n'étaient pas du tout comme ceux de la ville natale de James. Leur peau était hâlée, leurs vêtements très différent, et leur langue ne semblait pas être la même non plus.
Ses tâches terminées, l'adolescent ne cessait de sautiller, jusqu'à ce qu'une main vienne se poser sur son épaule :
- Reste près de moi, lui déclara Dante, c'est moi qui suis à ta charge, il ne faudrait pas que je te perde.
Trop excité pour contester, James attendit juste que les planches furent abaissées, puis resta aux côtés du Maître, qui l'attira un peu plus vers lui pour l'avoir à l'oeil. Les marins portaient les caisses vides afin de les remplir de victuailles, tandis que le capitaine et Abel saluaient leurs accueillants. Visiblement au courant de leur arrivée, certains avaient même l'air de préparer une fête. Devant le regard interrogateur de James, Dante eut un léger sourire et expliqua :
- Nous sommes tout de même "l'équipage" qui va découvrir les merveilles du Nouveau Monde. Je pense que tout pays nous accueillant nous recevra très bien. De plus, nous ferons à nouveau escale ici au retour.
Ah d'accord, tout s'expliquait. Mais pour un bon accueil, c'était un bon accueil. L'adolescent se demandait si Abel ne lui avait pas menti en disant qu'ils dormiraient bien, au vu de la fête qui allait se faire. Cependant, James ne s'en préoccupa pas plus lorsqu'il s'aperçut que le Maître et lui s'éloignaient de l'équipage pour s'engouffrer dans les méandres de la ville :
- Euh... On va où là ?
- Je dois aller chercher les réserves qui nous serons préparé.
- Tout seul ?
- Il n'y a qu'une caisse, ne t'inquiètes pas.
Ah bon ? Mais est-ce que cela serait suffisant pour tous les membres du navire ? James en doutait, mais bon, il n'avait pas trop à s'en mêler après tout, ce pourquoi il préféra se préoccuper du décor. D'ailleurs, qui ne serait pas intrigué par tant d'extravagance ? Toutes les rues étaient parsemées de tissus et de toiles de toutes les couleurs. Les odeurs d'épices, de fruits et légumes, et même de viandes en train de fumer parvenaient aux narines de l'adolescent, qui en eut vite l'eau à la bouche. Il fallait dire que le régime à bord était assez sévère, afin d'éviter aux marins d'attraper le scorbut.
Arrivés devant le magasin en question, Dante stoppa James pour lui intimer de rester dehors, tandis qu'il s'engouffrait à l'intérieur. Mais restons honnête, ça n'était pas du tout dans le genre de l'adolescent d'être à l'arrière. Ce pourquoi, lorsque Dante disparut, il traversa lui-même le léger rideau pour voir ce qu'il y avait à l'intérieur.
Tout était décoré dans un style oriental. Les étagères pleines de babioles et raretés en tout genre, le plafond et les murs étaient aux couleurs ocres et blanches, et l'encens entreposé au loin laissait échapper un mince filet de fumée agréable et douce. Enivré par le parfum, James en oublia presque de se cacher lorsque la Maître à bord revint avec le Marchand et une caisse. Cependant, l'adolescent avait du mal à distinguer ce qu'ils étaient en train de se dire :
- Tout est là ? J'espère que ce ne sont pas des faux.
- Mais non, mais non, faites-moi confiance. Avez-vous l'argent ?
Dante sortit quelques pièces d'or de son veston et les donna à son interlocuteur, avant de se diriger vers ce qui était censé être un stock de réserve, afin de le soulever et se diriger vers la sortie. Aussi vif que l'éclair, l'adolescent se précipita à l'extérieur afin que son supérieur ne le surprenne pas à l'intérieur, puis alla se positionner contre le mur comme si de rien était. Juste après, le Maître arriva à ses côtés avec un grand sourire :
- Aides moi à les porter.
James hocha la tête, mais s'aperçut que la caisse était vraiment très lourde :
- Qu'est-ce qu'il y a dedans ?
- Des oranges locales. Si nous ne voulons pas tomber malades à bord, nous devrons avoir besoin de vitamines. Les oranges, c'est parfait pour ça.
- C'est drôlement lourd quand même.
- Il y en a plein pour tout le monde.
Il n'y avait rien à ajouter. L'adolescent était tout de même intrigué, d'autant plus que ce qu'avait dit Dante auparavant en demandant au marchand n'était pas tellement logique. Comment des oranges pouvaient-elles être fausses ? Et puis, était-ce réellement des fruits ? Non pas que James doutait des dires de son supérieur, mais il était tout de même intrigué. Mais il y avait probablement une explication. Il y en avait toujours une, et même si James avait du mal à l'avouer, il s'était attaché à Dante, malgré sa réticence au début. Mais alors, pouvait-il avoir un avis objectif sur la situation, comme le lui avait reproché Meena ?
Toutes ces questions se bousculant dans son esprit lui firent perdre la notion du temps, si bien qu'il fallut que le Maître le lui fasse remarquer pour qu'il s'aperçoive qu'ils étaient arrivé. Le duo remonta alors la cargaison pour la déposer dans la cave du navire, avant de ressortir. Dante eut alors un grand sourire :
- Tu veux que je te fasses visiter ? Je connais un peu la région, j'y suis allé il y a une dizaine d'années.
Devant les yeux étoilés de James, le supérieur éclata de rire, et, n'ayant pas vraiment besoin de réponse, entraîna l'adolescent en ville. En vérité, le jeune homme était même tellement heureux qu'il en oublia bien vite toutes ses questions, et profita juste de la visite, puis de la fiesta du soir. Entouré d'Abel, Meena qui ne lui en voulait plus, et Dante, c'était la première fois depuis longtemps que James ne s'était pas sentit aussi bien.


Deux semaines. C'était le temps qui s'était écoulé après leur escale. James s'était de plus en plus habitué à ses tâches à bord du navire, et qu'il se rapprochait de Dante. Leur rapport avait évolué. Ils n'étaient désormais plus dans une relation Maître/élève, mais bien amis. Lorsque l'adolescent ne pouvait parler à son frère, c'était à lui qu'il se confiait. Peu à peu, ils se découvraient mutuellement, et s'entendaient de mieux en mieux. Meena n'avait toujours pas été découverte, et aidait même son meilleur ami dans les galères, et Abel avait réussi à faire taire les rumeurs sur lui et son frère. Tout ne pouvait qu'aller bien. Du moins, jusqu'à ce soir.
Le pont était vide. La nuit, la plupart des marins dormaient, ou préféraient manger un peu. Mais pas James. Ce dernier était adossé au bord, contemplant la mer. Il était seul, et cela lui faisait un peu de bien de temps en temps. Enfin, il ne le resta pas longtemps, car une silhouette s'approcha de lui. C'était le commandant :
- Bonsoir, petit.
- Hum... Bonsoir commandant.
Ce dernier, malgré sa masse imposante de muscles, tenta d'aborder un sourire sympathique. Mais ce dernier était plus effrayant qu'autre chose, et James eut un petit rire gêné. L'homme s'approcha du bord à son tour pour s'y adosser :
- D'après les prévisions de ton frère, nous arriverons demain.
- Déjà ? répondit James, surprit.
- Oui. Et d'ailleurs...
Le commandant se retourna vers son interlocuteur, affichant une mine compatissante et agréable :
- Je t'ai mal jugé. Tu as fait de nombreux efforts pour aider, tu n'as pas attiré d'ennui à Dante, et tu n'as pas fait de bêtise. J'avoue que je ne m'attendais pas à ça. Je suis très fier de toi.
- Euh... Merci, balbutia James.
Il n'avait pas du tout l'habitue qu'on lui parle comme ça, surtout venant de sa part. Mais au fond, il se sentait soulagé. Quelque part, c'était le premier en-dehors de ses amis à l'accepter. Ce pourquoi lorsque le commandant lui tendit la main, il la serra avec un grand sourire :
- J'espère que ce voyage t'aura apporté quelque chose.
- Je n'en doute paaaaaaaaaaas.
James venait de tomber au sol. Le navire venait de brusquement tanguer, et tout autour, des marins commençaient à remonter sur le pont. Le silence qui régnait jusqu'alors fut remplacé par un bruit sourd, et un orage éclata. Le capitaine et Abel sortirent précipitamment de la cabine, puis le commandant ne perdit pas une seconde :
- C'est une tempête ! Vite ! Chacun à son poste !
Alors que tous se précipitaient dans tous les sens, James allait chercher Dante des yeux, lorsque le commandant le rattrapa par l'épaule :
- J'ai besoin de toi ! Grimpes vite sur le mat et vérifies l'état des cordes. Il ne faut absolument pas que les parties du mât lâche, tu as compris ?!
- Oui !
Malgré la pluie qui s'abattait sur leurs visages, et les vagues qui frappaient avec violence la coque du navire, chacun était occupé à sa tâche en hurlant pour se faire entendre. James, quant à lui, aussi agile qu'un chat, grimpait à une vitesse folle sur les cordages pour atteindre le haut du mât et des voiles. Il manqua plus d'une fois de chuter, mais s'accrochait tant bien que mal à sa mission. S'il échouait, il était possible que quelqu'un y laisse la vie.
Ses jambes et ses bras enroulés autour du bois, l'adolescent avançait tant bien que mal, et tirait avec force sur chacune des cordes pour vérifier leur état, et refaire les noeuds en cas de besoin. Lorsqu'enfin ce fut fait, le jeune garçon rampa vers l'échelle afin de redescendre. Soudain, il sentit ses mains glisser brutalement, comme si en plus de l'eau, une partie du bois était savonnée. James ne pouvait se raccrocher, et tomba brutalement dans le vide en hurlant, jusqu'à sentir quelque chose l'attraper par la taille :
- Je te tiens !
C'était Dante. Celui-ci, accroché à l'échelle, avait réussi à saisir l'adolescent à temps, avant de redescendre avec lui pour le reposer. Mais ce dernier sentit ses jambes se dérober sous lui lorsqu'il toucha le pont, et le Maître le tint encore auprès de lui. Se collant tout deux contre le rebord pour ne pas tomber par-dessus bord, le jeune garçon sentait que son ami le protégeait de tout son corps. Son souffle était rapide, et son corps trempé par la pluie. Mais malgré tout, il le protégeait avec force, comme si sa vie en dépendait. Se sentant rougir, l'adolescent ne s'empêcha pas de s'accrocher lui aussi à Dante, oubliant toute notion du temps.
La tempête était passée. La plupart des marins étaient épuisés, certains même tombèrent d'épuisement sur le pont. Cependant, chacun était fier du travail apporté, et lorsque le capitaine s'avança, tous hurlèrent de bonheur à l'idée d'avoir échappé à une catastrophe :
- Je suis fier de vous. Il semble que personne n'ait été blessé. Au rapport commandant.
Personne ne répondit. Le capitaine insista une nouvelle fois, surpris ne voir personne venir à l'appel. James lui-même cherchait des yeux l'homme à fort carrure. Soudain, la foule se scinda en deux, laissant apercevoir Dean, trempé jusqu'aux os, qui fit signe au capitaine de venir, le menant jusqu'au milieu du pont. Là, gisait le commandant, mort écrasé par un morceau du mât. Le capitaine blêmit, et Abel, à ses côtés, eut une brusque nausée :
- Comment est-ce arrivé ?
- Je crois qu'une des cordes a lâché, répondit Dean. Elle ne devait pas être très bien accrochée.
- C'est faux ! Hurla James.
Celui-ci se précipita au milieu, laissant tous les autres marins le voir. C'était même la première fois en trois semaines de voyages qu'il était aussi proche du capitaine :
- J'avais vérifié toutes les cordes, et je suis certain qu'aucun noeud n'était mal fait.
- Pourtant, le commandant est mort. Et c'est bien parce tu as mal fait ton travail !
A ces mots, l'adolescent blêmit. Non seulement il venait de perdre quelqu'un qui venait de lui adresser sa confiance, mais en plus, il ne l'avait même pas mérité car il avait échoué dans sa mission. Aucun mot ne sortit de ses lèvres, et la seule solution qui lui vint fut de s'enfuir brusquement. Personne n'osait rien dire, et ce fut le capitaine qui brisa le silence :
- Le commandant était un homme bon, et il devrait être un exemple pour nous tous. Demain matin, nous arriverons à terre et l'enterrerons. Je m'adresserai à sa veuve à notre retour. Maintenant, chacun à son poste.
Le pont se vida très vite, et le corps du commandant fut enlevé. Bientôt, il n'y eu plus personne, à part James, seul, au niveau de l'extrémité du navire. Assis, il tenait ses genoux contre lui. A ce moment, Dante vint le rejoindre et s'asseoir à ses côtés :
- Ce n'est pas ta faute.
James ne répondit rien. La seule chose qui se faisait entendre, c'était ses sanglots qu'il tentait tant bien que mal à camoufler. Peu importe ce que Dante pouvait dire, le mal était fait. Pourtant, celui-ci insista :
- Tu n'as pas à t'en vouloir.
Juste après cette phrase, l'adolescent redressa la tête, laissant apercevoir ses yeux mouillés de larmes et sa mine colérique :
- Mais tu ne comprends pas ! Pour une fois, rien qu'une fois dans ma vie, j'avais l'impression d'être utile ! Le commandant me faisait confiance pour cette mission, et j'ai tout raté ! A cause de moi, il est mort ! Mort ! Et je n'ai rien fait pour changer ça ! Je ne pourrai jamais changer ce que je suis.
Les larmes redoublèrent, et James voulu revenir à sa position initial, mais Dante l'en empêcha en saisissant son menton. Surpris par le geste, et encore plus lorsque le Maître l'entraîna dans une étreinte pour le consoler, le jeune homme le repoussa alors :
- Arrêtes ça ! Tu ne comp...
Ses mots furent stoppés lorsque les lèvres de son supérieur se posèrent sur les siennes, lui clouant le bec immédiatement. Sentant ses joues rougir, James voulu se dégager, mais Dante l'en empêcha aussitôt, resserrant même son étreinte sur le jeune homme. Bientôt, l'adolescent se laissa emporter par le baiser, et ne bougea plus, laissant le Maître faire. Un peu après, ce dernier le relâcha, et contempla le garçon avec un sourire, tandis que celui-ci sentait son visage rougir comme une fille :
- Mais...
- Va te coucher, d'accord ?
Hein ? Après ce qu'il venait de se passer, c'était tout ce qu'il trouvait à dire ? James allait protester, lorsque Dante plaça son index sur ses lèvres, lui signifiant de se taire, comme si c'était un secret, rien qu'entre eux deux. Le moins que l'on puisse dire, c'était que c'était sacrément efficace, car l'adolescent en avait même oublié ses problèmes, et se releva pour se rendre dans le dortoir des marins afin de dormir, sans adresser un seul mot au Maître, qui continuait de sourire en le regardant.


- Tu sais bien qu'il n'y a que toi. Embrasse-moi.
- Waaaaah !
James se redressa brutalement de sa couchette en se tenant le coeur. Les rêves, c'étaient vraiment pas bon pour le coeur, surtout dans ce genre-là. Mais alors, pas du tout !
Tout en se calmant, le jeune garçon passa une main dans ses cheveux. Il savait bien qu'il n'avait pas rêvé. Il le sentait. Dante l'avait réellement embrassé hier soir. Pour quelle raison ? Il ne le savait même pas, mais rien qu'à y repenser, James eut une réaction de jeune fille et se replongea dans ses draps en rougissant. Cependant, il sentit le drap glisser lentement le long de son corps, et aperçut Taï. Celui-ci s'amusait beaucoup avec, et s'enroula même dedans, ce qui fit sourire l'adolescent :
- Y'en a au moins un qui s'amuse.
Tout en se relevant, James prit l'une de ses chaussures pour l'enfiler. Mais au moment de prendre la deuxième, il s'aperçut qu'elle avait disparu. Tout en cherchant des yeux, l'adolescent vit le petit chien, près de la porte, tenant sa chaussure dans la gueule :
- Hey, rends-moi ça !
A ces mots, l'animal s'enfuit. Tout en grognant des mots incompréhensibles, James lui courru après, un pied chaussé et un pied nu. Il avait l'air vraiment ridicule, mais au moins, personne n'était levé à l'aube au vu de la tempête de la veille. D'ailleurs, il valait mieux pour l'adolescent de ne pas les réveiller et de se faire discret, ce pourquoi il continua de courir après Taï, mais en arrêtant de crier.
Enfin, le petit chien s'arrêta, laissant James sauter sur lui afin d'attraper sa chaussure. L'animal jappa joyeusement avant de repartir, laissant l'adolescent allongé, se chausser tout seul :
- Pfyu.
Epuisé par sa petite course, et par son réveil brutal, le jeune garçon resta allongé quelques minutes, jusqu'à entendre du bruit. Surpris, il ne put s'empêcher de se cacher derrière les caissons au fond de la pièce. Des personnes étaient en train de descendre les marches de l'escalier. Ne faisant plus aucun bruit, James attendit quelques minutes avant d'entendre un bruit lourd, comme une chute, avant de reconnaître la voix :
- Tu es vraiment complètement stupide ! criait Dante.
- Je peux te dire la même chose, répondit Dean. Pourquoi m'as-tu frappé ?
- C'est toi qui as tué le commandant, pas vrai ?! Tu as sectionné la corde.
A cette révélation, James se couvrit la bouche pour ne pas hoqueter de surprise. Mais il avait l'impression, voire même l'instinct qu'il ne devait pas se faire prendre, ce pourquoi il continuait d'écouter :
- Et alors ? En quoi ça te dérange ? Il devenait trop gênant, trop fouineur. Il avait découvert notre stock et comptait en informer le capitaine. Je devais le faire taire.
- Mais pourquoi as-tu fais accusé James ?
- En quoi ça te dérange ? Ce n'est qu'un mousse, un sale gosse !
Des voix s'élevèrent autour d'eux. Visiblement, ils n'étaient pas tout seul. En fait, il devait même y avoir au moins une bonne moitié de marins. Pourquoi étaient-ils tous réuni ? Et surtout, pourquoi avaient-ils tous laissé Dean l'accuser, s'ils savaient que ce n'était pas lui ?
- Tu ne comprends pas.
- Oh si, je comprends très bien. Je l'ai vu pendant tout le voyage. Je crois même qu'en fait, tu en pinces pour lui.
- Que.. Bafouilla Dante, qu'est-ce qui te prends de dire ça ?!
- Tu crois que je ne vous ai pas vu, hier soir ?
A ces mots, James se sentit rougir et s'empêcha de parler :
- Alors, continua Dean, dis-nous si on peut toujours te faire confiance pour la mission.
- Saches que je n'ai jamais rien ressenti pour ce gosse. Si j'ai fait ça hier, c'était juste pour qu'il arrête de se morfondre.
La simple énumération de tous ces mots venant de la bouche de Dante choqua profondément James. Il se sentait même affreusement mal et se tint le torse, ressentant une vive douleur au niveau du coeur. Mais il ne devait pas se faire prendre, ce serait beaucoup trop humiliant après de telles révélations. Il ne fit que continuer d'écouter :
- Alors ce n'est pas le moment de flancher. Nous allons bientôt arriver. A midi, il sera l'heure. Maintenant que nous avons les armes, plus rien ne nous est impossible, alors partez tous retourner à vos postes, et transmettez le message aux autres. C'est un ordre.
Les bruits de pas des hommes remontant les escaliers s'estompèrent très vite, et James attendit d'être complètement seul pour se relever. Une larme vint perler à sa joue. Il se sentait tellement trahi et roulé dans la boue... Mais il ne devait pas flancher. Meena avait eu raison, leur attroupement était beaucoup trop louche. Il devait vite informer le capitaine et Abel.
Alors qu'il s'apprêtait à grimper les escaliers, James se stoppa brutalement lorsqu'il s'aperçut que Dante était en train de redescendre. Trop tard pour se cacher, et le Maître l'avait aperçu. Affichant une mine surprise, puis oscillant un sourcil, l'adolescent venait de comprendre que l'homme l'avait percé à jour. Celui-ci s'immobilisa pour le contempler :
- Comment ça va, James ?
Ne sachant pas quoi répondre, le jeune garçon détourna le regard, ce à quoi Dante répondit aussitôt :
- Tu as tout entendu, n'est-ce pas ?
Sans lui répondre, James se mit à reculer, ravalant sa salive et serrant le poing. Il savait que Dante était menaçant, et même dangereux. L'avait-il toujours su ? Peut-être pas, mais il était trop tard pour s'en rendre compte. Le Maître remit ses lunettes en place, avant de refermer la trappe qui servait de porte à la cave, les isolant tous les deux pour l'acte horrible qu'il allait devoir faire.


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