Cependant, il n’était pas seul. A ses côtés, un jeune homme, d’environ une vingtaine d’années, se tenait debout sur le tapis, et le fixait avec intensité :
- J’ai besoin de savoir.
Si le vieillard n’était pas sourd, il devait être inattentif, car il ne répondit pas. Après tout, ce n’était pas la première fois que ce petit jeune venait lui poser des questions. Par ailleurs, celui-ci se mit à insister :
- Le dernier souhait de mon grand-père était de retrouver son petit frère. Je sais qu’il refusait de se soumettre à mon aïeul, même après qu’il soit revenu avec des diamants. Et s’il est mort, je veux en connaître la raison…
- Silence !
Aussitôt, le jeune homme se tut. Le vieillard daigna alors enfin tourner les yeux vers lui, dévoilant alors au fond de ses yeux une flamme étrange, tellement attirante, mais en même temps tellement menaçante :
- Si ton grand-oncle était en vie, il aurait quatre-vingt dix ans. Penses-tu qu’un homme puisse vivre si longtemps ? Moi-même, d’ici moins de cinq années, je toucherai les quatre-vingt. Il est mort, et ce depuis longtemps.
Même s’il le savait, tout au fond de son coeur, l’inconnu se mit à blêmir, mais conserva son sang-froid. Tout doucement, il s’approcha, se mit à genou, et prit la main du vieil homme :
- Alors, je vous en prie, racontez-moi. Qu’est-il devenu après avoir quitté sa maison ? Comment a-t-il pu revenir avec une montagne de diamants l’année d’après ? Vous connaissez mieux que quiconque Claudio Del Reino.
Tout d’abord, le vieillard ne répondit rien. Puis, doucement, il tourna la tête vers le paysage, une nouvelle fois, comme si l’histoire avait commencé avec cet océan. Tout en soupirant, et en toussotant, il prit une inspiration et commença :
- C’était il y a soixante ans. A l’époque, je n’étais qu’un jeune adolescent insupportable et intenable, si bien que mon frère aîné, Abel, décida de m’embarquer avec lui à la découverte de terres peuplées d’autochtones. Etant lui-même cartographe, il estimait que voyager me disciplinerait, après la mort de nos parents. C’est sur ce bateau que j’ai rencontré ton grand-oncle. Mais il se faisait appelé Dante.
Et James conta son histoire.
Le port était bondé. Bon nombre de gens s’y étaient présentés pour faire leurs adieux à leurs proches, sachant que cette expédition serait extrêmement dangereuse, et en même temps, importante. La mission principale du capitaine était de communiquer avec les sauvages qui vivaient sur ces terres, et en apprendre plus sur ce nouveau monde.
Au milieu de toute cette foule se tenait un jeune homme. Probablement âgé de seize ans, la chose la plus remarquable, après ses cheveux blonds en bataille, était probablement sa petite mèche rouge. Ses vêtements légers étaient troués et délabrés de toutes parts, et son baluchon sur son dos devait être si peu rempli que l’on pouvait douter de son utilité. Alors qu’il grimpait sur une planche pour rejoindre le navire, il se retourna vers un autre homme derrière lui. Celui-ci était plus âgé, et ses longs cheveux bruns rattachés par des rubans sur un côté le différenciait énormément de notre héros. D’autant plus que, lui, était couvert de bagages qu’il trainait sous ses bras. Et c’était comme ça depuis qu’ils avaient quitté la maison. Un léger sourire se dessina sur le visage de James :
- Je croyais qu’un cartographe n’utilisait que des cartes ?
- Très drôle, petit comique ! rétorqua aussitôt Abel, sache qu’il va me falloir beaucoup de vêtements différents, car on ne peut pas compter sur les brutes épaisses qui servent de mousse pour nettoyer, et qu’il est important de se préserver des nombreuses maladies qui pourraient survenir. J’ai aussi fortement insisté pour que Pongo puisse venir.
A ces mots, un chat blanc et aux légères rayures noires se glissa entre les jambes de son propriétaire, et Abel glissa alors brutalement sur le pont, laissant retomber toutes ses affaires. Loin de s’inquiéter, James éclata brutalement d’un grand rire, et prit la main de son frère aîné pour l’aider à se relever. Celui-ci épousseta alors sa chemise, puis ramassa ses malles étalées, tandis que certains marins le regardaient avec un sourire moqueur :
- Il ne gênera pas, tu crois ? demanda James.
- Pas du tout, il chassera les rats, et puis, je ne peux pas me passer de lui…
- Hey, vous !
Les deux frères se retournèrent alors, apercevant un grand homme à forte carrure, les cheveux gris et le regard aussi féroce que laissaient deviner ses poings. Ce dernier fixait alors avec intensité les affaires d’Abel, ainsi que le félin, assis dans son coin, à faire sa toilette :
- C’est vous le fameux cartographe que le capitaine vante tant ?
Tout d’abord intimidé, Abel ravala sa salive, puis afficha son visage le plus sérieux tout en s’avançant :
- Eh bien oui, en effet, c’est moi.
Sans même lui serrer la main, l’homme lui tourna le dos, ne faisant que grommeler :
- Il vous attend dans sa cabine. Allez-y.
Tout en resserrant ses affaires contre lui, le cartographe s’empressa de grimper les marches pour se rendre dans la cabine dudit capitaine. Seulement, au moment où James allait le suivre, l’homme à forte carrure posa une main presque en pierre sur son épaule :
- Tu n’as pas été demandé.
- Mais je suis son frère !
- Sur un autre ton ! Tu n’as pas été demandé ! Tu as été engagé pour quoi ?
Serrant le poing, James s’empêcha de laisser son bras agir, étant donné qu’il mourait d’envie de lui en coller une. Cependant, c’était grâce à Abel qu’il avait pu être engagé, et qu’on lui donnait une chance de se racheter après toutes les bêtises qu’il avait faîtes. De ce fait, il devait se tenir à carreau :
- J’ai été engagé comme homme à tout faire, répondit-il en s’inclinant.
- Dans ce cas, suis-moi.
Sans même dire un mot de plus, la grande masse de muscle se retourna une nouvelle fois, puis ouvrit une trappe, qui devait probablement conduire aux cales du bateau. Vu de l’extérieur, l’ambiance était extrêmement sombre, et James ne put s’empêcher de ressentir un petit frisson d’excitation avant de s’y engouffrer. De toute façon, ça n’était pas l’homme face à lui qui allait s’arrêter pour vérifier qu’il le suivait. Sans trop rester en retrait, le jeune garçon observa les alentours, jusqu’à entendre un bruit étrange, comme des coups de métaux s’entrechoquant. Seulement, la grosse montagne de muscle face à lui l’empêchait totalement de voir ce qu’il pouvait se passer :
- Que se passe-t-il ici ? demanda par ailleurs ce dernier.
Les bruits cessèrent, et furent bientôt remplacer par des essoufflements et des soupirs, comme après un rude effort, puis une voix s’éleva :
- Navré, commandant. Il s’agissait juste d’un petit entraînement au sabre, rien de bien méchant.
- Vous savez que, ni moi, ni le capitaine, n’apprécions les bagarres en tout genre.
- Comme je vous le répète, insista la voix, rien de méchant, puisque l’on ne se battait pas réellement. N’est-ce pas ?
- Bien sûr, fit une autre voix, plus rauque.
Le commandant poussa tout de même un grognement, puis avança légèrement :
- Dante, remet ta chemise. Je t’amène une nouvelle recrue. Un petit jeune bon à rien qui n’est jamais monté sur un bateau. Il faudrait que tu t’en occupe.
Il se mit alors sur le côté, et James pu voir le fameux Dante. Ce dernier était en train de remettre sa chemise, tout en écartant ses cheveux mi-longs bruns et légèrement ondulés qui entouraient son visage. Quant à ses yeux, notre adolescent ne pu les apercevoir, car il les cacha bien vite sous une paire de lunettes rondes. Il devait par ailleurs, faire au moins deux têtes de plus que lui, et son élégance égalait sa carrure d’athlète, qu’il venait de cacher sous ses vêtements. Tout en toisant par ailleurs James du regard, notre homme eut un léger sourire moqueur et mit sa main à son menton :
- Qu’est-ce que tu veux que je fasse de ça ?
Aussitôt, l’adolescent sentit le rouge lui monter aux joues, et son sang ne fit qu’un tour. Déjà que le commandant l’avait énervé, qu’il avait supporté le « bon à rien » et « que tu t’en occupe », cette phrase dédaigneuse et méprisante le mettait déjà hors de lui. Sans crier gare, il se précipita en avant, s’apprêtant à lui décrocher une droite, lorsque, aussi vite que l’éclair, Dante saisissait son poignet, lui fit faire une vrille, puis le plaqua au sol, le bras redressé, et une douleur vive lui saisissant l’épaule qui fit gémir James de douleur :
- Du calme gamin. Ici, si tu veux te battre, avec un tel niveau, tu ne t’en sortiras pas.
Sans pour autant le lâcher, il s’empressa d’appuyer un peu plus fort sur son dos, comme pour lui faire sentir la douleur :
- Dante ! Je n’approuve pas tes méthodes !
A ces mots, James sentit la pression se relâcher, et respira un peu plus vite, tout en massant son épaule et son bras douloureux. L’homme, quant à lui, ne fit que rire. Le commandant s’approcha alors de l’adolescent, et, sans se pencher, déclara :
- Tu viens à peine d’arriver que tu trouves le moyen de te battre. Sache que je fermerai les yeux, étant donné que tu es un « délinquant », mais la prochaine fois, tu rentreras à la nage.
Puis, tout en mettant sa main à son menton, il eut un sourire qui ne présageait rien de bon, et fixa intensément Dante, puis James :
- Par ailleurs, Dante, tu seras désormais personnellement responsable de ce petit jeune. Au moindre écart, tu seras, toi aussi, sanctionné. Est-ce clair ?
L’espace d’un instant, alors que l’adolescent à la mèche rouge se redressait, il crut apercevoir un éclair de mécontentement dans les yeux de son futur responsable, puis celui-ci s’inclina légèrement pour montrer son accord. A ce geste, le commandant prit congé en remonta l’escalier pour sortir. Ce fut à ce moment là que l’autre homme, que James n’avait pas tout de suite remarqué, prit parole :
- Quel casse-pied ce type. Et c’est qui ce mioche d’abord ?
L’homme était probablement situé dans la trentaine, les cheveux courts et noirs en bataille, les yeux gris au regard féroce, le visage mal rasé, et un couteau dans la main, qui lui servait à sculpter un bout de bois. D’après son air dédaigneux, il semblait ne pas trop apprécier l’adolescent. Eh bien tant mieux, lui non plus ne l’aimait pas :
- T’as perdu ta langue, morveux ? Ou bien t’as la trouille…
- James, coupa-t-il d’un ton sec.
Sur le coup, l’autre homme fut surpris d’avoir été brutalement coupé, puis sa surprise se changea bien rapidement en colère devant le ton insolent de l’adolescent. Cependant, Dante éclata alors d’un grand rire :
- Tu es toujours en colère avec les inconnus ?
James préféra ne rien répondre. Tant qu’à faire, il ne comptait pas faire ami-ami avec un type comme lui. De cette façon, après ce vent magistral, il s’apprêta à partir, lorsqu’il sentit quelque chose lui mordiller légèrement la cheville. En baissant les yeux, il s’aperçut qu’il s’agissait d’un petit chien, de couleur brune et aux petites oreilles tombantes. Mais la chose la plus remarquable était probablement sa patte blessée, et sa queue qui semblait avoir été coupée. « Pauvre bête » se fit intérieurement l’adolescent, adorateur des bêtes. Seulement, il continuait de le mordiller, et ça, ce n’était pas très agréable, ce pourquoi James baissa la main pour le repousser, ne s’attendant pas, cependant, à recevoir des petits coups de langues affectueux sur ses doigts, suivis du rire de Dante :
- Ah, Taï ! Il faudra que je t’apprenne à te méfier des gamins.
Sans même l’écouter, le petit animal sauta dans les bras de James, celui-ci étant accroupi, avant de s’y rouler, bullant presque :
- Faut lui pardonner. Depuis qu’il a subit des brimades de la part de ses anciens maîtres, et que je l’ai recueilli, il refuse qu’on l’approche, sauf moi, et les enfants. Nouvelle preuve que tu es un gosse alors.
Préférant éviter de s’énerver, car il ne souhaitait pas abandonner son frère, James ne fit que poser le chien, lorsque l’on entendit en provenance du plafond, soit du pont :
- Larguez les amarres !
Sans crier gare, James détala, grimpant l’escalier quatre à quatre pour arriver en hauteur, et regarder tout autour de lui. Chacun était à son poste, et sur le quai du port, la plupart des gens agitaient de nombreux mouchoirs pour souhaiter leurs adieux aux membres de l’équipage. Et tandis que le bateau s’éloignait doucement, porté par les vagues qui le faisaient tanguer, l’adolescent grimpa à toute vitesse sur les filets pour prendre de la hauteur et contempler ainsi toute la beauté de l’océan qui se dressait face à lui. Autant le dire, cette merveilleuse sensation nouvelle le berçait comme jamais, et il avait presque envie de sauter et ne faire qu’un avec la grande étendue d’eau face à lui.
Tout en portant son regard sur le reste du navire, James aperçut son frère en compagnie du commandant, et d’un homme d’âge moyen, aux cheveux gris et avec une moustache. Habillé d’un uniforme bleu marine et blanc, et les bras dans le dos, il devait probablement être le capitaine. Par ailleurs, étrangement, il semblait s’adresser à Dante, qui était monté sans que le jeune garçon ne s’en aperçoive. Après avoir échangé quelques mots, son supérieur sembla chercher quelque chose du regard, avant de le dévisager, puis de lui faire signe de descendre. D’abord méfiant, James préféra tout de même obéir et descendit rapidement du mat, avant de prendre place face à l’homme :
- Oui ?
- Il y a quelques règles à apprendre, pour être admis sur ce bateau, gamin. D’abord, tu m’appelleras « Maître », car c’est mon rang. Ensuite, tu obéiras immédiatement et sans discuter à mes ordres et à tous tes supérieurs, dont le capitaine. Et enfin…
Avant même de finir sa phrase, le maître en question tendit un sceau rempli d’eau savonneuse et un balais à James, tout en conservant son sourire mesquin et moqueur :
- Ce pont à besoin d’être nettoyé. Ce n’est pas un club de vacance ici, tu es là pour travailler. Suis-je assez clair ?
- Comme du cristal, répondit l’adolescent sur un ton de colère contenue par le ton dédaigneux de Dante.
- Tant mieux, car je veux que l’état du pont soit ainsi dés ce soir !
Puis, sans rien dire de plus, l’homme s’éloigna, laissant James le jeune garçon seul avec ses ustensiles. Une veine apparu alors à son front, et, tout en rugissant de colère, il s’empara du balais et frotta avec insistance après l’avoir humidifié.
Cela devait probablement faire au moins une heure que James avait commencé son grand nettoyage. Le soleil tapait dur, mais moins qu’avant, il devait donc probablement être dix-sept heures. Tout en essuyant son front avec son bras, sentant la sueur coulé un peu, l’adolescent sentit quelque chose le frapper dans le dos :
- Alors, on trime dur ?
Reconnaissant la voix d’Abel, le jeune garçon eut un sourire et se retourna. Visiblement, son frère avait l’air d’aller bien, quoi qu’il avait la joue un peu rouge, allez savoir pourquoi :
- C’est surtout que je hais mon supérieur. L’autre imbécile de commandant m’a mis sous sa responsabilité, et il fait du zèle avec moi maintenant.
- Plains-toi, rétorqua alors son frère, toi au moins, tu n’as pas un vieil excentrique quinquagénaire qui te tire la joue toute la journée quand il estime que tu fais du bon boulot. Enfin, j’ai eu droit à une pause, alors je suis venu te voir. Tu as vu Pongo ?
- Il est là.
Tout en se retournant au même instant, Abel et James aperçurent un marin, tenant le chat du premier, tout crotté et tout sale, mais qui semblait assez content des bras qui le tenaient. Par ailleurs, ceux-ci appartenaient à un garçon, tout ce qu’il y a de plus banal, excepté son large chapeau qui cachait un peu son visage. Sans s’en soucier le moins du monde, Abel eut un sourire :
- Ah merci ! Je vais de ce pas lui faire prendre son bain !
Tout en prenant l’animal dans ses bras, le grand frère semblait le réprimander, avant de disparaitre dans la cabine du capitaine. Soupirant, mais souriant également du comportement de celui-ci, James s’avança quelques peu vers le marin, mais, brusquement, celui-ci fit de même, jusqu’à être collé à lui. Il était même carrément en train de l’enlacer :
- Hey !
Par reflexe, l’adolescent le repoussa, faisant alors tomber son chapeau. Une longue chevelure rousse se déploya alors et des yeux verts en amande apparurent devant lui. Face à lui se tenait :
- Que… Meena ?
Le marin en question était bel et bien une fille. Et qui disait « fille sur un bateau » disait forcément « porte malheur ». Non pas que James soit touché par cette histoire, après tout, il n’était pas du tout superstitieux. Mais il n’en était pas forcément de même pour les autres :
- Comment es-tu montée ? Et puis, qu’est-ce que tu fais ici ? Tu ne devais pas partir en province pour rencontrer ton fiancé ?
- Ah chuuut ! Ne crie pas si fort ! Et n’me parles pas de cet homme. Je savais que si je le rencontrais, je serai forcée de me marier sans aucune échappatoire !
Meena était l’amie d’enfance de James. Ses parents tenaient une boutique de fleurs tout près de là où vivaient les deux frères depuis la mort de leurs parents. Un foyer qui aurait pu la rendre bien féminine, ce qui était en vérité tout le contraire. En effet, elle préférait les pantalons aux robes, effrayait les garçons de son âge et ne rêvait que de voyages et d’aventures plutôt que de tricots et de cuisine. James était bien son seul ami, mais avec son départ, il avait été dans l’incapacité de l’aider lorsque ses parents prévoyaient de la marier pour arrêter sa furie et la remettre dans le droit chemin :
- C’était le seul moyen de leur échapper, fit Meena en remettant son chapeau, camouflant ainsi ses cheveux. Et puis, il n’y a pas de raison pour que tu sois le seul à t’amuser ! Moi aussi je veux voir le Nouveau Monde !
- Si on découvre que t’es là, tu vas nourrir les poissons, surtout.
- Bah, répondit-elle en tirant la langue, ça ne fait rien, c’est le goût du risque.
Puis, tout en imitant un pistolet avec sa main, elle eut un sourire, et s’en alla en sifflotant. Esquissant un nouveau sourire, James reprit son travail. Finalement, avec Meena à bord, il n’allait pas s’ennuyer. Du moins, le pensait-il, jusqu’à entendre un :
- Kyah !
Aussitôt, reconnaissant la voix de son amie, l’adolescent se précipita vers la provenance du bruit, c'est-à-dire vers le grand mat. Seulement, le jeune garçon ne s’attendait absolument pas à tomber nez-à-nez avec Dean, se cognant alors brutalement contre son torse, tandis que Meena se trouvait à terre, mais son chapeau encore bien en place :
- Encore toi, morveux, répondit l’homme mal rasé.
Tout en se frottant le nez, James recula un peu, lançant un regard noir à Dean. Celui-ci poussa alors un grognement avant de le pousser :
- Dégage ! La petite frappe sur le côté a essayé de me voler mon couteau.
- Et qu’est-ce qui vous permet de faire de telles accusation, demanda brutalement l’adolescent, tout en se plaçant devant son amie.
- Il a essayé de filer quand il a vu que je le regardais. Et ce chapeau est trop louche, il doit le planquer dessous.
Autour d’eux, d’autres marins commençaient à s’avancer, comme attirés par la possible bagarre qui pourrait se produire. Bientôt, un cercle se forma, et il ne leur était plus possible de partir. De toute façon, le seul problème de James était de protéger le secret de Meena. A peine arrivée, elle causait déjà des problèmes !
- Alors maintenant, pousses toi. Et puis d’abord, pourquoi il continue de nier ? interrogea Dean. S’il n’avait rien volé, il lui suffisait de retirer son chapeau. Avoue que c’est louche, non ?
Tout autour, les hommes acquiescèrent entre eux, chuchotant des « c’est vrai » ou « c’est sûrement lui le voleur ». Tout en conservant un sourire satisfait et victorieux, Dean s’avança un peu plus, jusqu’à arriver à sa hauteur. Lui aussi était bien plus grand que James, mais ce dernier s’en fichait pas mal :
- Dis-moi, si réellement tu t’es fais piquer ton couteau… Pourquoi en as-tu un autre caché dans ton veston ? Il fait une bosse là.
Les marins continuaient de suivre chaque réplique, et ponctuèrent avec des « mais il a raison » ou « Il aurait menti ? ». Tout d’abord énervé, l’homme face à l’adolescent grinça de ses dents jaunes, puis prit le col de ce dernier :
- Ne joues pas au plus malin. Il ne faut pas croire que, parce que Dante va te chouchouter, ou que ton frangin est proche du capitaine, que tu peux te croire tout permis. Ici, on n’aime pas beaucoup les fayots et les sales fouineurs, pas vrai les gars ?
Aussitôt, des acclamations retentirent. Evidemment, en pleine foule, dés qu’il y en avait quelques uns qui disaient « oui », tout le monde faisait pareil. Ainsi, il n’était pas difficile de se mettre tout le monde dans la poche. Profitant que les marins soient de son côté, Dean plaqua James contre le mat, tout en tenant son col. Il en profita alors pour sortir ledit couteau, mais cette histoire n’étant plus d’actualité, plus personne n’y prêta attention. Tenant toujours l’adolescent, l’homme avança son visage, lui faisant respirer sa mauvaise haleine :
- Alors… Si tu t’excuses, je veux bien passer l’éponge. T’as plutôt un beau visage, ce serait dommage de l’abîmer.
Il fit alors doucement passer son couteau près de la joue de James, l’entaillant avec la pointe :
- Alors ? J’attends ? Tu préfères peut-être avoir l’air plus sérieux avec une oreille en moins ?
-Tant qu’à faire, enlève les deux, ça m’éviterai de t’entendre à nouveau, répondit inconsciemment James.
L’étreinte se resserra autour de son col, et bientôt, l’adolescent sentit que ses pieds ne touchaient plus le sol. Tout autour, les hommes huaient et levaient le poing en l’air, comme pour soutenir Dean, qui se mit à serrer sa main à son cou, lui coupant presque tout son oxygène :
- Une dernière volonté ?
Son autre main avançait le couteau vers son visage, tandis que James suffoquait, jusqu’à ce qu’une autre main, gantée, attrape le poignet de l’homme mal rasé. Malgré sa vision devenue flou, l’adolescent avait reconnu Dante :
- Dis-moi, Dean, demanda-t-il, je pensais que tu ne t’en prenais jamais au menu fretin.
Puis, brutalement, le maître tordit le bras de Dean, lui arrachant un gémissement de douleur qui lui fit perdre son couteau, ainsi que son étreinte sur James. Celui-ci tomba alors au sol, puis toussota en maintenant son cou. De son côté, Dante maîtrisait facilement l’homme mal rasé :
- Que je ne t’y prenne plus à t’en prendre au gamin. Sinon, je te tue, c’est compris ?
Tout en relâchant Dean, celui-ci lui adressa un regard noir, avant de partir, laissant la foule se dissiper. Bientôt, chacun était retourné à son poste, et il ne restait plus que Dante, James et Meena. Le Maître s’avança alors vers la jeune travesti, puis lui intima de déguerpir au plus vite, avant de se relever, pour se retourner vers l’adolescent. Il brandit alors sa main, et lui donna une énorme claque. La joue rouge, James leva les yeux vers Dante :
- Dis-moi, ne t’avais-je pas déjà prévenu ? Ici, tu ne remporteras pas la moindre bagarre, faible comme tu es !
Puis, voyant que l’adolescent ne répondait pas, il se mit à soupirer, puis s’accroupit alors pour être à sa hauteur. Le jeune garçon ne pouvait pas voir son regard à travers ses lunettes, mais son visage semblait lui signifier qu’il avait été plus inquiet qu’autre chose à son égard. Bientôt, Taï apparut à côté de lui, lui mordillant un peu sa manche, mais Dante ne s’en souciait guère :
- C’est lui qui a fait du mal à mon ami, finit par déclarer James. Je n’ai fais que le défendre.
- Tu n’as pas l’air d’avoir compris. Tu aurais du appeler le commandant. Et par ailleurs, ne t’avais-je pas donné du travail ?
Tout en se redressant, l’adolescent se souvint alors du balai qu’il avait laissé non loin d’ici, près du sceau. Cependant, Dante fut plus rapide que lui, et les lui redonna en le poussant un peu, comme pour le taquiner :
- Bah, au moins, t’as fais du bon boulot, il n’est pas démoli.
- Ravi de voir que vous appréciez mes talents, répliqua sèchement James. Seulement, il faudrait dire à vos amis de rester un peu plus tranquille. Qui sait ce que je pourrai faire.
A cette réplique, le Maître éclata d’un grand rire, puis tapota la tête de l’adolescent, avant de se pencher en avant, reprenant son sérieux :
- Je crois que tu vas vraiment finir par détruire quelque chose si je te laisse libre de tes mouvements. De ce fait, je pense que tu n’auras pas vraiment droit aux pauses. Tu vas bosser comme tu n’as jamais bossé auparavant.
- Quoi ?!
- De toute façon, n’était-ce pas le souhait de ton frère en t’amenant ici ?
Taï poussa un nouvel aboiement, comme pour approuver les mots de Dante :
- Alors, continua le Maître en étant tout proche de James, et en lui chuchotant à l’oreille, fais de ton mieux, et surprends-moi, gamin.
Puis, tout en riant une nouvelle fois, il laissa alors une nouvelle fois l’adolescent en plan. Celui-ci avait les joues rouges, sans même savoir pourquoi, puis secoua la tête en grognant. Décidément, il ne pouvait vraiment pas le blairer, ce sale type !
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