21/10/2011

Chapitre 3 - No alcohol here !

Okaaaaaay, maintenant, je fais quoi ?
Luka était en train de faire des allers-retours dans la pièce, tentant vainement de trouver une solution à son gros, à son énorme problème. Et ledit problème était justement inconscient, allongé sur son lit : Kun. Ce dernier était mal en point, car sa blessure continuait de saigner malgré les soins rapides que Luka avait essayé de lui prodiguer en lui déchirant sa chemise avant de lui faire un bandage rapide. Mais malgré tout, le jeune chinois continuait de souffrir affreusement, vu comment il transpirait, malgré son inconscience. Faisait-il un cauchemar ? Ce serait regrettable, mais ça n'était pas du tout le problème de l'inspecteur, qui le situait sur un autre niveau :
Je ne peux pas le garder ici...
Il était tout de même en train d'héberger chez lui un voleur qu'il était censé attraper. S'il avait eut une once de réflexion, il aurait au moins pu le laisser sur place, afin que Diengeï viennent l'arrêter. Eh bien non, comme un abruti, il venait de se rendre complice ! Ah, ça, sa carrière allait le sentir passer, et même s'il arrivait à éviter le renvoi, ce serait probablement le blâme, et Luka n'avait pas du tout envie de se charger de la circulation.
Mais, en y réfléchissant bien, l'inspecteur savait pourquoi il avait préféré prendre Kun avec lui. Cet homme, qui l'avait épié de la fenêtre, tout ce sang... Non, quelque chose n'allait pas du tout, et Luka avait compris que s'il avait laissé le voleur sur place, ce dernier ne s'en serait pas sorti indemne. Du moins physiquement.
Néanmoins, cela ne réglait absolument pas le problème ! Kun était là, blessé et inconscient, et de surcroît dans son discret appartement. L'inspecteur espérait fort qu'il n'avait pas dérangé la concierge. De toute façon, le plus important était de soigner le jeune chinois. Et là, notre homme ne savait pas du tout quoi faire. Il était policier, pas chirurgien ! Et là, ça n'avait strictement aucune utilité. Ce qu'il lui fallait, c'était un vrai médecin, pas un pseudo-docteur qui n'avait suivit que les cours de premier secourisme.
Soudain, Luka tourna la tête, venant d'avoir une excellente idée :
Serioja !
Tout en s'emparant du combiné, l'inspecteur tapa les numéros correspondant. Bon, devait-il avoir confiance en son ami ? Pas le temps de se poser la question, et il valait mieux faire appel à lui, plutôt qu'à un inconnu. Ou pire encore, s'en charger lui même.
Attendant impatiemment que le jeune homme décroche, Luka entendit enfin la voix endormi de ce dernier lui hurler dessus :
Non mais ça va pas ! Tu as vu l'heure ?!
Tu vas me faire croire que tu dormais ? répliqua calmement Luka.
Un court silence s'ensuivit, puis la voix de Serioja sembla s'atténuer, laissant entendre un profond soupir :
Effectivement, non. Mais j'étais au beau milieu d'une expérience capitale !
T'étais juste en train de faire un énième café, non ?
Ta gueule !
Humour vache, comme on disait, et vu l'état de Serioja, et le taux de caféine que son sang pouvait contenir, cela n'étonnait absolument pas l'inspecteur qu'il réplique aussi sèchement. Mais il y avait plus important :
D'ordinaire, je t'aurai probablement engueulé, commença Luka, mais là, j'ai vraiment besoin de toi, et ça tombe bien que tu sois debout.
Qu'est-ce qui se passe ?
Je ne peux pas t'expliquer par téléphone, répondit le jeune homme. Viens chez moi le plus vite possible, et amènes ce que tu estimes nécessaire pour les premiers soins.
Comment ça ? Luka, tu me fais peur là.
Ne discutes pas, et viens.
Puis, sans lui laisser le temps de répondre, l'inspecteur raccrocha. Il savait qu'il mettrait Serioja dans l'embarras, mais il avait vraiment besoin de lui, et pour ce faire, mieux valait le presser un peu. Puis, tout en allant vers la cuisine, Luka fit couler un peu d'eau dans un bol, avant de prendre un torchon. Trempant ce dernier dans le liquide, il retourna auprès du blessé, qui n'avait toujours pas repris connaissance, et s'assit à ses côtés. Tout en essorant le torchon, il le plaça sur le front de Kun, afin de le rafraîchir. Vu comme ça, il avait l'air vraiment d'un petit ange, malgré le sang qui tachait les draps, et Luka se surprit à sourire, avant de secouer la tête. Non mais quel idiot ! Ce type était un voleur, et une espèce de pervers, de surcroît ! Pas question de s'y attacher ! Si l'inspecteur voulait le soigner, c'était juste pour lui soutirer des informations, ni plus ni moins. Et après, il le livrerait à ses collègues. En principe. Mais pour l'heure, la seule chose qui comptait était de le voir se rétablir, et d'être sûr que sa vie n'était pas en danger.
Au bout de quelques minutes, enfin, Kun ouvrit peu à peu les yeux. Il avait l'air faible, très faible, mais pas assez pour se rendre compte qu'il était dans un endroit qu'il ne connaissait pas, ou, du moins, qu'il n'avait jamais visité, et tenta de se redresser avant d'être saisi par une violente douleur. Aussitôt, Luka le stoppa et le rallongea :
Hey là, stop, tu vas te faire mal.
Que... Où suis-je ?
Tu es chez moi. Et ne bouge pas, tu as été blessé pendant le vol.
L'espace de quelques instants, le jeune chinois toisa l'inspecteur, tentant vainement de comprendre les mots de ce dernier, puis il secoua légèrement la tête, et tenta une nouvelle fois de se lever, avant de se laisser retomber. Il était bien trop faible pour lutter :
Que s'est-il passé ?
À toi de me le dire, répondit Luka. Je pense qu'à mon avis, ton plan pour voler le Gontcharova a plus ou moins échoué.
Totalement, même...
Kun était en train de retirer le torchon de son front, lorsqu'il sembla se souvenir de ce qui s'était réellement passé. Tout doucement, il fit pivoter son visage pour regarder Luka dans les yeux. Son regard était même si profond, que l'inspecteur se sentit soudainement gêné et toussota :
Hum, oui ?
Pourquoi m'as-tu sauvé ?
Pardon ?
Ton boulot, c'est de m'arrêter. Pourquoi m'as-tu ramené chez toi, alors qu'il te suffisait de me laisser ?
Tu étais blessé, tout simplement. Je ne pouvais pas te laisser te vider de ton sang comme ça.
Pas besoin de parler de son instinct, ça risquait de ne pas mettre Kun en confiance, et il valait mieux l'éviter :
Et de toute façon, je te livrerai quand tu seras sur pieds.
Le jeune chinois fut surpris par cette réplique, et, aussitôt, il étouffa un rire douloureux, avant de regarder à nouveau Luka droit dans les yeux :
Même en t'observant, on peut dire que tu es quelqu'un d'imprévisible.
Comment ça, en « m'observant » ?
Kun se tut, ce qui énerva un peu plus l'inspecteur. Toutefois, c'était contre son éthique de frapper un blessé, bien que son poing en mourrait d'envie. Et de toute façon, Serioja ne tarderait pas à arriver, et vu la tête qu'il allait probablement faire, il valait mieux éviter de défigurer celui qu'il allait soigner. Poussant un profond soupir, Luka se redressa, lorsqu'il entendit la sonnerie :
Ce doit être lui.
Et en effet, à ces mots, il alla ouvrir la porte, découvrant le pauvre Serioja, appuyé sur ses genoux, en train de reprendre bruyamment sa respiration. Ses cheveux étaient en bataille, et il tenait à la main sa petite mallette qu'il emportait toujours pour le travail. Il avait probablement dû courir très vite.
Voyant que son ami venait d'ouvrir la porte, le scientifique se redressa pour passer la porte sans rien dire, attendant que Luka referme pour enfin lui parler :
J'espère que tu as une bonne raison ! Et même une excellente pour m'avoir forcé à courir parce que je m'inquiétais pour toi.
À toi de juger.
Puis, tout en lui faisant un signe de tête, l'inspecteur indiqua à son ami de venir avec lui dans la chambre, le laissant ainsi découvrir le pauvre Kun, toujours allongé et impuissant, et qui fut apparemment surpris de l'arrivée du scientifique. Quant à ce dernier, lorsqu'il se rendit compte de la situation, il laissa tomber sa mallette, par surprise, avant de reculer. Puis, tout en ravalant sa salive, il se retourna vers Luka, un petit sourire nerveux à la bouche :
Je ne savais pas que tu avais ces goûts-là... Asiatique en plus.
Bien sûr, l'inspecteur mit quelques secondes avant de comprendre, et, embarrassé, il frappa Serioja à la tête, tout en tentant de camoufler le rouge qui montait un peu trop vite à son goût à ses joues. Les mains sur son crâne pour atténuer la douleur, le jeune brun eut la larme à l'œil. C'est qu'il frappait fort, le bougre. Puis, inspirant profondément, il ramassa sa mallette :
T'es vraiment un abruti, déclara Luka. Tu vois pas que je suis dans la merde, là ?!
Je vais voir ce qu'il a, t'en fais pas, répondit calmement Serioja. Mais à condition que tu me dises après qui est ce monsieur, et ce qu'il fait sur ton lit, avec du sang un peu partout.
En y réfléchissant bien, Luka se déclara pour lui-même que c'était en effet préférable qu'il soigne d'abord Kun, avant de lui dire qu'il s'agissait de l'homme le plus recherché par la police moscovite. Oui, le plus tard serait le mieux. D'ailleurs, Kun semblait l'avoir compris :
Vous êtes médecin ?
Moi ? s'étonna Serioja. Noooon, pas du tout. Mais j'ai quand même quelques techniques de soin que j'ai utilisé sur des morts, et j'ai piqué du matos en cachette chez le légiste.
Dit comme ça, cela ne faisait absolument pas sérieux, et le voleur s'inquiéta subitement, se demandant s'il valait mieux souffrir dans un état précaire, plutôt que de confier son corps à un gars comme celui-ci. Par ailleurs, le petit sourire inquiétant du scientifique ne le mit pas plus à l'aise :
Détendez-vous mon garçon, et ça ira.
Mais Kun ne semblait pas du tout apprécier la situation, ce pourquoi il jeta un regard noir à Luka, qui lui, au contraire, semblait beaucoup s'en amuser. Tout en souriant, il s'approcha de Serioja avant de lui tapoter l'épaule :
Je te le laisse, je ne veux pas voir ça.
Tu as tord, tu apprendrais des choses.
Préférant ne pas répondre, l'inspecteur esquissa un dernier sourire, avant de laisser Kun à ce qui semblait plus être son bourreau que son médecin. Oh moins, il tenait sa petite vengeance pour le baiser volé, et c'était bien mérité.
Tout en refermant la porte derrière lui, Luka remarqua qu'il avait laissé la fenêtre ouverte. Tiens, étrange, il pensait pourtant l'avoir fermé avant de partir, et ne se souvenait pas l'avoir ouverte en arrivant. Ben, après tout, il était tellement tête en l'air qu'il avait dû oublier. Qui ne le serait pas en ce moment même, après tout ? L'inspecteur s'avança donc pour refermer la vitre d'un coup brusque.
Soudain, il sentit quelque chose dans son dos. Comme une arme, ou quelque chose qui y ressemblait plutôt :
You... are you a liar ?
Cette voix... C'était la jeune fille de la dernière fois, Marisa. Apparemment, elle avait encore réussi à entrer dans son appartement, sauf qu'ici, elle préférait le menacer, contrairement à la dernière fois. Tout en levant les mains en l'air, Luka se retourna tout doucement, afin de la regarder dans les yeux. Malgré son expression froide et impassible, elle avait du mal à cacher son angoisse, et l'inspecteur eut une vague idée du pourquoi. Mais le plus dangereux restait quand même le revolver pointé dans sa direction :
Pourquoi serai-je un menteur ? demanda-t-il en anglais.
Kun ! Il a disparu, alors que tu avais promis de le protéger ! Il est sûrement entre les mains des Yeux du Dragon, et tu n'as rien fait !
Calmes-toi, soupira le jeune homme. Il est dans la chambre. Il est blessé, mais vivant. C'est un ami à moi qui s'occupe de lui.
L'expression d'étonnement et de soulagement paru se lire dans les yeux de la jeune femme. Il était fort possible qu'elle aurait pu se méfier, mais son angoisse avait dû altérer son jugement, puisqu'elle baissa aussitôt son arme, avant de courir vers la chambre. Luka ne voulait pas savoir comment elle savait où la pièce se situait, et de toute façon, plus rien ne l'étonnait.
Très vite, Marisa ouvrit la porte pour entrer immédiatement dans la pièce :
Kun ! Honey !
Hey !
Ah, ce devait être Serioja, probablement étonné de voir débouler une hystérique dans la chambre. Saisi par la curiosité, Luka s'approcha pour voir ce qu'il se passait. Apparemment, les soins n'étaient pas terminés, et le scientifique peinait à retenir Marisa, qui le poussa alors pour se précipiter au chevet de son ami :
Kun ! Oh, Kun, I was so afraid !
Don't worry, Marisa. I'm fine, okay ?
You're not fine ! You bleed...
Préférant éviter d'entendre plus, l'inspecteur s'approcha. Quelle relation pouvaient bien entretenir ces deux là ? Au-delà du fait qu'ils étaient un duo criminel, soient des collègues de travail, étaient-ils plus que ça ? C'était fort possible, après tout, Kun était très beau, et Marisa une jolie fille. Rien que d'y penser, cela l'énervait, et Luka se surprit à le penser. Évitant le sujet dans sa tête, il décida de prendre la parole, mais en russe :
Kun, dis à ta copine qu'il faut qu'elle te laisse, si elle veut qu'on te soigne.
Elle est paniquée, c'est tout, répondit le jeune voleur. Et puis, elle peut bien rester avec moi, si elle ne gêne pas, après tout. Ce n'est pas parce que toi, tu es une âme sensible, qu'elle est comme toi.
Que... s'offusqua l'inspecteur. Un inspecteur de police n'est pas sensible !
C'est celaaaa, ricana Kun. Tu étais limite en panique totale quand tu m'as trouvé.
N'importe quoi ! répliqua bêtement Luka. De toute façon, n'importe qui aurait eut peur en voyant un corps. Et puis, tu me saoules, elle a qu'à faire ce qu'elle veut.
Énervé, l'inspecteur préféra s'éloigner, sous le regard étonné de Marisa, qui ne comprenait visiblement pas le russe, et la mine moqueuse de Kun, qui avait finalement obtenu vengeance en taquinant son interlocuteur. Serioja, en revanche, avait bien du mal à comprendre, ce pourquoi il empoigna le bras de Luka :
Tu m'expliques ?
Elle va rester avec lui, elle sera intenable sinon. Soignes-le juste.
Y a pas de « soignes-le juste » qui tienne. Luka, cette fille a une arme dans la main, je peux pas travailler avec ça !
Ne t'en fais pas, elle la rangera sans doute. Surtout qu'elle n'a aucune raison de te tirer dessus si tu sauves Kun. Je te raconterais tout après, je te le promets.
Tu me dois au moins douze cafés, maugréa Serioja.
Que je sache, tu me dois déjà cinq vodkas.
Après un petit sourire complice qui sembla rassurer le scientifique, le poussant à retourner s'occuper de son patient, tandis que Luka refermait la porte derrière lui. Il était vrai que Marisa ne tirerait pas sur Serioja, mais il était fort possible qu'elle le moleste un peu s'il faisait du mal au voleur. En fait, l'arrivée de la jeune fille avait permis à Kun de faire d'une pierre deux coups : se venger de lui, et éviter un traitement trop douloureux et dangereux. Ce type était fourbe, oh ça oui, et Luka n'aimait pas ça.
De toute façon, Luka n'aimait rien de lui. Sa beauté l'agaçait, son attitude était parfaitement insolente et en plus de ça, il était un voleur ! Sérieusement, l'inspecteur ne savait même pas pourquoi il ne le jetait pas aux ordures immédiatement. Toutefois, il y avait autre chose. Une autre appréhension qu'il ressentait, et qui ne ressemblait en rien aux autres. Et ce sentiment lui ordonnait de prendre soin de lui. Mais que lui arrivait-il donc ?

Après avoir bu quelques verres en attendant, et lu un bon livre, Luka eut enfin des nouvelles lorsque la porte s'ouvrit. Bondissant sur ses pieds, l'inspecteur vit Serioja s'avancer vers lui. Ses mains tremblaient un peu, mais vu son visage, il devait probablement être satisfait du résultat. Indiquant d'un signe rapide de la tête qu'il devait venir, le scientifique retourna dans la chambre, Luka derrière lui. Allongé sur le lit, Kun possédait désormais des bandages blancs tout autour du torse, entourant son épaule blessée. Marisa, quant à elle, était assise au sol, mais tenait la main de Kun, ce qui convaincu l'inspecteur de se concentrer sur autre chose pour ne pas être énervé :
Tu as l'air en forme.
Je suis solide, on ne croirait pas.
Rhhhum, bref, interrompit Serioja. Jeune homme, vous avez eu de la chance, car la balle vous a traversé de part en part, et l'inspecteur Luka a bien stoppé votre hémorragie, ce qui a permit de faire des points de suture. Mais vous allez devoir vous reposer, et ce au moins une semaine.
Luka parut amusé du discours de Serioja :
Tu te prends pour un médecin, ou quoi ?
Écrases ! Je suis dans mon trip. Bref, faudra se ménager.
Puis, avec un sourire commercial, le scientifique se retourna vers son ami l'inspecteur :
Comme rémunération, ça m'arrangerait que tu m'expliques un peu.
Ah... Eh bien, fit Luka en se frottant la tête, l'air gêné. Tu te souviens du Voleur au Masque ?
Je travaille dessus, comment veux-tu que j'oublie ?
Tu l'as sous les yeux.
Il fallut probablement quelques secondes avant que Serioja ne connecte les informations entre elles pour parvenir à une conclusion. Les yeux ronds comme des soucoupes, il balbutia quelques mots incompréhensibles en regardant Kun, qui, pour en rajouter une couche, fit un signe de présentation, comme pour affirmer la vérité :
J'ai... J'ai soigné un criminel ?!
Serioja, calmes-toi...
Que je me calme ?! Attends, tu héberges le mec qu'on recherche depuis des jours ! Pourquoi tu n'as pas appelé Diengeï ou un autre ? Et d'ailleurs, comment il a atterrit dans ton lit, sans mauvais jeux de mots ?
Décidément, les sous-entendus de Serioja passaient très mal, mais il y avait plus important : le convaincre de ne pas en parler et de garder le secret. Tout en se voulant rassurant, Luka s'avança :
Serioja, je sais ce que tu ressens. Moi aussi, je ne voulais pas en arriver là, mais il se passe des choses bizarres.
Des choses bizarres ?
Oui, et j'ai besoin de garder Kun ici, pour l'interroger. Mais dés qu'il sera rétablit, je l'enverrai au commissariat.
Tu sais que tu risques ta plaque, soupira le scientifique. Tu es certain de ce choix ? Et puis, tu aurais pu me le dire avant que je l'opère !
Tu l'aurais aidé ?
C'est...
Serioja ne sembla rien trouver d'autre à dire, mais cela ne cachait pas ce qu'il pensait. Néanmoins, alors que l'inspecteur s'apprêtait à reprendre la parole, Marisa se redressa pour s'approcher de l'homme brun. Celui-ci parut gêné et recula un peu :
You saved Kun. Thank you.
Puis, sans prévenir, elle enlaça immédiatement Serioja. Bon, soyons sérieux, en Russie, on aime le contact, c'est sûr, mais la situation était déjà assez bizarre pour gêner le scientifique, qui en plus, ne comprenait rien à ce qu'elle disait :
Qu'est-ce qu'elle raconte ?
Elle te remercie, intervint Kun. Et moi aussi.
Face à tant d'affection d'un seul coup, Serioja paru désarçonné, ce qui rendrait la tâche bien plus facile pour Luka, qui se demandait même si le duo de voleurs était sincère, ou bien s'il ne s'agissait pas encore d'une manipulation :
J'ai fais mon choix, Serioja. Ne t'inquiète pas, jamais je ne te dénoncerai, et au pire, j'inventerai une histoire comme quoi tu l'as soigné sans connaître son identité.
Ce qui est un peu vrai... Mais comment vas-tu faire pour le travail ?
Je vais prendre un congé pour rester ici. De toute façon, je les ai accumulés, et Diengeï ne peut pas me voir en peinture, alors il en sera ravi.
Il n'y avait décidément qu'à lui faire confiance. Serioja poussa un dernier soupir, et Marisa se détacha. Le scientifique rangea alors ses affaires dans sa mallette, voulant probablement les nettoyer lorsqu'il serait chez lui. Puis, tout doucement, il salua Kun et Marisa avant de rejoindre Luka, afin que tout deux se dirigent vers l'entrée :
Pour les bandages, je me suis servi dans ta salle de bain, mais il n'y en a plus, donc tu devras en racheter. Il faudra que tu les changes le matin et le soir, si possible après la douche. Et n'oublies pas d'appliquer une compresse pour ce faire.
Merci. Je te paierais tous les cafés que tu voudras.
J'espère que tu le pourras, soupira Serioja en mettant son manteau. Bon courage, et prends soin de toi.
Puis, embrassant une dernière fois son ami, le scientifique quitta l'appartement, laissant l'inspecteur seul. Oui, il savait que ce qu'il faisait n'était pas sans risque. Mais après tout, choisir de travailler dans la police était déjà un choix risqué, n'est-ce pas ?
Après avoir fermé la porte, Luka retourna dans la chambre, pour voir Kun et Marisa discuter en anglais. Et bien vite, l'inspecteur se mêla à la discussion :
Désolé, mademoiselle, mais il va rester ici.
Je suis d'accord, répondit la jeune fille.
Étonné, puisqu'il ne s'attendait pas à cette réponse, l'inspecteur ne put s'empêcher de hoqueter de surprise :
Vraiment ?
Oui. Il sera à l'abri ici, personne ne viendra l'embêter.
Mais il a dû te dire que je comptais le livrer à la police après, n'est-ce pas ?
Marisa marqua un temps d'arrêt, semblant réfléchir à la réponse qu'elle allait formuler. Kun, de son côté, sembla préféré rester silencieux, bien que son regard en dise long sur ce qu'il pensait de la situation. Enfin, la jeune femme prit la parole :
C'est mieux ainsi, je ne vois pas d'autres solutions. Je passerai très accessoirement pour ne pas éveiller les soupçons.
D'accord, soupira Luka. Ne t'inquiète pas. Tant qu'il est chez moi, je prendrai soin de lui, tu as ma parole.
Je te fais confiance, Lucky.
Puis, après s'être avancée vers l'inspecteur, la femme mystérieuse lui fit un bisou sur la joue, avant d'ouvrir la fenêtre et de s'enfuir, exactement comme la dernière fois, sans la moindre explication supplémentaire. En tout cas, cela sembla amuser Kun :
Depuis que je la connais, je crois que je ne l'ai presque jamais vue franchir une porte.
Vous vous connaissez depuis longtemps ? questionna Luka en s'asseyant aux côtés du jeune homme.
Pourquoi ? Ça t'intéresse, fit le voleur en souriant.
Eh bien, franchement, non. Mais comme on va devoir se côtoyer une semaine, j'aime autant savoir qui j'héberge sous mon toit.
Apparemment, la réponse de l'inspecteur l'avait déçu, et ça n'était pas plus mal, puisque Luka refusait d'entrer dans le jeu de Kun :
On se connaît depuis la fac. On allait à Oxford tous les deux.
Oxford ? L'université anglaise ?
Tout à fait. Elle vient d'Espagne, et moi de Chine. On n'avait rien à faire ensemble puisqu'elle étudiait la Technologie et moi l'Histoire et les Sciences humaines. Mais bref. Tu as d'autres questions ?
Oui. Qui sont les Yeux du Dragon ?
L'expression d'étonnement se lut très bien sur le visage de Kun, mais aussitôt, la surprise se changea en amusement, et il avança son visage, pour que ce dernier soit proche de celui de Luka. Ce dernier, mal à l'aise par cette proximité, recula un peu :
Tu n'y vas pas par quatre chemins, toi.
Je suis flic, c'est mon rôle.
Dans ce cas, tu dois être aussi confronté à des refus. Si tu es sage, peut-être que je t'en parlerai.
Non mais... manqua de s'étrangler Luka, pour qui tu te prends ?
Pour le blessé de l'affaire. Ménages-moi un peu, une histoire par jour, et tu as voulu celle de ma jeunesse avec Marisa d'abord.
Tu te fous de moi, ou quoi ?! Pas question de...
Mais avant même de pouvoir lui laisser le temps de terminer sa phrase, Kun s'empara du visage de l'inspecteur pour le rapprocher avant de poser ses lèvres sur les siennes, lui volant ainsi un baiser. Abasourdi, Luka fut tellement choqué qu'il se laissa même faire lorsque le voleur lui ouvrit la bouche avec sa langue afin de la faire glisser tout doucement à l'intérieur pour jouer avec la sienne. Oui, il embrassait très bien, mais ça n'était pas du tout le problème ! Tout en redescendant sur Terre, Luka repoussa aussitôt Kun, avant de se lever en reculant pour s'essuyer la bouche avec sa manche :
Ne refais plus jamais ça !
Pourquoi ? Tu as eu l'air d'apprécier.
Arrêtes, je sais très bien que tu le fais pour m'emmerder. Si tu ne veux pas que je te ramène directement au commissariat, tiens-toi tranquille. D'ailleurs, il est tard, alors dors !
Puis, sans même laisser à Kun le temps de protester, ce qui, connaissant le personnage, était fort improbable, Luka alla éteindre la lumière, puis referma la porte derrière lui. Bon, il n'avait pas de quoi fermer la porte, étant donné qu'il vivait seul, mais puisque le voleur squattait son lit, il pouvait se permettre de dormir sur le canapé. Ainsi, si l'autre idiot avait ne serait-ce qu'un soupçon d'idée de fuite, il pourrait l'entendre et intervenir aussitôt. Et de toute façon, son arme était maintenant placée sous son oreiller. Il valait mieux dormir sur ses gardes.

Dormir sur ses gardes, oui. Mais encore fallait-il trouver le sommeil, ce qui n'avait pas du tout réussi à Luka, étant donné qu'il avait à peine dormi pendant les cinq heures restantes. Mais maintenant qu'il était sept heures, il était temps d'appeler le bureau afin de prendre un congé de dernière minute.
Quand ce fut fait, Luka se dirigea vers la cuisine pour préparer un café, tendant bien évidemment l'oreille vers la porte, pour savoir si Kun tenterait de passer. Oh, bien sûr, il aurait pu passer par la fenêtre, mais vu son état, cela reviendrait à du suicide. Et de toute façon, en y réfléchissant bien, il était bien plus en sécurité ici que dehors. Mais mieux valait garder l'œil, on ne sait jamais. Et d'ailleurs, devait-il lui préparer un petit-déjeuner ? S'il fallait qu'il guérisse, il devait manger. Mais qu'aimait-il ? Qu'est-ce qu'on mange en Chine, au petit-déjeuner ? Et puis, rien ne garantissait qu'il souhaite un repas chinois.
Oh, et puis, au diable, hein ! Un café et une crêpe, et c'est tout ce qu'il aurait pour le petit déj !
Sur ces mots, enfin, plutôt, sur ces pensées, Luka alla allumer la télé, tout en prenant soin de ne pas mettre le son trop fort, puis il regarda les informations, qui bien sûr, ne parlaient que du vol raté.
Toutefois, rien d'alarmant, apparemment, personne ne l'avait vu partir avec Kun, et l'inspecteur poussa un soupir de soulagement. Bon, bien entendu, Diengeï, fidèle à lui-même, continuait de se donner le beau rôle dans ses discours. Pff, de quoi dégoûter encore plus le policier, qui ne fit qu'éteindre le petit écran. De toute façon, il venait de se souvenir qu'il fallait acheter des bandages pour Kun. Mais comment faire ? Il n'allait tout de même pas sortir et le laisser ? Non, il devait bien y avoir une autre solution.
Après quelques minutes de réflexions, Luka eut enfin une idée, puis ouvrit la porte d'entrée, avant de descendre de son immeuble pour aller toquer à la porte de la concierge, qui s'ouvrit immédiatement :
Quoi en... Oh, pardon mon petit Luka !
La petite femme rondelette avec les cheveux gris tirés en chignon sembla aussitôt se calmer en apercevant le chouchou de son immeuble. Jeune, beau, adorable avec sa mère, et protecteur des innocents, que fallait-il de plus pour être aimé ? Et par ailleurs, Luka comptait bien en tirer profit, et se dit justement qu'il était bien tombé, puisque la bonne femme était habillée de son habituel manteau bleu et de son foulard sur la tête, son sac à la main:
Vous sortez, madame Kovalevski ?
Eh bien, oui, en effet, je dois faire les courses.
S'il vous plaît, commença Luka avec un air d'homme viril, mais adorable, pourrais-je vous demander un service ?
Euh... Bien sûr, tout ce que tu voudras ! répondit aussitôt la concierge en rougissant.
Je ne peux pas trop me déplacer à cause du travail, et puisque vous allez faire vos courses, pourriez-vous acheter des bandages pour moi ? Tenez, voici l'argent.
Luka déposa les billets dans la main de la bonne femme, qui eut sembla avoir une petite absence, avant de prendre la parole :
Tu n'étais pas obligé, je te les aurai offerts.
Non, j'ai laissé de l'argent en plus, achetez-vous ce que vous voulez, comme un petit cadeau de ma part. Je vous verrai bien avec une jolie fleur dans les cheveux, il faut dire qu'une belle femme doit se parer de belles choses, non ?
Madame Kovalevski ne put s'empêcher de rougir une nouvelle fois, puis hocha la tête avant de quitter l'immeuble, laissant Luka remonter les escaliers, les mains dans les poches. Au moins, son numéro de charme avait marché, et il était impossible que Kun ait réussi à s'enfuir dans un laps de temps si court. Cependant, alors que l'inspecteur arrivait à son étage, il ne s'attendait pas à voir Kun, appuyé sur le mur, en train de le regarder :
Quel beau-parleur tu fais.
Ni une, ni deux, Luka sentit son sang se glacer, et s'empara du bras du voleur avant de l'entraîner à l'intérieur de l'appartement, fermant la porte à double tours derrière lui. Quand, enfin, il se sentit en sécurité, il se retourna :
Non mais ça va pas de sortir comme ça ?! Et si on t'avais vu ?!
Pas de soucis, répondit Kun. De toute façon, personne ne connaît mon visage.
Luka avait très envie de l'étrangler, là, maintenant, tout de suite ! La balle l'avait traversé à l'épaule, pas au cerveau, non ? Ou alors peut-être était-ce encore une manœuvre pour l'embêter ? Oh oui, ce devait être ça, connaissant le personnage.
Lâchant le bras du jeune chinois, l'inspecteur se dirigea vers le salon :
Tu veux manger ? demanda-t-il froidement.
Je prendrai bien des œufs, déclara Kun avec un air narquois.
Non, pas le couteau. Mauvaise idée :
Désolé, c'est café et crêpe, et soit c'est ça, soit tu manges rien et tu retournes au lit. Alors ?
Qu'est-ce que t'es pas marrant, soupira Kun en prenant difficilement place sur la chaise, probablement encore un peu gêné par la douleur.
Tu as encore mal ? intervint Luka. Tu aurais dû te reposer.
T'es trop mignon, mais non.
Apparemment en pleine forme, ce petit... L'inspecteur se demandait vraiment pourquoi il s'obstinait à le garder chez lui, quand il suffisait de le ficher à la porte et de lui faire comprendre sa douleur. Mais non, gardons cela pour plus tard.
Lorsque le café fut terminé, Luka servit deux tasses, puis déposa une assiette de blinis entre Kun et lui, avec du beurre et de la confiture :
Bon appétit.
Merci.
Le petit-déjeuner se déroula sans problème apparent, à l'exception d'un silence lourd et pesant. Luka en profita donc pour allumer une nouvelle fois la télé. Rien de bien intéressant, mais c'était toujours suffisamment distrayant pour éviter les silences gênants.
Et par ailleurs, cela ne dura pas longtemps, puisqu'une heure après, on frappa à la porte. Aussitôt, l'inspecteur se redressa, et ouvrit la porte, laissant apercevoir Madame Kovalevski :
Je te ramène tes bandages.
Merci, madame, c'est très aimable à vous, fit Luka en prenant le sac que la concierge lui tendait.
Sans être indiscrète, à quoi cela va-t-il bien pouvoir te servir ?
Je ne peux pas entrer dans les détails, mais j'en ai besoin dans mon enquête. Vous m'aurez été d'une grande aide, je vous remercie.
Cela devait bien plaire à la bonne femme, puisqu'elle eut les joues rouges une nouvelle fois, puis Luka la salua avant de refermer la porte, pour retrouver Kun dans le salon :
Bon, si tu ne veux pas dormir, tu devrais en profiter pour aller te laver, je referai tes bandages après ça.
Hum... Et si tu venais avec moi ? Je suis faible après tout, j'aurai bien besoin qu'on m'aide.
Si t'étais vraiment faible, tu sortirais pas ce genre de conneries, répliqua sèchement Luka. Allez.
Tout en s'emparant du bras du jeune chinois une nouvelle fois, mais bien sûr, celui qui n'était pas abîmé, l'inspecteur le força à entrer dans la salle de bain, et referma la porte derrière lui, afin qu'il se douche. Quelle plaie, vraiment... Est-ce que ce type avait vraiment vingt-cinq ans ? Diplômé de l'université d'Oxford en plus ! Enfin, diplômé, ça, c'était pas dit, il avait juste dit qu'il y avait fait ses études, pas qu'il les avait réussi. Bon, certes, il était doué, intelligent, rusé, mais ça ne voulait pas dire qu'il avait réussi !
Sa mauvaise foi cachant sa jalousie, Luka alla éteindre la télé, puis commença à faire la vaisselle. Non, lui, il n'était pas comme Kun. Il n'avait fait qu'une minable petite fac à Moscou, et avait dû se battre pour arriver à son grade. Et même si le jeune chinois avait été assez intelligent pour entrer dans une école de renom, l'argent, ça ne poussait pas sur les arbres. Le moscovite n'était pas un fils à papa richissime comme semblait l'être Kun, qui avait l'air d'apprécier qu'on le serve. S'il s'était débrouillé un tant soit peu dans la vie, cela se serait vu dans son comportement, comme accepter de manger ce qu'on lui donne et ne rien réclamer comme un enfant gâté.
La vaisselle terminée, Luka alla s'asseoir sur le canapé en soupirant, puis sortit une douille de sa poche, qu'il commença à tripoter entre ses doigts.
Luka était d'un naturel stressé. Depuis sa plus tendre enfance, s'occuper de sa mère n'avait pas été une mince affaire, et il en était sortit avec une anxiété naturelle qu'il peinait à calmer, même s'il réussissait à la camoufler. Toutefois, l'inspecteur s'était interdit de fumer ou de se droguer. Il avait besoin de ses pleines capacités, s'il voulait rendre sa mère fière de lui. Mais il ne devait pas non plus devenir incapable de courir après les criminels au bout de dix ans parce que ses poumons seraient devenus noirs, juste pour se déstresser avec du goudron de fusée, alors il ne portait jamais de cigarette à ses lèvres.
En revanche, il s'autorisait l'alcool. Tant qu'il n'en abusait pas au travail, cela pouvait aller. Mais parfois, ça n'était pas assez, alors il tripotait des objets sans valeur, et songeait à autre chose.
Sauf que, cette fois-ci, cela ne marchait pas. Peu importe dans quel sens il regardait, il savait que ce ne serait pas simple d'expliquer pourquoi le Voleur au Masque était chez lui. Et merde, pourtant, il aimait beaucoup ce boulot...
…ka...
Hum ?
Luka, j'ai fini.
L'inspecteur se retourna, s'apercevant que Kun était devant la porte de la salle de bain. Et en plus d'être trempé, et de mettre de l'eau partout, il était de surcroît complètement nu ! Mais bon, Luka ne s'en étonnait pas, c'était bien le genre du personnage. Poussant un profond soupir, il se leva et se dirigea vers la salle de bain, afin d'ouvrir un placard et s'emparer d'une serviette qu'il jeta au visage du jeune chinois :
Fais pas aussi ton exhibitionniste.
Je n'y peux rien, je ne voulais pas déranger tes affaires.
Luka se demandait vraiment comment il pouvait tenir debout. Sa blessure semblait le faire atrocement souffrir, car il n'utilisait même pas son bras droit. L'espace d'un instant, le moscovite se demandait même s'il n'aurait pas dû effectivement lui venir en aide pour se laver. Sans doute s'était-il allongé, pour ne pas souffrir.
Mais en dehors de sa blessure, tandis que Kun était en train de sécher, les yeux de Luka s'égarèrent un peu trop l'espace d'une seconde, et il se calma aussitôt en détournant la tête. Bon, oui, un corps fin et agile, c'est très joli à regarder, mais c'était quand même de Kun qu'il s'agissait ! Celui à l'origine de tous ses soucis ! Quand bien même ses cheveux mouillés accentuaient encore plus la beauté de son visage, il était un voleur qui ne pensait qu'à lui-même ! Vraiment, l'inspecteur devait éviter de penser à lui.
Lorsqu'enfin, Kun eut terminé, il enroula sa serviette autour de sa taille, et Luka le fit asseoir, avant de sortir du désinfectant et les bandages acheter par la concierge :
Bon, ne bouge pas.
Sois gentil avec moi.
Luka n'aimait pas du tout le ton mielleux du jeune chinois, ce pourquoi il ne lésina pas sur le désinfectant :
Aïe, ça pique !
Allez, on est un grand garçon, et on se tait !
Tout en appliquant également un peu de pommade, l'inspecteur tenta de placer les bandages du mieux qu'il le pouvait, mais n'étant pas très doué de ses deux mains, ou bien cela ne couvrait pas totalement la blessure, ou bien cela ne tenait pas, ou bien cela couvrait un peu trop le corps. Énervé, Luka serra avec force :
Mais c'est pas possible ! C'est vraiment un boulot de gonzesse, ce truc.
Tu n'es pas très habile de tes doigts.
On dit « de ses mains ».
Oups, j'ai encore des efforts à faire pour maîtriser parfaitement le russe.
Enfin, l'inspecteur poussa un soupir de soulagement lorsqu'il parvint enfin à faire tenir le bandage. Au moins, il avait la paix jusqu'au soir. Puis, tout en se redressant, il s'étira :
Je vais prendre ma douche. Et j'ai fermé la porte, tu ne pourras pas t'enfuir, j'ai la clé sur moi, et mon arme à feu aussi.
Ce n'était pas dans mes intentions.
Luka parut exaspéré, mais au moins, il avait bloqué toutes les issues, ce qui lui permettrait de se laver tranquillement, sans se demander si Kun n'en avait pas profité pour prendre la poudre d'escampette.
Arrivé dans la salle de bain, le moscovite activa le verrou, puis ôta ses vêtements qu'il mit dans un bac à linge, déposa son arme non loin de lui afin de s'en emparer en cas de besoin, et activa l'eau chaude, afin de se plonger dessous. Songeur, il massa ses membres douloureux avec le gel douche sans trop y penser, puis, au bout de quelques minutes, sortit de la douche. De toute façon, il valait mieux ne pas rester trop longtemps, même s'il avait confiance en son propre système. Kun était voleur, oui, mais un voleur blessé. S'il tentait la fuite, il n'irait pas loin.
Enroulant une serviette autour de sa taille, Luka en plaça une autre sur ses cheveux, afin de les sécher plus rapidement, pris son revolver avec lui, puis quitta la salle de bain, afin de se rendre dans sa chambre. Là, il piocha certaine de ses affaires, et enfila vite-fait une tenue de ville classique, tee-shirt blanc ringard et un simple pantalon noir, et arme coincée dans sa ceinture. Il n'allait pas sortir, alors autant se mettre à l'aise.
Tout en revenant dans le salon, Luka s'aperçut que Kun était devant la télé, mais qu'en le voyant arriver, s'était retourné vers lui, et le fixait de ses fins yeux noirs :
Quoi ? demanda Luka.
Non, rien.
L'inspecteur poussa un soupir. S'il n'avait rien à dire, qu'il cesse de le fixer ainsi ! Mais bon, Luka n'avait pas envie de se battre, ce pourquoi il ne fit que s'approcher pour s'asseoir sur le canapé, et regarder l'émission avec lui. Un film bizarroïde que Luka se souvenait avoir vu quand il était petit, avec une histoire de centrale nucléaire. Il n'avait rien compris d'ailleurs :
Tu aimes ce genre de chose ?
Pas spécialement, répondit Kun. Mais j'aime étudier la pensée russe à travers leurs œuvres d'art. Je trouve que la Russie est un pays très riche à ce niveau là.
Je suppose.
As-tu lu Dostoïevski ?
Personnellement, je n'aime pas trop lire les classiques. Ça ne m'intéresse pas.
Et sérieusement, quand il avait seize ans, le jeune homme avait eut autre chose à faire que de lire les bouquins qu'on lui réclamait.
Poussant un profond soupir, le policier observa pendant quelques instants Kun, qui continuait de fixer la télévision intensément. Oui, il était vraiment magnifique. Et en plus, il était extravagant :
Tu comptes t'habiller quand ?
Je n'ai pas d'autres vêtements que ceux d'hier.
Okay, okay.
Luka se redressa, puis alla chercher des vêtements dans son placard. Une chemise blanche, un pantalon léger, et au moins un caleçon propre. Et puis, ça devrait suffire.
En revenant, l'inspecteur s'approcha de Kun, puis lui tendit les affaires :
Tiens.
Merci.
Et en plus, il se changeait sur place. Énervé, le moscovite préféra détourner le regard, et attendit avant d'observer une nouvelle fois le voleur, qui avait gardé sa chemise ouverte :
Je ne peux pas la refermer, tu m'aides ?
Tch, on dirait un gosse.
S'emparant des deux bords de la chemise, Luka fit passer les boutons un par un dans leur trou respectifs. Il n'aimait pas du tout ce qu'il faisait, car il sentait que Kun ne cessait de le fixer, et ça le mettait mal à l'aise. Et par moment, il pouvait aussi effleurer la peau du jeune homme, qui se révélait extrêmement douce, et l'espace d'une fraction de seconde, l'inspecteur eut envie de continuer à caresser.
Mais non ! Enfin, Kun était un homme ! Et en plus, un voleur, un escroc ! Peau douce ou pas, ça ne changeait rien.
Enfin, quand Luka eut terminé, il aida Kun à se rasseoir, mais éteignit la télé :
Maintenant, tu vas répondre à mes questions.
C'est déjà l'heure de l'interrogatoire ?
Oui. Alors, expliques moi : pourquoi vous volez tous ces tableaux ? Qui sont exactement les Yeux du Dragon ? Et puis, je veux comprendre ce qu'ils te veulent.
Ça fait pas mal de questions, dis moi.
Pourtant, Kun ne répondit pas tout de suite, ne faisant que prendre un coussin, afin de s'appuyer un peu mieux dessus. Inspirant alors profondément, il afficha un sourire, et répondit :
Et je ne te répondrais pas tout de suite.
Pardon ?!
Non, je veux d'abord en apprendre plus sur toi. Voilà le marché. Je te pose une question, et tu m'en poses une, et on fait ça une fois par jour. Et quand je serai remis, j'accepterai de te suivre au commissariat sans fuir, et je dirai même que c'est toi qui m'as attrapé alors que je sortais de chez celui qui me planquait.
C'est quoi ce plan foireux ?! Tu y gagnes quoi là-dedans ? C'est trop louche !
Tu veux savoir, oui ou non ?
Luka avait beau étudié le marché sous toutes les coutures, il trouvait ça trop étrange. Néanmoins, il ne voyait aucun réel danger, il devait donc accepter le marché s'il souhaitait avoir des informations. Et puis, au moins, il pourrait peut-être conserver sa plaque comme ça :
D'accord. Vas-y, poses ta question.
Parfait, fit Kun avec un grand sourire. Alors en premier, parle-moi de ton enfance.
Pardon ?
L'inspecteur était interloqué, et redevint aussitôt méfiant :
Je croyais que Marisa et vous, vous saviez déjà tout de moi, déclara-t-il en fronçant les sourcils.
On ne sait pas tout, quand même. Et puis, on n'a que les informations administratives. Moi je veux connaître tes sentiments.
… T'es un genre de maniaque, c'est ça ?
Je veux juste savoir chez qui je vis.
Luka poussa un profond soupir. Il n'aimait pas voir Kun retourner ses mots contre lui, mais bon, il n'avait pas le choix. S'emparant de la bouteille de vodka qui traînait encore sur la table basse, l'inspecteur dévissa le bouchon, puis répondit :
Je suis né à Moscou, et j'ai jamais quitté cette ville. J'ai eu une enfance tout à fait banale, et mon père s'est tiré, comme dans beaucoup de familles. J'avais dix ans, et je me souviens que c'était le soir de mon anniversaire. Il m'avait offert la maquette d'un sous-marin. J'en rêvai depuis assez longtemps. Il n'arrêtait pas de sourire, même s'il semblait un peu ailleurs. Et la nuit venue, il s'est barré. Je l'avais surpris, mais il m'avait promis de revenir. Le coup classique du « je vais chercher un paquet de cigarette ».
Buvant une gorgée d'alcool afin d'éviter de se sentir trop malheureux à l'idée d'évoquer à nouveau ce souvenir, Luka prit quelques minutes avant de reprendre. Il ne savait pas pourquoi il se confiait si vite à Kun. Le mettait-il en confiance ? Pourtant, c'était un voleur... Mais en même temps, cette promiscuité lui faisait du bien, et le jeune chinois dégageait une certaine aura tellement remplie de secret que lui en confier un autre assurerait qu'il serait bien gardé :
Ma mère ne l'a pas supporté. Au fil des années, elle a commencé à perdre la tête. Elle n'allait plus au travail, quittait la maison sans prévenir pour traîner dans la rue, ne mangeait pas parfois pendant des jours... Et du coup, c'était à moi de m'occuper d'elle. Plusieurs fois, j'ai dû sécher les cours pour aller la chercher, et quand elle a été virée, j'ai du prendre un petit boulot à côté. Du coup, j'ai mis du temps avant de finir ma scolarité, et j'ai dû changer plusieurs fois d'établissement.
Tu as tabassé un élève.
Ouai, ça doit être marqué quelque part je suppose. C'était stupide de répondre avec les poings, mais je ne supportais pas que l'on tire profit de la faiblesse de ma mère pour répandre de sales ragots sur elle. Cet espèce de salop s'était vanté un peu partout qu'il avait couché avec elle et qu'il serait prêt à donner mon adresse pour que les autres aillent la voir. Je lui ai cassé la gueule, et j'ai été viré. J'ai redoublé ma onzième année, mais j'ai réussi à avoir mon diplôme. À ce moment, j'ai décidé de faire interner ma mère pour qu'elle soit protégée et qu'elle accède enfin aux soins nécessaires. J'ai eu du mal à trouver une fac qui veuille de mon dossier entaché par mes erreurs, mais j'ai pu réussir après à m'en sortir, et je suis entré dans la police.
Parler de son passé n'était pas une chose aisée, surtout avec quelqu'un qu'il connaissait à peine, et, de surcroît, un voleur aux goûts tendancieux. Mais bon, peut-être que c'était justement cette idée d'inconnu qui le mettait plus à l'aise pour en parler :
Rien de bien intéressant donc.
Si. Tu es exactement comme je l'imaginais.
Les yeux noirs de Kun détaillaient Luka avec un regard perçant, ce qui mit l'inspecteur mal à l'aise. Poussant un nouveau soupir, il répliqua :
Arrêtes avec tes propos douteux. Maintenant, à mon tour, et tu n'y couperas pas. Dis-moi enfin...
Réfléchis bien, coupa Kun, une seule question.
Je veux connaître votre but, à toi et à Marisa.
Le jeune chinois ne sembla pas étonné. Il devait probablement s'y attendre. L'une de ses mains se dirigea vers une de ses mèches de cheveux, qu'il se mit à tortiller :
Hum... Disons... Que ce que nous recherchons est assez complexe.
Essaye toujours.
Dis-moi juste ce que tu sais.
Vous ne volez que des tableaux de peintres russes du début du XXe siècle. Marisa m'a dit que vous comptiez même les restituer. Est-ce la vérité ?
Oui, quand on n'en aura plus besoin.
À quoi peuvent bien vous servir des tableaux ? À part les regarder...
Kun parut l'air amusé, ce qui agaça Luka. Comment faisait-il pour trouver la moindre occasion de l'embêter ? Il était réellement surprenant :
Parce que ce ne sont pas des tableaux ordinaires. Quand tu commences à peindre, au début, tu fais une esquisse au crayon. C'est ce qu'on appelle l'ébauche. Or, tous ces tableaux ont une ébauche particulière.
C'est-à-dire ?
Un plan, des indices. Tout pour nous mener au Crystal Heart.
Le  Crystal Heart ?
Une pierre précieuse, unique au monde. Tous les plus grands du monde à travers l'Histoire ont tenté de se l'approprier. Je ne pourrai même pas de citer de noms tellement il y en a. Et en vérité, personne ne l'a jamais trouvée, car cette pierre est protégée par une confrérie. Une confrérie qui s'est éteinte, mais qui a tenu à protéger son secret par tous les moyens.
Et ces tableaux ?
Chacun des peintres a fait partie de la confrérie. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé au début du XXe pour qu'ils décident de laisser des indices, mais toujours est-il que grâce à ça, Marisa et moi, on pourra la localiser.
Pendant quelques secondes, Luka resta sceptique. Son menton appuyé sur ses mains entrelacées, l'inspecteur fixait Kun en analysant tout ce qu'il venait de lui dire, puis redressa la tête :
Alors vous n'êtes que des vulgaires chasseurs au trésor ? Je m'attendais à mieux...
Navré de te décevoir.
Mais quel rapport avec les Yeux du Dragon ?
On cherche à l'avoir avant eux.
Pourquoi ?
Tu sauras demain.
Surpris par cette brusque réponse, Luka se redressa immédiatement :
Comment ça, demain ?!
Une question par jour on a dit.
Je viens de t'en poser au moins quatre ou cinq d'un seul coup. Alors qu'est-ce qui te retient de révéler le reste.
Mon sens de l'honneur.
Si l'inspecteur le pouvait, il giflerait bien ce voleur insolent. Mais cette réponse si hors contexte le blasait tellement qu'il préféra s'abstenir, mettant alors ses mains dans ses poches :
Comme tu veux, mais demain, tu n'échapperas pas à mes questions !
J'en tremble de peur, se moqua Kun.
N'en profites pas parce que tu es blessé.
Que c'était rageant ! Mais le moscovite ne pouvait rien changé, ce pourquoi il ne fit que soupirer. La semaine allait être longue.

 Le reste de la journée se déroula sans accrochage. Le lendemain également, même si cette fois, Luka avait tout fait pour en apprendre plus, et interroger Kun. Le cirque dura ainsi jusqu'au troisième soir. Entre temps, l'inspecteur avait appris que les Yeux du Dragon était une organisation mafieuse chinoise, plus terrifiante encore que les Triades, et pourtant bien moins connue, et qui depuis quelques années, cherchait à mettre la main basse sur le Crystal Heart. Luka avait du mal à comprendre en quoi une simple pierre précieuse pouvait être utile à une organisation déjà immensément riche. Pourtant, Kun avait répondu qu'il ne savait pas, mais qu'il devait les en empêcher.
En échange, Luka avait dû révéler pas mal de chose sur sa vie personnelle. Les difficultés affrontées lors de son entrée dans la police, sa relation avec son père... Beaucoup de choses y étaient passés, et l'inspecteur ne comprenait absolument pas l'entêtement de Kun à savoir des choses sur lui. Et d'ailleurs, finalement, Luka ne savait pas non plus grand chose du voleur chinois. À part qu'il avait vingt-cinq ans, fait des études à Oxford... Rien du tout.
Pour la blessure de Kun, celle-ci se cicatrisait. Lentement, mais sûrement, et elle avait meilleure allure qu'au début. Et puis, au moins, le voleur parvenait à bouger un peu le bras, même si son épaule le faisait souffrir. Bon, les choses s'arrangeaient petit à petit.
Assis tous les deux sur le canapé, les deux colocataires provisoires étaient tout deux en train de boire. Luka ayant commandé un nouveau pack de vodka, il comptait bien en profiter. Et puis, ça ne ferait pas trop de mal à Kun, même si ce dernier n'avait pas trop l'air d'apprécier. Tant pis pour lui, l'inspecteur ne s'en priverait pas.
Il était vingt-deux heures. L'inspecteur avait déjà posé sa question quotidienne depuis longtemps. Pourtant, sans même comprendre pourquoi, il se mit à demander :
Au fait, tu as une famille ?
Pardon ?
Kun avait l'air étonné. Tiens, c'était rare de voir une telle expression sur son visage. Il était plutôt mignon comme ça d'ailleurs, l'air presque innocent :
Ben ouai. Des parents, un frère, une sœur...
J'ai perdu ma mère quand j'avais huit ans, si c'est ça qui t'intéresse. Et je ne parle plus à mon père et mon frère.
Ah bon ? Pourtant, c'est la famille, ce qu'il y a de plus important. Même si t'es un voleur, tu devrais au moins les contacter.
Non. Et je n'ai pas envie d'en parler.
Cette fois-ci, Kun avait l'air presque énervé. Inspirant profondément, il s'empara d'une canette de vodka, et l'enfila d'un seul coup. Luka connaissait ça, c'était le signe de quelqu'un qui ne voulait pas penser au passé. Oh, d'ordinaire, il aurait laissé tomber. Mais là, allez savoir, avec une bonne dose d'alcool et un instinct de flic, il n'était pas prêt de lâcher l'affaire :
C'est pas joyeux tout ça. Et t'as pas une fiancée ? T'es plutôt bien foutu, tu devrais avoir au moins une copine.
Merci, ravi de voir que je te plais.
Mais non, pas moi !
Et je n'ai pas de petite amie, non. Les filles ne m'intéressent pas.
Sur le coup, Luka faillit s'étouffer avec la vodka de sa canette, et mit quelques instants avant de reprendre son souffle. Il aurait dû s'en douter, c'était évident. Pourtant, quelque part, Luka avait espérer que ça soit le cas. Pourquoi ? Il ne le savait même pas. C'était stupide :
Alors, pas de copine ?
Je viens de dire non, insista Kun. J'admire les femmes pour leur beauté et leur mystère. Mais je ne suis pas sexuellement intéressé par elle, si tu comprends mieux comme ça.
Merci, j'avais compris, répliqua Luka en fronçant les sourcils. Pourtant, j'étais sûr que tu sortais avec Marisa.
Ce n'est pas parce qu'on travaille ensemble, que l'on couche ensemble. Et même si j'aimais les femmes, je préférerai ne pas saboter notre travail.
Luka était étonné. Lui qui avait crû le contraire à un moment. Bizarrement, il eut l'impression d'être soulagé. Étrange, comme réaction. Par ailleurs, le voleur dû s'en apercevoir, puisqu'il s'approcha de l'inspecteur :
Pourquoi ? Marisa t'intéresse ?
Le moscovite eut l'air pensif. Oui, ce serait une explication logique, après tout. S'il savait Marisa libre, il était normal qu'il se sente soulagé. C'était plus que compréhensible, non ?
Il faut dire qu'elle est mignonne, répondit Luka, et qu'elle a l'air très intelligente. Bon, elle a un caractère spécial, mais ça pimente un peu.
Oui, c'était une très belle femme. En plus, l'inspecteur venait justement de rompre avec Natasha, alors pourquoi se priver ? Bon, un autre obstacle se dressait : le fait que ce soit une criminelle. Mais ça... Il le verrait bien plus tard.
Du moins, le pensait-il, car, n'ayant pas remarqué le regard noir de Kun, Luka ne s'attendait absolument pas à voir ce dernier se jeter sur lui, le plaquant alors sur le canapé. L'immobilisant de ses mains, Kun toisait l'inspecteur avec un regard à la fois triste et déterminé :
Qu... Qu'est-ce qui te prend ?!
Tu es vraiment stupide !
Kun avait une expression tordue de douleur. Luka pouvait sentir que son épaule le faisait souffrir, et s'appuyé de tout son long sur l'inspecteur ne l'aidait pas à se sentir mieux. Tentant en vain de gesticuler, le moscovite ne parvenait pas à se dégager, sans doute à cause de l'alcool, ou parce qu'il était en mauvaise position pour se défendre :
Une canette, ça te suffit pour perdre la tête ?
Je ne perds pas la tête. C'est toi qui ne comprends rien. Depuis notre première rencontre, tu n'as jamais rien comprit.
L'étreinte des mains de Kun se resserra sur les poignets de Luka. Mal à l'aise, ce dernier tenta tant bien que mal de s'emparer de son arme à feu, afin d'inciter le voleur à s'écarter, mais Kun, plus rapide, s'en empara, avant de la jeter plus loin. Agacé, l'inspecteur répliqua :
Tu arrêtes ta crise d'ado ?! Qu'est-ce que tu veux, enfin ?!
Toi.
Puis, sur ces mots, le jeune voleur se pencha en avant, et embrassa passionnément Luka. Ce dernier, fort étonné, tenta encore une fois de se dégager. Toutefois, il ne se sentait pas aussi combatif que d'habitude. Normalement, il aurait déjà dû mordre Kun, afin de le faire reculer. Mais cette fois-ci... Non. Rien du tout. Il n'avait pas envie de lutter. Après tout, les baisers du voleur étaient si agréables, si envoûtants. Presque aussi charmeurs que ceux d'une femme. L'alcool le rendait-il plus mou ?
Apparemment non, certainement pas au bon endroit.
Sentant que Luka n'avait pas envie de résister, Kun se décida à décoller ses lèvres, puis se laissa juste retomber sur l'inspecteur, tremblotant. Il avait probablement encore un peu mal, et Luka ne put s'empêcher de passer sa main sur le dos du voleur, jusqu'à son épaule, caressant sa peau nue et ses bandages. Son corps était si doux, et ses tremblements presque sensuels. Luka ne savait pas ce qui lui prenait. Tout doucement, sa main monta encore un peu plus, et glissa ses doigts entre les cheveux de Kun. Ses cheveux si soyeux.
Le jeune homme sentait qu'il devait s'arrêter là. Il le fallait, ou il risquait de perdre le contrôle. Mais cette petite voix, celle qui lui chuchotait toutes ces mises en garde, fut rapidement balayée, et Luka prit le visage de Kun pour le rapprocher du sien afin de l'embrasser.
C'était bien la première fois que c'était lui qui prenait l'initiative. Pourtant, loin d'être surpris, Kun ne fit qu'afficher une mine réjouie, voire même narquoise. Luka en était agacé, mais il ne voulait pas s'arrêter pour autant.
Pendant le baiser, l'inspecteur fit lentement glisser sa main le long du dos de Kun, avant d'arriver le plus bas possible. Tout doucement, cette dernière s'infiltra sous le pantalon du voleur pour caresser ses fesses. Loin d'en être gêné, Kun fit durer encore plus longtemps le baiser, tandis que ses propres mains tentaient tant bien que mal de défaire la chemise de l'inspecteur, avant de descendre ses lèvres à son cou.
Luka, excité en sentant la langue humide de Kun effleurer sa gorge, dressa alors automatiquement le genou, plaquant sa jambe entre celles du jeune voleur. Laissant échapper un léger gémissement, Kun colla son corps un peu plus fort à celui de l'inspecteur.
Luka ne comprenait pas. Son corps était peut-être fin, mais il lui manquait une poitrine. À l'inverse, là où il aurait dû ne rien trouver, il y avait bien quelque chose. Et sa voix lorsqu'il prenait du plaisir n'avait absolument rien de féminin, et se trouvait même être grave et monotone. Et pourtant, le jeune homme ne s'en déplaisait pas, bien au contraire. Mais comment cela était-il possible ?
Trop envoûté par ses propres désirs, Luka oublia bien vite de réfléchir, et remonta sa main pour entourer le cou de Kun, avant de l'embrasser, puis bascula sur le côté, oubliant qu'ils étaient sur le canapé. Toutefois, ne voulant pas que le voleur se fasse mal, l'inspecteur stoppa les dommages en protégeant sa blessure. Mais cela n'empêcha pas les deux hommes de se retrouver au sol, l'un sur l'autre.
Quand bien même protégé par le bras de Luka, Kun ne put s'empêcher de grincer. Même si sa blessure avait été épargnée, le sol était loin d'être un endroit confortable, surtout pour ce qu'ils étaient en train de faire. Mal mis, le jeune voleur avait mal au dos et aux reins, et l'inspecteur s'en rendit bien compte. Tout doucement, les bras de Kun entourèrent son cou, puis il se redressa pour chuchoter à l'oreille de Luka :
Allons dans ta chambre.
Luka était hésitant. Mais maintenant qu'il était parti, impossible de se retenir. Sans trop le brusquer, l'inspecteur redressa Kun, afin de le remettre debout, puis les deux hommes se dirigèrent silencieusement vers la chambre. Silencieusement, parce qu'ils ne parlaient pas. En revanche, le voleur, s'étant relevé, avait saisi l'occasion pour embrasser une nouvelle fois Luka, guidant ce dernier jusqu'à la porte. Et pendant qu'ils se déplaçaient, les mains baladeuses de l'inspecteur ne purent s'empêcher de se glisser un peu partout, alors que celles de Kun lui retiraient déjà sa chemise déboutonnée.
Arrivés dans la chambre, Kun et Luka se laissèrent retomber sur le matelas, cette fois-ci, l'inspecteur sur le voleur. Même dans le noir, la lumière provenant du salon permettait au moscovite de voir le visage de Kun, ou du moins, d'en distinguer les traits. Il commençait déjà à transpirer, et ses yeux brillaient légèrement, ce qui excita un peu plus Luka, trouvant son visage encore plus magnifique.
Tout en mordillant le cou du voleur, Luka fit glisser ses mains le long de son torse, passant par le ventre, avant d'arriver en zone rouge. Mais il ne fallait pas se presser, ce pourquoi le jeune homme ne fit que presser un peu, en frottant avec sa main, arrachant un gémissement de plaisir à Kun.
Et d'ailleurs, en parlant de ce dernier, celui-ci commençait à devenir rouge, toutefois, il n'avait pas l'air d'en être gêné. Pendant quelques minutes, Luka se demanda s'il n'avait pas justement l'habitude d'être au lit avec un homme. Combien avant lui l'avaient touché comme il le faisait actuellement ? L'inspecteur fut agacé par cette simple pensée, et se mit à mordre férocement le cou de Kun, lui laissant une trace rouge. Ce dernier, quoiqu'un peu surpris, ne fit qu'agrandir son sourire, et ses mains en profitèrent pour griffer le dos de Luka, avant de descendre pour défaire du bout des doigts la fermeture de son pantalon.
Mais Luka se fichait complètement de ce que le voleur pouvait faire, et le laissa donc agir à sa guise, tandis que ce dernier caressait avec insistance la partie intime du jeune homme. L'inspecteur était tout rouge, mais n'en démordit pas et descendit ses lèvres afin de mordiller la peau de Kun au niveau du torse, jusqu'à l'un de ses tétons. Kun, par contre, ne se privait pas de gémir, sans trop en faire pour autant. Luka y reconnaissait bien la provocation, et plongea en plein dedans.
Néanmoins, le voleur parvint à se dégager de l'étreinte de Luka, puis, tout doucement, se laissa glisser, jusqu'à ce que son visage soit face à la partie intime du jeune moscovite, qu'il s'empressa de mettre en bouche.
Cette fois-ci, Luka ne put s'empêcher de se sentir gêné, mais dans sa position, il ne pouvait pas faire grand chose, au risque de s'effondrer. Et même s'il fallait avouer que Kun était talentueux dans ce domaine, c'était quand même un homme qui était en train de le lui faire, et pour un hétérosexuel, du moins se déclarait-il toujours ainsi, c'était quelque chose de très embarrassant.
Mais même si gênant, ou inconcevable, cela ne changeait rien au fait qu'au bout de quelques minutes, Luka poussa un profond soupir, et Kun retira sa bouche, couverte d'un liquide blanc et chaud. Puis il retourna à son point de départ, affichant un grand sourire provocateur :
Tu en as mis du temps.
Agacé par sa réplique, Luka ne fit que bloquer les poignets du voleur avec force, d'une seule main, puis s'empressa de lui ôter son pantalon, le laissant alors en caleçon sur lit, avant de caresser à son tour la partie intime de Kun. Ce dernier, pourtant loin d'être embarrassé, sembla même y prendre encore plus de plaisir, et tentait de dégager ses mains du mieux qu'il le pouvait en contractant les muscles. Il était intenable. Mais Luka ne voulait pas s'arrêter, préférant rester dans cette position, avant de lécher le cou du voleur.
Enfin, après quelques minutes, à son tour, Luka arrêta lorsqu'il sentit un liquide chaud couler sur sa main. Kun avait les yeux brillant, et sa respiration était forte et rapide, bien que reposée à présent. Mais l'inspecteur n'était pas près de le lâcher, ce pourquoi il se redressa, avant d'ouvrir le tiroir de sa commode pour sortir un préservatif.

Désormais nus, Kun était allongé sur le ventre, et Luka sur lui. Pas la peine de prendre des gants, et l'inspecteur n'y alla pas par quatre chemins. Après tout, il l'avait déjà fait avec des femmes, et le voleur semblait avoir l'habitude, alors pourquoi se retenir ?
Alors qu'il était à l'intérieur, Luka laissa échapper un soupir. Sa respiration était rapide et saccadée, tandis que Kun, de son côté, gémissait avec difficulté, tirant les draps de son côté, comme si s'agripper lui permettait de gérer la situation. Les mouvements de Luka étaient peut-être doux, mais ils demeuraient tout de même efficaces, et le voleur en eut presque les yeux humides.
L'inspecteur, de son côté, tentait de gérer la situation du mieux qu'il le pouvait, et, alors qu'il accélérait la cadence, il se mit à lécher doucement le dos de Kun pour remonter jusqu'à sa nuque. Sa peau avait un goût salé, car il transpirait, et ses muscles se tendaient encore plus au contact de sa langue. Mais, doucement, la main droite de Luka glissa le long des reins de Kun, longeant son torse, puis son bras droit, avant de serrer celle du voleur. Surpris, le jeune chinois cligna des paupières, mais préféra se laisser faire, et serra plus fort les doigts de Luka entre les siens.
C'était épuisant, très physique, mais en même temps très agréable. L'inspecteur n'aurait jamais pu se douter que faire ça avec un homme pouvait être si bon. Accélérant encore un peu plus le rythme, Luka sembla effleurer un point sensible, car Kun se crispa encore plus, puis se mit presque à crier, avant que l'inspecteur ne le bâillonne avec sa main droite. Gémir, peut-être, mais crier n'était pas le summum de la discrétion, et Luka savait qu'il avait des voisins avec une bonne ouïe. Inutile de provoquer un scandale.
Toutefois cela n'empêcha pas Kun de continuer à se lâcher, à travers la paume de Luka. Ses cris étouffés durèrent encore plus longtemps, jusqu'à ce que Luka ne finisse par tomber de fatigue, et se retire enfin. Il était épuisé, mais heureux en même temps, et Kun semblait être dans le même état. Finalement, l'inspecteur craqua, puis tomba de fatigue, s'effondrant sur le voleur, avant de s'endormir profondément.

C'était doux, et chaud. Luka connaissait cette sensation. Il ressentait la même à chaque fois qu'il passait la nuit avec une femme. Le réveil était bien souvent ce qui était le plus agréable, après l'acte en lui-même, car il prenait plaisir à voir sa petite amie dormir comme un ange, tout en profitant du fait qu'il pouvait rester un peu plus longtemps au lit.
Mais, cette fois-ci, c'était complètement différent. Luka se réveilla avec une migraine épouvantable, ayant presque l'impression qu'un marteau-piqueur était en train de marteler dans sa tête. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas prit une telle cuite.
Clignant des yeux, l'inspecteur mit quelques secondes, avant de distinguer le paysage. Il faisait encore nuit dehors, il devait être assez tôt. Mais ce qui marqua le plus Luka, c'était fort probablement le fait qu'il venait de se rendre compte qu'il s'était endormi sur Kun, et que tous les deux étaient complètement nus.
Pendant quelques instants, le jeune moscovite se mit à réfléchir, puis, quand les souvenirs de la veille lui revinrent en mémoire, Luka devint rouge, puis se redressa en chuchotant :
Non... C'est pas possible... C'est pas...
Saisi d'un doute, l'inspecteur souleva le drap, puis regarda quelques instants vers le bas, avant de le remettre en place. Si, c'était bel et bien arrivé.
En plus de sa migraine, la gêne que ressentait l'inspecteur le mit plus que mal à l'aise. Essayant de trouver un moyen pour ne pas penser à cette histoire, Luka chercha des yeux son caleçon, puis l'enfila, avant de s'asseoir sur le rebord du lit, le plus loin possible de Kun. Sa tête entre ses mains, le moscovite n'arrivait plus à comprendre ce qui l'avait poussé à faire ça :
Mais j'ai perdu la tête, hier soir ! Comment c'est possible qu'une telle chose soit arrivée ?!
Bien entendu, il chuchotait lorsqu'il se parlait à lui-même. Manquerait plus que Kun se réveille. Luka préférait ne pas y penser.
Son regard se dispersa un peu partout dans la chambre, puis, par hasard, tomba sur une bouteille de vodka dressée près du lit. Tout en s'en emparant, l'inspecteur se sentit mal à l'aise, mais aussi très énervé :
Et t'étais pas censé me rendre impuissant, toi ?! C'est vraiment de la publicité mensongère dans tous les sens.
Reposant vivement la bouteille sur le côté, Luka se décida de se retourner pour regarder Kun, mais cette fois-ci, plus longuement.
Il n'y avait pas à dire, le jeune chinois était vraiment magnifique lorsqu'il dormait. Son visage d'ange n'était plus déformé par ses sourires narquois et ses mines moqueuses, mais restaient apaisées, comme si plus rien ne pouvait lui arriver. Si Luka savait qu'il l'avait épuisé la veille, il ne pouvait s'empêcher de le trouver mignon, à dormir si insouciamment chez lui. Tout doucement, sa main vint caresser le visage de Kun, écartant quelques mèches de cheveux au passage :
Tu profites déjà ?
Apparemment, le jeune chinois ne dormait pas, car c'était lui qui venait de prononcer cette phrase, ouvrant les yeux en même temps. Surpris, Luka recula, puis tomba du lit, sur le derrière. Ah, ce n'était pas agréable du tout !
Tu ne dormais pas ?!
Je ne dors jamais sur mes deux oreilles, répondit Kun en se redressant, les draps du lit cachant le plus important. Mais je dois avouer que j'étais très fatigué après cette nuit. Tu m'as réveillé, à parler tout seul.
Et merde.
Je n'étais pas dans mon état normal hier !
Oui, j'avais remarqué, fit ironiquement le voleur. Mais ça ne t'a pas empêché d'agir. Et même plutôt bien, je n'ai pas eu trop mal.
Ta gueule.
C'était très gênant d'entendre ça. Non, Luka aimait les femmes. Il était hétéro, à cent pour cent ! Il venait tout juste de rompre avec Natasha, et ça n'était pas pour aller se jeter dans les bras d'un homme ! Et de surcroît, le voleur qu'il devait arrêter :
Mais ça ne veut rien dire !
C'est à toi de voir.
Kun affichait un air sérieux cette fois-ci. Brusquement, Luka se sentit mal à l'aise, et retourna s'asseoir sur le lit, près du voleur. Le Kun moqueur habituel venait de laisser sa place à un jeune homme au regard déterminé. Ses yeux noirs étaient vraiment magnifiques :
C'était important, pour toi ? demanda l'inspecteur.
Reste à voir si ça avait une signification pour toi.
Je...
Soudain, une mélodie se fit entendre. Surpris, Luka tourna la tête. Cela venait du vieux pantalon de voleur de Kun. Ce dernier ne tarda pas à réagir, d'ailleurs :
Ce doit être Marisa. Peux-tu me le donner, s'il te plaît ?
Je me demande si je devrai.
Donne moi ce téléphone.
Le regard de Kun était tellement résolu, que Luka, ne sachant si c'était par intimidation ou par gêne, décida d'accéder à sa requête, se redressant pour aller chercher l'appareil, avant de lui ramener :
Tiens.
Merci.
Kun prit le téléphone, puis décrocha avant de répondre. Poussant un soupir, Luka, de son côté, décida d'aller récupérer son arme, se souvenant que le voleur le lui avait prise la veille. Heureusement qu'il ne l'avait pas gardé.
Farfouillant un peu dans le salon, l'inspecteur put enfin retrouver son pistolet, et décida de le ranger dans sa sangle. Il la mettrait lorsqu'il s’habillerait.
Décidant donc de revenir dans la chambre, Luka fut surpris de retrouver un Kun blanc, et tremblotant :
Marisa ! Calm down ! How are they ?
Surpris, Luka s'approcha. Marisa avait-elle des problèmes ?
You have to hide yourself. I'm coming, quickly !
Puis, sur ces mots, le voleur raccrocha, et chercha en vitesse son caleçon, avant de l'enfiler à son tour. Mais contrairement à Luka, il continua avec d'autres vêtements, et semblait complètement paniqué. Inquiet, l'inspecteur s'approcha :
Il s'est passé quelque chose ?
Les Yeux du Dragon. Ils ont découvert notre cachette ! Ils sont en train de forcer l'entrée, et Marisa est toute seule !

©copyright

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire