30/10/2011

The Bitter Flare - Chapitre 2



Chapitre 2 : Hot-blooded


-       Eh, Grimm… Grimm !
-       Mmm.
            Le jeune homme leva ses yeux d’un air las. On l’avait encore dérangé.
-       T’as vu le petit blond à côté de Babylone ? questionna la jeune femme qui se trouvait à côté de lui. Il est à croquer, mignon comme tout !
            Grimm ne pris même pas la peine de tourner la tête. Rien à faire, il s’en fichait comme de son premier pas.
-       Mmm. Fit-il sans vraiment écouter.
-       Mais regarde enfin ! Je suis sûre qu’il va te plaire !
            Elle lui dévissa presque le cou en le forçant à observer le petit minet… Ou plutôt le petit renard.
            C’est vrai qu’il était pas mal, ce garçon. Bien bâti, malgré sa courte taille (1m65 environ, tous les renards étaient petits de toute façon), il était débordant de vitalité. Les yeux de Grimm s’étrécirent lorsqu’il perçut le malaise du jeune homme. Ah, vif, mais méfiant. Cela lui rappelait quelqu’un.
            Cela étonna la jeune femme lorsqu’elle vit une lueur d’intérêt éveiller le regard de Grimm. Cela était rare, il était plutôt du genre blasé d’habitude. Elle sursauta lorsqu’il se releva de son attitude pataude et s’éloigna.
            Il se fondit et disparu dans la foule, un sourire à peine dessiné sur les lèvres.

*

            Aaaah, je me sens pas bien. J’ai l’impression que tous les regards sont tournés vers moi… et je ne dois pas être si loin de la vérité.
            Babylone à réussi à me traîner à ce satané Bal des Sorcières. Pour faire cours, j’ai été piégé depuis le début de cette histoire. Babylone n’a pas choisi de m’enlever à Paris au hasard. Il avait prémédité son coup depuis belle lurette. Le carrefour des civilisations, ben maintenant je connais le sens de cette phrase.
            Je passerai sur la manière dont Babylone a usé pour m’amener ici, ce n’est pas vraiment à mon honneur… enfin j’y suis, et c’est là que ça se complique pour moi. Vous vous souvenez lorsque j’avais dit que le Bal des Sorcières n’était pas fait pour ça ? Ben, je confirme, et je vais même vous expliquer pourquoi mon échine frémit non-stop depuis tout à l’heure.
            Je ne vois que des pontes du monde souterrain des yôkais. Le bal des Sorcières, c’est le bal organisé à chaque nouvelle saison par la sorcière Babayaga, l’une des plus puissante créature dont j’ai entendu parler. Autrement dit, c’est VIP de chez VIP. Je crois même qu’à pars pour les serviteurs, je suis l’invité au rang le plus faible. Pas cool. En tout cas tout est clinquant et pompeux.

            Des domestiques polis nous ont accueillis avec un grand sourire (un peu crispé cependant), car certains démons ne peuvent entrer dans une maison sans y être invités (ce qui n’est pas mon cas, mais bon…). Nous avons alors accédé dans un hôtel particulier richement décoré. C’est là que je me suis aperçu de mon erreur. L’odeur lourde des démons hyper puissants assailli mon nez trop sensible. Babylone a resserré sa prise sur moi en sentant mon raidissement (en fait, il ne me lâche plus depuis que l’on est sortis de la voiture, de peur que je m’enfuie encore). J’ai pilé net et tenté de ressortir, mais c’était trop tard. Tous les yeux semblent êtres braqués sur moi. Je suis piégé.
            Il faut dire que l’entrée de Babylone n’est pas passée inaperçue. Même au milieu de tous ces yôkais son pouvoir est net, presque tranchant. Je m’aperçois avec horreur qu’il est sans encore plus puissant que je ne le croyais. Deux serviteurs et le majordome viennent spécialement le recevoir en m’ignorant. En fait, je réalise qu’ils me prennent pour un laquais lorsqu’ils essayent de me refiler le manteau de cet abruti. Lui aussi a compris ça, et ça n’a pas l’air de lui plaire. Il leur assène de toute sa hauteur :
-       Il m’accompagne.
            …Ouah, j’aurais imaginé mieux comme phrase d’accroche, quand même.
            Je suis au bord des nerfs Imaginez que vous êtes un steak au milieu de loups affamés et vous verrez un peu comment je me sens. Je sais que personne n’osera s’approcher de Babylone, alors je me tiens près de lui. Je sens presque sa chaleur corporelle et, bizarrement, ça me rassure. Tant qu’il est là, tout ira bien.
            Nous arrivons dans le grand salon, pièce principale de l’événement. C’est tout aussi huppé qu’ailleurs, sauf que là, il y a plus de monde. Ça fait encore plus d’yeux qui me dévorent.
            Youpi.

            Presque tout le monde est sous forme humaine. Je reconnais plusieurs personnes célèbres dans les visages qui défilent devant moi. Beaucoup se retournent à notre passage. Ils s’inclinent d’abord respectueusement vers Babylone avant de m’observer avec envie. J’en vois même un qui se lèche les babines en gloussant. J’entends murmurer :
-       Babylone a apporté son repas, ce soir.
-       Il a l’air délicieux, tu crois qu’il nous laissera partager ?
-       Tu rêves debout, toi !
            Ça me fait froid dans le dos, vraiment. Est-il possible, Ô grandes divinités, que je sorte vivant de cette soirée ?! Si oui, je promets de ne plus jamais me plaindre… enfin dans la mesure du possible.
-       Eh, je crois que je n’aurais pas dû venir, semblé-je avoir dit.
            À vrai dire, je ne reconnais même pas ma voix. Elle est rauque et grave comme si j’avais trop toussé. Je ne me sens pas très bien ici. J’ai le nez dans mes chaussures tellement ça m’ennuie.
            Babylone ne m’écoute pas. Il balaye ma complainte d’un geste nonchalant, ce qui me fout encore plus en rogne. Il insiste pour m’emmener ici, et voilà qu’il m’ignore ! ça ne se passera pas comme ça !
            Je sais ce que vous vous dites. Je suis en train de passer mes nerfs sur ce pauvre Babylone chéri qui n’a rien de mieux à faire que de pourrir ma vie tranquille. Ben attendez, vous allez être servis, y en n’a que pour sa pomme.

            Donc, voilà que ce démon à cornes décide de faire le tour de la salle en saluant chaque personne le plus hypocritement possible. C’est le sport national ici. Moi, je rumine derrière en essayant de ne pas me faire remarquer. Il me faut un plan pour ruiner sa soirée, en bon renard mécontent que je suis. J’en ai marre qu’il me promène comme un gentil toutou. J’ai beau être un canidé, je n’en suis pas moins sauvage et libre… Ce qu’il n’a pas l’air de comprendre.

            Ma vengeance se peaufine héhé… Je n’arrive pas à réprimer ce petit sourire en coin que j’ai quand je m’apprête à faire un mauvais tour. N’oubliez pas que les esprits renards, même faibles, demeurent malins. Ne vous avisez pas de les tourmenter, ou ils finiront par le vous leur rendre. Nous sommes très rancuniers. Babylone est encore inconscient de la menace qui croît dans son dos. Tu vas voir, bouc de mes deux, le plan machiavélique que j’ai achevé ! Il me tourne encore négligemment le dos, j’en profite pour m’approcher subrepticement… Tout à coup, je remarque que la personne qui parle avec Babylone me désigne du doigt. Nom d’un … ! Il se retourne, mettant fin à mes plans machiavéliques. Il me regarde de ses yeux en amande. On dirait qu’il a deviné ce que je m’apprêtais à faire. Merde.
            En tout cas, ça le fait bien rire de me voir le fusiller du regard. C*****. Et je déteste la façon dont le mec à côté de lui me regarde depuis tout à l’heure. Je sens une odeur marine émaner de lui, ce qui ne me rassure pas du tout. L’eau, c’est vraiment pas mon truc*.
-       Qu’est-ce que tu nous as amené cette fois, Babylone ? dit l’homme. C’est rare de te voir accompagné par autre chose qu’une jolie fille ! Tu me déçois, je déteste les chiens dans son genre. C’est le type à mordre la main de celui qui le nourrit. Que vas-tu faire de lui, hein? Tu ne vas tout de même pas le manger j’espère ? Il est peut-être malade…
-       Ta gueule.
-       Quoi ?
            La phrase est partie toute seule, j’ai pas pu me retenir. Mais ce type commence sérieusement à m’échauffer. J’en ai même oublié la présence de Babylone.
-       J’ai dit ta gueule espèce de poisson pas frais ! T’es bouché à force d’avaler de l’eau de mer ou quoi ?!
            Tout le monde dans la salle s’est pétrifié. Ils nous regardent, et je sens les yeux de Babylone glisser sur moi.
-       Retire tes paroles, sac à puces ! Comment oses-tu me défier, toi, un démon de bas étage !!! C’est honteux. Implore mon pardon et je te laisserai filer.
-       Je n’implore jamais personne, répondé-je derrière un grondement guttural. Et toi tu me fuis.
            Je sais que ce n’est pas bon de le provoquer, mais j’en ai marre que l’on me traite comme un moins que rien. Le démon, qui a l’apparence d’un bel homme d’une trentaine d’année, prend un teint gris, comme s’il avait le mal de mer. Je faux d’éclater de rire, car il gonfle ses joues d’un air outré. Il le prend très mal, tant mieux. De toute manière, ça ne pourrait pas aller pire.
-       Ne me dis pas que tu as peur de me défier ? continué-je en me grimant d’un sourire plutôt mauvais.
-       Toi… ! Tu l’auras cherché !
            Il commence à se transformer. Les autres ont fait de l’espace autour de nous, nous laissant une arène assez vaste. Mon accompagnateur aussi s’est écarté, l’air de savourer un moment exquis.
            Connard.
            Il me laisse me battre tout seul contre un Kraken**.

            Franchement, je ne sens pas plus de peur que ça. J’ai assez de rage et de colère pour oublier que je vais sûrement me faire tuer. Tant pis, ça me permettra au moins d’être tranquille. Et puis, les Krakens sont terriblement lents. Ils comptent surtout sur l’effet de surprise. Moi je suis vif, on n’est pas dans l’eau et c’est un peu raté pour a surprise. J’ai peut-être une chance… Le tentacule s’abat juste à côté de moi… Ou peut-être pas. Peut-être vais-je vraiment me faire tuer.
            Ma métamorphose est instantanée grâce à ma nature de transformiste. J’évite gracieusement les attaques de ce gros fruit de mer enragé. Je ressens l’excitation des autres démons devant ce spectacle imprévu. Ils s’attendent à du sang, je pense. Babylone n’a pas bougé d’un pouce pour m’aider, merci.
            Je n’hésite pas, je charge droit sur sa tête. Les pieuvres sont peu mobiles lorsqu’il s’agit de leur centre, là ou tous les tentacules sont reliés. C’est aussi son point mort. Je referme mes crocs un peu derrière les deux yeux, puis m’esquive à nouveau. Il faut que je reste en mouvement ou je suis mort. Je mords un peu ou je peux, et essaye de l’épuiser pour le contraindre à abandonner, mais c’est une pieuvre bornée. D’habitudes, elles s’enfuient à la moindre des complications, et le moins que je puisse dire, c’est que je ne me laisse pas faire. Peut-être que l'ambiance énervée de la pièce l’empêche de faire marche arrière. Après tout, son honneur est en jeu.
            Tout à coup, mes griffes dérapent sur le marbre de la salle. C’est la plus belle gamelle de toute ma vie que j’expérimente… pile devant le bec béant du kraken. Erreur fatale. Je vais y passer.
-       Bon, ça suffit maintenant.
            Un jeune homme en noir s’interpose tout à coup face à mon opposant. Ce dernier semble interloqué. L’homme dégage une forte présence, comme mon fiancé, mais son aura est plus mystique, plus nuancée. De mon point de vue, je ne vois que ses cheveux mi-longs presque bouclés, et noirs comme l’aile d’un corbeau. Il se retourne et je découvre un visage à couper le souffle, même pour un mec. Il a des yeux d’un gris transparent, de fins traits et un teint pâle comme les gens du nord.
-       Tu y vas fort, ce n’est pas une façon de traiter mes invités.
            Je m’aperçois qu’il s’adresse à Babylone. Mes poils se hérissèrent, mais mon fiancé m’empêcha de commettre une autre idiotie en lui répondant très poliment :
-       Mêle-toi de tes affaires, Grimm.
-       Jusqu’à preuve du contraire, ce sont mes affaires. Je te signale que c’est la demeure de ma maîtresse et je n’ai pas l’intention de la laisser détruire pour ton petit plaisir.
-       Petit plaisir ? Tu ne sais pas combien je m’amuse. « Petit » est un trop bel euphémisme.
            Je sens la tension monter entre les deux démons. L’homme ignore royalement Babylone et s’approche de moi.
-       Tu n’es pas blessé ? me demande-t-il d’une voix douce qui me fais frissonner.
-       Non, dis-je alors qu’il m’aide à me relever.
-       Je suis désolé. Ton maître a le fâcheux don de disposer les gens à la discorde.
-       Ce n’est pas mon maître, répliqué-je piqué.
            Et d’ailleurs, pourquoi tout le monde me prend pour un laquais ?!
            Il paraît étonné et Babylone en profite pour s’incruster entre nous pour nous éloigner. Son sourire carnassier ne me plaît pas du tout.
-       Qui t’autorise à t’approcher de ma propriété ?
            Je faux de protester mais j’attends la suite, avec la nette impression que ça va empirer. L’autre le regarde d’un air assombri.

-       Il ne t’appartient pas, répond-t-il. Ce n’est pas l’un de tes serviteurs.
-       C’est juste. Mais toi qui es-tu pour oser toucher ma fiancée ?
Voilà, j’en étais sûr. Ce foutu bouc va encore me causer des problèmes. Un brouhaha terriblement gênant s’élève depuis la salle, qui naturellement écoute depuis le début. Quant au jeune homme, il s’est figé dans une pose déconcertée. Il regarde tour à tour Babylone puis moi-même. Le boulet a passé ses bras autour de moi dans un geste possessif et protecteur. Je ne bouge pas tellement  je ne sais plus comment réagir.
-       Je voulais l’annoncer de manière plus officielle, mais tu m’as pris de court, en rajoute Babylone.
-       … Je vois, réponds l’autre avec un sourire féroce. Je vois. C’est l’ironie du sort, hein. Toi qui ne pouvais pas vivre hors du lit d’une femme, tu te retrouves engagé à un homme. Eh bien, je vous souhaite beaucoup de bonheur à tous les deux. Enfin, si tu arrives à le garder. Sais-tu que les renards passent la vie à chercher un congénère ? Je n’ose même pas imaginer l’état de ton mariage si tu n’es pas celui qu’il cherche ! Qui sait, peut-être que j’ai ma chance ?
-       N’essaie même pas, menaça mon fiancé, je lis en toi comme dans un livre ouvert.
-       La bonne blague ! fit-il ironique. Comme si tu pouvais lire quoi que ce soit.
Je vous jure qu’à ce moment la j’ai cru voir un éclair passer entre eux. Ils auraient sûrement fini par se jeter l’un sur l’autre si un type grand comme une montagne n’était pas intervenu.
-       Holà, compagnons, s’écrie-t-il en riant. On baisse les armes et on fait la paix. Nous ne sommes pas venus pour nous battre.
Ils hésitèrent, mais un autre homme, long et mince, s’interposa lui aussi.
-       Grimm, Babylone, je ne veux pas que notre première rencontre depuis un an finisse en bain de sang. Reculez.
Sa voix efféminée contrastait fortement avec la voix de stentor de l’homme à côté de lui.
-       Feng et Goliath, content de vous revoir, dit Babylone en reculant d’un pas.
-       Pas autant que nous, répondirent-ils d’une même voix.
Pour le coup, c’est eux qui se fusillent du regard.
Bon, de ce que j’en déduis, Feng, c’est le mec tout fin. Il a des traits asiatiques et de très longs cheveux noirs. Par élimination, Goliath, c’est l’immense armoire à glace et je m’aperçois avec étonnement que sa carnation et ses cheveux sont d’un blanc farineux. Ses yeux rouges comme des grenats me le confirment : c’est un albinos.
Chez les yôkais, l’albinisme est loin d’être considéré comme un désavantage. C’est un symbole de puissance… et tout particulièrement chez les reptiles.
Vous l’avez compris, Goliath est un dragon…
… Et Feng aussi.
Sauf que ces deux-là ne sont pas de la même espèce. Et je crois que ça se ressent dans leur relation :
-       Pourquoi faut-il toujours que tu répètes ce que je dis ? s’énerve Goliath.
-       Après la malvoyance, c’est la surdité qui te prend ? siffle Feng d’un air méprisant. C’est toi qui as répété après moi, pas l’inverse.
-       Stupide serpent chinois.
-       Crétin de lézard anglais.
Super, maintenant c’est eux qu’on doit séparer. Et évidemment, personne ne fait rien pour les retenir, Grimm et Babylone se contente de s’affronter du regard, probablement habitués à leur chamailleries.
Mais qui m’a foutu un quatuor pareil ? Franchement, j’en profiterais bien pour filer parce que tout le monde a l’air de m’avoir oublié… À l’exception de la foule, qui savoure toujours cette scène.
L’annonce de mes fiançailles a déjà fait le tour du bâtiment et tout le monde c’est précipité dans la salle pour me voir. À voir leur mine, j’ai l’impression qu’ils sont déçus. Certes je suis mignon, et j’ai l’air délicieux. Mais je n’ai pas la stature d’une fiancée faite pour lui, apparemment. Et puis, il y a un léger détail à régler : je suis un mâle ! Enfin des personnes raisonnables ! Parce que niveau Babylone, ben c’est pas passé. Il semble vraiment avoir oublié que c’est une femelle qu’il lui fallait… Ou alors il me prend pour l’une d’entre elles, ce qui userait vraiment mes nerfs.
En parlant de jeune fille, y en a une qui a l’air drôlement familier. Elle ne doit pas avoir plus de seize ans. Elle a les cheveux blonds et les yeux d’un noir chaud. Son sourire aussi me dit quelque chose… En tout cas elle est canon. Tout à fait mon type.
Mais pourquoi elle se jette au cou de Babylone ?
- Baby !
Alors là, essayez d’imaginer ma tête : mi-éberluée, mi-hilare. Je rêve ou elle vient de l’appeler Baby ?! Le regard de Babylone en dit long. Il sait que je vient de tomber sur une perle et ne risque plus de la lâcher !
Les quatre démons se retournent d’un seul homme. Le bouc écarte gentiment la jeune fille en soupirant :
-       Clio, combien de fois t’ais-je dit de ne pas m’appeler comme ça ?
-       Hein ? Mais c’est parce que je t’aime, Baby, proteste-t-elle avec un grand sourire.
Et je sens le mien pointer sur mon visage.
Baby abandonne. Je le croyais plus tenace, et son petit air renfrogné ne me déplaît pas du tout. Je dirais même qu’il est plutôt mignon avec sa moue enfantine… Mais n’allez pas du tout croire n’importe quoi ! J’aimerais juste l’embêter un peu plus moi aussi pour voir ce que ça donnerait 
-       Alors, où est cette fiancée dont tu n’arrêtais pas de me parler quand tu étais petit ? Tu avais tellement hâte de la voir qu’un jour tu t’es enfui en catimini ! J’ai du aller te chercher au fin fond de l’Espagne pour te récupérer parce que tu t’étaies perdu en te trompant de direction !
-       C’est vrai ? intervins-je intéressé en en étonnant plus d’un. Babylone s’est perdu ?
-       Oui oui ! et si je ne l’avais pas récupéré, il aurait fait le tour du monde à la nage tellement il était désespéré !
Nous éclatons de rire. Je n’aurais jamais cru que Babylone, le grand, le fier et puissant démon se soit retrouvé un jour pleurant comme une madeleine à attendre sa … sa quoi au fait ?
-       Sacré Babylone ! s'exclama Goliath en riant. Je me souviens aussi combien tu nous bassinais avec tes histoires de fiancée. Dommage pour toi qu’elle ne soit pas au-delà de tes attentes.
Il me fit un clin d’œil, aussitôt foudroyé du regard par Feng.
-       Excusez-moi, je crois que Babylone ne nous a pas présentés, enchaîné-je.
Babylone s’exécute avec réticence :
- De gauche à droite : Grimm Prigent mon… ami d’enfance, Sire Goliath Brythe et Feng Tian Long , des amis et associés de longue date. Et…
- Clio. Clio Lampranikos, dit la jeune fille, la sœur de Babylone.
Elle me tend la main et je la serre avec plaisir. Je crois que le courant passe plutôt bien entre nous, même si c’est une chèvre.
-       Enchanté, je m’appelle Akai Kuhibi.
-       Kuhibi ? s’exclame-t-elle tout à coup. Comme le nom de la fiancée de…
Elle s’arrête et nous dévisage avant de reprendre un peu sèchement :
-       Je vois. Et moi qui pensait avoir une chance. Pff, tu gâches toujours tout, Babylone.
Il répondit par un sourire malicieux. Elle repris un peu moins jovialement :
-       En fait, je suis venue te porter un message. Le clan a demandé à vous voir, toi et ta… ton fiancé.
-       J’irais, assène Babylone qui s’est soudain renfrogné.
-       Il vous attend au second étage Soit prudent mon frère. Tu sais comment ils sont.
Il hoche la tête d’un air sérieux.
-        Houlà, tempête en vue, dit Goliath tandis que Feng hochait la tête d’un air compatissant.
-        Pour une fois, je suis d’accord avec ce bougre, concède ce dernier d’un ton mielleux. Mais ne compte pas sur nous pour nous en mêler.
-       Je n’en ai pas l’intention, répond Babylone.
-       Tu n’en a jamais l’intention, reprennent Goliath et Feng.
Re regard qui tue envoyé l’un envers l’autre. Mon fiancé n’ajoute rien et se retourne en direction de l’escalier. Grimm, qui n’a rien dit jusque là, me retiens alors que je m’apprêtais à le suivre.
-       Mon nom – Grimm Prigent -, retiens le si jamais tu dois venir me trouver, peu importe la raison susurre-t-il à mon oreille. Je hais Babylone mais je te viendrais en aide… surtout s’il s’agit de contrarier ses plans… tu me comprends ?
Je hoche la tête et il me laisse rejoindre mon démon à cornes. Super, j’ai enfin un allié. Cette seule pensée m’enthousiasme.
-       Alors, est le programme, Baby ? demandé-je d’un air sournois.
Ah, son visage ennuyé est le meilleur !
-       Tais-toi et tiens-toi correctement lorsqu’on y sera. Si jamais ça passe mal, on est cuit. Connais-tu le clan Lampranikos ?
Oh oui, je le connais. Tous les petits yôkais connaissent les grands clans, tout comme les petites frites connaissent les grands parrains de la mafia.
-       Le clan Lampranikos ? C’est l’un des plus anciens clans de satyres d’Europe non ? Et sûrement le plus puissant. Tu veux dire que tu fais partie de ce clan-là ?
-       Je n’en fais pas seulement partie. Je suis le candidat direct à sa succession.
… Attendez, j’ai mal entendu. Quoi ? Quoi ? je suis fiancé à ça ?! Mais bordel, je suis maudit ou quoi ? Pas étonnant que Babylone m’ait menacé de mort si je ne l’accompagnais pas… c’étais pas des blagues, tout ça !
- Donc, tu te tiens tranquille. Ce genre de réunion est aussi difficile pour moi, j’aimerais autant que ça ne finisse pas comme tout à l’heure.
Traduction : au menu ce soir, rôti de chèvre et bouillie de renard si je les mets de mauvaise humeur. Ok, je me tiens à carreaux. La famille de Babylone n’a pas l’air sympathique.
J’ai tort en fait.
Elle est pire.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire